Poésie et désir

Alors même que les manifestations liées au Printemps des Poètes 2020 sur le thème du courage ont été très perturbées par la pandémie (et sans doute souvent annulées), le thème de l’édition 2021 est désormais connu : il s’agira du désir. Voici donc, dès à présent, quelques réflexions sur ce thème…

Il n’y a rien d’étonnant à ce que le désir ait été choisi comme thème annuel, dans la mesure où il s’agit de l’un des thèmes privilégiés de la poésie, et ce depuis les origines jusqu’à l’époque la plus contemporaine. Qu’est-ce en effet que le désir, sinon la manifestation des aspirations les plus profondes de l’homme, comme aussi les plus légères, en même temps que le moteur de chacun de ses actes ?

Le désir est un sentiment ambivalent en ce qu’il est à la fois source d’insatisfaction et de joie, d’inquiétude et de bien-être, d’intranquillité et de bonheur.

1. Le désir comme manque

Bien des poètes se plaignent du caractère inaccessible de l’objet de leurs désirs, que celui-ci soit terrestre ou spirituel. Le désir inspire donc la complainte, le désespoir, la lamentation. Le désir est en effet conscience de la distance qui sépare l’individu de l’objet convoité, d’un hiatus entre la beauté de l’idéal et la réalité bien moins reluisante. Dans cette première acception, le désir est souffrance.

« Je mourray de trop de désir,
Si je la trouve inexorable ;
Je mourray de trop de plaisir,
Si je la trouve favorable ;
Ainsi je ne sçaurois guérir,
De la douleur qui me possède ;
Je suis assuré de périr,
Par le mal ou par le remède. »

Isaac de Benserade, « Épigramme », in Poésies (1875), via Wikisource.

Baudelaire dit, dans « L’idéal » (Fleurs du Mal) : « je ne puis trouver parmi ces pâles roses / Une fleur qui ressemble à mon rouge idéal ». Ces vers distinguent nettement la médiocrité du réel et la perfection inaccessible de l’idéal. Aussi le désir est-il essentiellement désir de ce que l’on n’a pas. « Oh, si je pouvais me contenter du possible ! » s’exclame Jean-Michel Maulpoix dans Pas sur la neige (Paris, Mercure de France, 2004, p. 54).

Ainsi le désir est-il désir d’autre chose, d’ailleurs, d’absolu. Ce que veut le poète, c’est pouvoir l’impossible, c’est dire l’indicible, c’est atteindre l’inaccessible. Un tel rêve (et l’on sait l’attrait des poètes, notamment surréalistes, pour le rêve) est magnifique par sa grandeur, mais il ne peut que condamner à l’échec : voici donc le poète « rendu au sol, avec la réalité rugueuse à étreindre », comme dit Rimbaud.

De fait, si maintes philosophies prônent l’extinction des désirs, ou du moins leur modération, ce n’est sans doute pas pour rien. Mais le désir n’est-il qu’un sentiment négatif?

2. Le désir comme appétit

Le désir est en effet aussi un puissant appétit pour la vie. Il est ce qui nous pousse à aller à la rencontre du monde et d’autrui. De fait, la poésie est aussi éloge, louange, célébration de tout ce qui est, de cette réalité foisonnante du réel. En ce sens, le désir est un moteur poétique. Il est indissociable de cette saine curiosité qui invite à découvrir et à comprendre les choses et les êtres. Bien entendu, cet appétit inclut le désir charnel, la sensualité, l’érotisme, mais ne s’y réduit pas. Il inclut également toutes sortes d’aspirations, à la connaissance, au bonheur, à la spiritualité. En ce sens, le désir est un élan de vie. Il manifeste, pour reprendre l’intitulé d’un thème récent du Printemps des Poètes, l’ardeur du poète.

Pour Baudelaire, une « dame créole aux charmes ignorés » peut faire « germer mille sonnets dans le cœur des poètes ». Combien de poèmes, combien de chansons, combien de blasons du corps féminin ont-il été écrits sous la dictée du désir ? De Marot qui loue le « tétin de satin blanc tout neuf » de sa belle à Breton qui chante « Ma femme au sexe d’ornithorynque », le corps féminin a fait couler beaucoup d’encre.

« Petite Nymfe folastre,
Nymfette que j’idolatre,
Ma mignonne, dont les yeus
Logent mon pis & mon mieus :
Ma doucette, ma sucrée,
Ma Grace, ma Cytherée,
Tu me dois pour m’apaiser
Mile fois le jour baiser. »

Pierre de Ronsard, « Chanson », in Les Amours (1553), via Wikisource.

L’expression du désir peut ainsi s’accompagner d’une certaine légèreté, comme dans cette « chanson » de Ronsard, comme aussi de la plus importante gravité, si l’on fait du désir une quête d’essentiel, d’absolu, d’infini.

3. Le désir comme ouverture

Le désir nous porte en-dehors de nous-mêmes. S’il peut se faire égoïste, et rejoint alors les notions d’avidité, de cupidité ou encore de convoitise, il peut aussi nous inviter à la découverte du monde et d’autrui. Il peut ainsi être un excellent moyen de sortir du je-moi-mien, et d’aller à la rencontre de l’autre. Il faut alors se garder de vouloir accaparer le monde et l’autre, afin que le désir demeure cette ouverture sur la beauté et la richesse du réel. Le désir prend ainsi la forme de l’émerveillement, de la contemplation et de l’amour.

« Désir devant le ciel, à travers le carreau irisé de gouttes, d’éprouver dans tous ses atomes la lumière nouvelle, la lumière lavée.
Sans doute je rêve, alors que le ciel passé par la peau, je m’allège, me clarifie. Et de fait me gagne la fibre des nues.
Mais je rêve, je désire, l’éther auquel je me joins est chair. »

Judith Chavanne, Entre le silence et l’arbre (1997),
cité par F. Burtaud, G. Dubos, S. Itic et P. Richard,
Le Désir (prépas commerciales 2020), Vuibert, 2019,
via « Google Livres ».

Dans cet extrait, le désir est éprouvé par le corps, la « chair », la « peau », tout en se révélant être un désir moins charnel que spirituel, en tout cas « métaphysique », lié au « ciel », à la « lumière ». C’est un désir de symbiose avec le monde, pour en ressentir toute la « lumière », comme si la poète ne faisait plus qu’un avec le ciel, avec « l’éther », en en acquérant la légèreté et la clarté : « je m’allège, me clarifie ».

*

Ce premier article n’entend fournir qu’un très sommaire aperçu de ce thème extrêmement riche qui nous occupera pendant toute l’année. D’autres suivront. Je vous rappelle que vous pouvez trouver tous les articles liés au Printemps des Poètes ici. J’espère que cet article vous a plu. N’hésitez pas à laisser un commentaire, à proposer une citation ou une remarque. À bientôt sur Littérature Portes Ouvertes !

Image d’en-tête composée à partir d’images libres trouvées sur Pixabay (la petite fille au ballon par S. Hermann & F. Richter de Pixabay, le colibri par Gordon Johnson de Pixabay).

4 commentaires sur « Poésie et désir »

  1. je voudrais
    j’avais une amie
    j’avais une amie véritable
    j’avais
    je voudrais
    passer près de chez elle
    sonner
    je voudrais
    composer son numéro avec beaucoup de cinq
    peut-être
    en voulant très fort
    très fort
    je voudrais
    aller au dojo
    pour la retrouver
    et la retrouver
    je voudrais
    entendre ta voix au répondeur
    « Bernard , j’ai trente mille blancs »
    Encore
    « Bernard , j’ai trente mille blancs »
    Encore
    « Bernard , j’ai trente mille blancs »
    je voudrais
    mettre tes bas de contention
    promener ton fauteuil roulant
    dans le parc aux oiseaux et aux poules
    je voudrais
    en voulant très fort
    en voulant magie
    mon plus grand désir
    désir désir désir
    désir de mon amie
    que je n’ai jamais désirée
    mais appréciée estimée honorée
    maintenant
    je voudrais te le dire
    je te désire
    en vie
    18-02-2021 ° ! °

    J'aime

  2. Le desir. le francais dit/ je vous aime/ el espanol te quiero/ te amo/ el rumano te iubesc/
    Dans la poesie presente/ le desir reste seulement associe/ a l impuissance de quelqu un / d un jeune homme de s approcher en amoureux d une fille malheureuse, assise dans un fauteuil…
    Maintenant/ le passe se precipite avec un tas d emotions/ vivaces/ et tout ce qu il pouvait lui avouer/ en tant que chose ressenti/ vecue/ honnette/ le determine a verbaliser/ a baton rompu/ dans le language quotidien, avec l insouciance aux paroles, mais/ d une facon authentique, y comprise la gestualite d un amoureux attentif aux besoin de la femme.
    (Le desir/ inacceptable d hier/ devient aujourd hui/ lorsque la fille nexiste plus/ l envie d affronter l ego/ de se dedier/ a lamour en tant qu agape////
    Nene si cela suppose le sacriffice/
    L homme amoureux renaît/ dans le personage lyryque/ a un age autre, avec d autre vue, perspective sur les choses. la jeunesse du coeur…. restera toujour! le coeur reste jeune//
    Pascal/ le coeur a des raisons que la raison ne connait pas.)
    desir, desir, desirer, desirable, …reste l imperatif du genie de l espece – quant meme !
    ( le genie= mot arabe/ esprit// lesprit de la langue/ l esprit du christianisme, l esprit des peuples, des nations) l esprit de la lampe d Aladin.

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s