Connaissez-vous l’Impromptu de Versailles ?

Parmi les pièces de Molière, vous avez sans doute entendu parler de L’Avare, du Médecin malgré lui, du Bourgeois gentilhomme et peut-être de Tartuffe. Mais il est une pièce beaucoup moins connue, et pourtant fort étonnante, intitulée L’Impromptu de Versailles. Dans cette pièce relativement courte, Molière se représente lui-même en tant que metteur en scène, en train de diriger une répétition auprès de comédiens pas toujours très disciplinés. Cela fait preuve d’un grand sens de l’autodérision, mais aussi d’une modernité étonnante, car on n’imagine pas, au premier abord, que l’acte très moderne de « montrer les coulisses » se soit pratiqué dès le XVIIe siècle.

Molière commence par faire l’appel :

L’impromptu de Versailles (Wikipédia)

Molière : […] Monsieur de Brécourt !
Brécourt : Quoi ?
Molière : Monsieur de la Grange !
La Grange : Qu’est-ce ?
Molière : Monsieur du Croisy !
DU CROISY : Plaît-il ? […]

Molière, L’Impromptu de Versailles, via Wikisource.

Une répétition qui commence bien mal

Le metteur en scène remobilise ses troupes, et ne manque pas de pester contre leur indiscipline: « Ah ! les étranges animaux à conduire que des comédiens ! ». Ces derniers, du reste, sont assez frondeurs : « Que voulez-vous qu’on fasse ? Nous ne savons pas nos rôles ; et c’est nous faire enrager vous-même, que de nous obliger à jouer de la sorte. »

La pièce relève donc de l’auto-parodie. La situation est cocasse : le Roi doit venir assister à la représentation dans deux heures, mais rien n’est prêt, et la répétition commence bien mal: « Pour moi, je vous déclare que je ne me souviens pas d’un mot de mon personnage. » Les acteurs en sont convaincus, Molière a le beau rôle, tandis qu’eux autres craignent d’être ridicules en représentant une pièce qu’ils ne maîtrisent pas. C’est alors que Molière répond :

Et n’ai-je à craindre que le manquement de mémoire ? Ne comptez-vous pour rien l’inquiétude d’un succès qui ne regarde que moi seul ? Et pensez-vous que ce soit une petite affaire que d’exposer quelque chose de comique devant une assemblée comme celle-ci, que d’entreprendre de faire rire des personnes qui nous impriment le respect et ne rient que quand ils veulent ? Est-il auteur qui ne doive trembler lorsqu’il en vient à cette épreuve ? Et n’est-ce pas à moi de dire que je voudrais en être quitte pour toutes les choses du monde ?

Aussi la pièce, pour parodique qu’elle soit, nous montre aussi, peut-être, certains aspects de la complexité du métier de Molière. Ce n’est pas rien que d’être le dramaturge du Roi, de se produire devant la Cour. C’est là un public particulièrement exigeant. Les rois « veulent des plaisirs qui ne se fassent point attendre » et il n’y a pas d’excuse ni de délai qu’ils acceptent de recevoir.

Le comique de la dispute

Les acteurs n’en démordent pas : impossible de faire une répétition, puisqu’ils ne savent pas leur texte. Molière leur demande alors de faire preuve d’un peu d’inventivité : « pouvez-vous pas y suppléer de votre esprit, puisque c’est de la prose, et que vous savez votre sujet ?« 

Évidemment, cela vire à la dispute. Il est toujours drôle de voir des gens se disputer, quand on y assiste de l’extérieur. Et la querelle d’acteurs se transforme en scène de ménage :

MADEMOISELLE MOLIÈRE : Voulez-vous que je vous dise ? vous deviez faire une comédie où vous auriez joué tout seul.
Molière : Taisez-vous, ma femme, vous êtes une bête.
Mademoiselle Molière : Grand merci, Monsieur mon mari. Voilà ce que c’est : le mariage change bien les gens, et vous ne m’auriez pas dit cela il y a dix-huit mois.
Molière : Taisez-vous, je vous prie.
Mademoiselle Molière : C’est une chose étrange qu’une petite cérémonie soit capable de nous ôter toutes nos belles qualités, et qu’un mari et un galant regardent la même personne avec des yeux si différents.
Molière : Que de discours !
Mademoiselle Molière : Ma foi, si je faisais une comédie, je la ferais sur ce sujet. Je justifierais les femmes de bien des choses dont on les accuse ; et je ferais craindre aux maris la différence qu’il y a de leurs manières brusques aux civilités des galants.
Molière : Ahy ! laissons cela. Il n’est pas question de causer maintenant : nous avons autre chose à faire.

Ce passage, particulièrement savoureux, nous montre un Molière qui se laisse dépasser par sa femme, laquelle monopolise la parole tandis que le metteur en scène n’a droit qu’à de brèves remontrances. On peut ici imaginer des jeux de scène qui nous montreraient un Molière qui essaie sans y parvenir de reprendre le dessus, sa femme ne le laissant guère ouvrir la bouche. Mademoiselle Molière va même jusqu’à proposer un sujet de comédie, empiétant ainsi sur le rôle de son mari. On voit ici toute la capacité d’auto-dérision de Molière, qui se montre sous un jour vraiment désavantageux.

Une « comédie des comédiens »

C’est ensuite au tour de Mademoiselle Béjart de proposer un sujet de comédie : et si nous faisions une « comédie des comédiens », afin de nous moquer de ceux qui nous critiquent ? Molière refuse dans un premier temps ce projet qu’il a, dit-il abandonné. Cependant, il en a trop dit ou pas assez, et les autres comédiens veulent savoir en quoi il consistait. Ce qui est drôle dans ce passage, c’est l’on est précisément en train d’assister à une « comédie des comédiens », même si elle est d’une nature un peu différente que le projet évoqué par Molière.

Voici les termes par lesquels Molière présente ce projet :

MOLIÈRE : J’avais songé une comédie où il y aurait eu un poète, que j’aurais représenté moi-même, qui serait venu pour offrir une pièce à une troupe de comédiens nouvellement arrivés de la campagne.

Notons au passage l’usage transitif direct du verbe « songer », là où l’on utiliserait sans doute plus volontiers aujourd’hui une préposition. Dans le projet de Molière, donc, celui-ci se serait lui-même représenté en train de dialoguer avec une troupe de comédiens. On assiste donc à une mise en abyme par laquelle Molière non seulement joue son propre rôle, mais encore raconte comment il jouerait son propre rôle dans une autre pièce. C’est ce qu’on appelle du théâtre dans le théâtre. Et Molière imagine le dialogue qu’il aurait avec cette « troupe de comédiens nouvellement arrivés de la campagne », en faisant lui-même les questions et les réponses :

MOLIÈRE : […] — Avez-vous, aurait-il dit, des acteurs et des actrices qui soient capables de bien faire valoir un ouvrage, car ma pièce est une pièce… — Eh ! Monsieur, auraient répondu les comédiens, nous avons des hommes et des femmes qui ont été trouvés raisonnables partout où nous avons passé. — Et qui fait les rois parmi vous ? — Voilà un acteur qui s’en démêle parfois. — Qui ? ce jeune homme bien fait ? Vous moquez-vous ? Il faut un roi qui soit gros et gras comme quatre, un roi, morbleu ! qui soit entripaillé comme il faut, un roi d’une vaste circonférence, et qui puisse remplir un trône de la belle manière. La belle chose qu’un roi d’une taille galante ! Voilà déjà un grand défaut ; mais que je l’entende un peu réciter une douzaine de vers.

Cette citation est intégralement prononcée par Molière, qui reproduit à l’intérieur de sa propre tirade le dialogue qu’il aurait eu avec cette troupe. Ici, Molière se fait plaisir, car c’est l’occasion de faire montre de son brio d’acteur, capable d’interpréter à la fois plusieurs personnages, passant successivement de l’un à l’autre. Il ne faut pas oublier, dans ce passage qui parle d’un roi qui doit être « d’une vaste circonférence », que la pièce était destinée à être jouée devant Louis XIV en personne, ce qui révèle l’audace de Molière.

La parodie des comédiens
de l’Hôtel de Bourgogne

C’est alors que, toujours dans le cadre de ce dialogue fictif, Molière se met dans la peau de l’un des comédiens de cette troupe, en lui faisant réciter très platement des vers, avant de s’emporter contre sa diction :

MOLIÈRE : […] Là-dessus le comédien aurait récité, par exemple, quelques vers du roi de Nicomède :
                    Te le dirai-je, Araspe ? Il m’a trop bien servi ;
                    Augmentant mon pouvoir…
le plus naturellement qu’il aurait été possible. Et le poète : Comment ? Vous appelez cela réciter ? C’est se railler : il faut dire les choses avec emphase. Écoutez-moi.
(Imitant Montfleury, excellent acteur de l’Hôtel de Bourgogne.)
                    Te le dirai-je, Araspe ? … Etc.
Voyez-vous cette posture ? Remarquez bien cela. Là, appuyez comme il faut le dernier vers. Voilà ce qui attire l’approbation, et fait faire le brouhaha.Mais, Monsieur, aurait répondu le comédien, il me semble qu’un roi qui s’entretient tout seul avec son capitaine des gardes parle un peu plus humainement, et ne prend guère ce ton de démoniaque. — Vous ne savez ce que c’est. Allez-vous-en réciter comme vous faites, vous verrez si vous ferez faire aucun ah !

Dans la citation qui précède, le texte en caractères romains correspond au discours premier de Molière à ses comédiens, tandis que le texte en italiques correspond au « dialogue dans le dialogue », c’est-à-dire à ce discours rapporté fictif entre le « poète » et la « troupe nouvellement arrivée de province ».

L’impromptu de Versailles (Wikimedia Commons)

Les vers cités sont extraits de Nicomède de Corneille (acte II, scène 1, dans la bouche de Prusias). Ils sont d’abord récités sur un ton très naturel. Mais le « poète » préfère une diction pompeuse, ronflante, emphatique, et il répète à son tour le vers, mais en « imitant Montfleury, excellent acteur de l’Hôtel de Bourgogne ».

Or, il faut savoir que la troupe de l’Hôtel de Bourgogne était l’une des principales troupes de théâtre de Paris. Cette troupe, spécialisée plutôt dans les pièces sérieuses comme les tragédies, était concurrente de la troupe de Molière, lequel ne se prive pas de se moquer de leur jeu pompeux et emphatique. La remarque du comédien sur le naturel correspond plutôt à l’idéal moliéresque.

Molière multiplie ensuite plusieurs imitations de comédiens de l’Hôtel de Bourgogne. On mesure ici l’audace du dramaturge, car ce n’est pas rien que de ridiculiser des comédiens célèbres. Les interlocuteurs de Molière ne manquent d’ailleurs pas de préciser qu’ils croient reconnaître quelques unes des personnes qu’il imite.

Une leçon de mise en scène

Nous voyons ensuite Molière donner des directives à ses comédiens. Cela lève le voile sur les « coulisses » du théâtre moliéresque, même si, bien entendu, il s’agit là d’une reconstitution humoristique et non d’une véritable répétition.

(à du Croisy.) Vous faites le poète, vous, et vous devez vous remplir de ce personnage, marquer cet air pédant qui se conserve parmi le commerce du beau monde, ce ton de voix sentencieux, et cette exactitude de prononciation qui appuie sur toutes les syllabes, et ne laisse échapper aucune lettre de la plus sévère orthographe.
(à Brécourt.) Pour vous, vous faites un honnête homme de cœur, comme vous avez déjà fait dans La Critique de l’École des femmes, c’est-à-dire que vous devez prendre un air posé, un ton de voix naturel, et gesticuler le moins qu’il vous sera possible.

Molière a ici le beau rôle du metteur en scène. Il reprend le dessus sur ses comédiens, lesquels ne tentent plus guère de fronder. Il est directif, précis, et s’adresse successivement à chacun de ses comédiens pour leur indiquer la façon de jouer.

L’entrée d’un importun

C’est alors que fait son entrée le personnage de La Thorillière, un « marquis fâcheux ». Celui-ci vient bavarder avec Molière, alors que ce dernier voudrait pouvoir poursuivre tranquillement sa répétition. Les apartés marquent l’agacement de Molière. Le comique de cette scène réside dans le fait que La Thorillière ne comprend absolument pas qu’il importune Molière et sa troupe, et ce dernier ne sait pas comment le faire partir sans être grossier. Citons les premières répliques de cet échange :

La Thorillière : Bonjour, Monsieur Molière.
Molière : Monsieur, votre serviteur. La peste soit de l’homme !
La Thorillière : Comment vous en va ?
Molière : Fort bien, pour vous servir. (aux actrices) Mesdemoiselles, ne…
La Thorillière : Je viens d’un lieu où j’ai bien dit du bien de vous.
Molière : Je vous suis obligé. Que le diable t’emporte ! aux acteurs. Ayez un peu soin.

Nous sommes ici dans le registre de la farce. La Thorillière est un empêcheur de tourner en rond, et Molière ne sait pas quoi faire pour se débarrasser de lui. Molière, totalement déconcentré, finit par répondre n’importe quoi aux questions qu’il lui pose. L’importun lui demande le titre de cette pièce qu’ils répètent, et Molière répond « Oui ». Puis ce fâcheux se met à conter fleurette aux comédiennes : « Sans vous, la comédie ne vaudrait pas grand’chose ». Il refuse de s’en aller, et promet de se faire discret. Molière se fait alors plus explicite, lui demande de sortir, et c’est alors que La Thorillière a cette phrase terrible : « Je m’en vais donc dire que vous êtes prêts ». Or, rien n’est prêt, la répétition n’a pas vraiment commencé !

La répétition proprement dite

Une fois La Thorillière parti, la répétition peut véritablement commencer. Molière commence par rappeler la situation : ce sont deux marquis qui discutent « dans l’antichambre du Roi ». La justification de ce lieu tient à l’impératif de maintenir la vraisemblance tout en respectant l’unité de lieu : « Il est aisé de faire venir là toutes les personnes qu’on veut, et on peut trouver des raisons même pour y autoriser la venue des femmes que j’introduis ». Les commentaires de Molière montrent ainsi sa réflexion sur la pratique du théâtre.

La répétition proprement dite continue, et les deux comédiens, lesquels jouent le rôle de marquis de la Cour, en viennent à parler de la Critique de l’École des femmes, cette petite pièce que Molière avait écrite pour répondre à ses détracteurs, lesquels avaient jugé très sévèrement L’École des femmes. Les deux marquis se demandent lequel des deux est raillé dans cette Critique. On voit ainsi l’audace de Molière qui représente, devant un public précisément constitué des marquis de la Cour, ces mêmes marquis en train de s’indigner d’avoir été caricaturés, et cherchant à savoir qui est caricaturé sous les traits de quel personnage. Comme les deux marquis ne parviennent pas à s’entendre, ils font appel à une troisième personne, jouée par Brécourt, de trancher. Voici la réponse de Brécourt :

« Et moi, je juge que ce n’est ni l’un ni l’autre. Vous êtes fous tous deux, de vouloir vous appliquer ces sortes de choses ; et voilà de quoi j’ouïs l’autre jour se plaindre Molière, parlant à des personnes qui le chargeaient de même chose que vous. Il disait que rien ne lui donnait du déplaisir comme d’être accusé de regarder quelqu’un dans les portraits qu’il fait ; que son dessein est de peindre les mœurs sans vouloir toucher aux personnes, et que tous les personnages qu’il représente sont des personnages en l’air, et des fantômes proprement, qu’il habille à sa fantaisie, pour réjouir les spectateurs »

On notera le ton pédagogique de ce passage. Molière se justifie ici, à travers le discours qu’il prête à Brécourt, des accusations de caricature. La répétition de théâtre est donc l’occasion pour Molière de distiller ses propres idées, et de se défendre des accusations portées par ses détracteurs.

Molière profite d’un passage où l’intonation n’était pas bonne pour interrompre ses acteurs, ce qui lui permet de poursuivre lui-même le dialogue, et de défendre ainsi en personne ses idées devant la Cour. Un peu plus loin, l’entrée de « Climène » et « Élise », jouées par Mademoiselle Molière et Mademoiselle du Parc, relance le dialogue et permet de railler un peu les dames de la Cour et leurs conversations superficielles. L’arrivée de « Monsieur Lysidas », interprété par Du Croisy, apporte une nouvelle inflexion, celui-ci étant venu pour « nous avertir qu’on a fait une pièce contre Molière, que les grands comédiens vont jouer ». On comprend plus loin qu’il est l’auteur de cette pièce affichée sous le pseudonyme de « Boursaut ».

C’est l’occasion d’un débat sur l’art de Molière, un peu à la façon de la Critique de l’École des femmes, où les acteurs s’en donnent à cœur joie contre la façon qu’a Molière de ridiculiser les travers de chacun :

« MADEMOISELLE DU PARC : Cela lui apprendra à vouloir satiriser tout. Comment ? cet impertinent ne veut pas que les femmes aient de l’esprit ? Il condamne toutes nos expressions élevées, et prétend que nous parlions toujours terre à terre. »

Aussi les personnages conviennent-ils que cette pièce que l’on donnera contre Molière aura du succès, car tous ceux qui se croient ridiculisés par le dramaturge ne manqueront pas d’aller y applaudir. Évidemment, nous sommes là dans le cadre de la satire, Molière ne manquant pas d’égratigner subtilement ses adversaires :

« MADEMOISELLE MOLIÈRE : […] Pourquoi fait-il de méchantes pièces que tout Paris va voir, et où il peint si bien les gens, que chacun s’y connaît ? Que ne fait-il des comédies comme celles de Monsieur Lysidas ? Il n’aurait personne contre lui et tous les auteurs en diraient du bien. Il est vrai que de semblables comédies n’ont pas ce grand concours de monde ; mais, en revanche, elles sont toujours bien écrites, personne n’écrit contre elles, et tous ceux qui les voient meurent d’envie de les trouver belles. »

Les pièces de Molière sont peut-être « méchantes », mais en attendant « tout Paris » va les voir. Aussi, le discours de Mademoiselle Molière, s’il se veut en apparence un réquisitoire contre Molière, est bien en réalité un plaidoyer pour le grand dramaturge. L’ironie de Molière perce sous les paroles de son actrice.

Retour du comique

Après ce passage assez sérieux, qui permet à Molière de défendre ses vues sur le théâtre et de répondre indirectement à ses détracteurs, la pièce se termine sur un mode plus comique. On voit des émissaires du Roi arriver successivement, interrompre Molière et intimer à la troupe l’ordre de commencer la représentation. Dans la mesure où une scène commence et se termine à chaque entrée ou sortie de personnage, nous avons ici une succession de scènes très courtes, de quelques répliques à peine. Citons ainsi la scène 7 :

Scène 7

Un nécessaire : Messieurs, commencez donc.
Molière : Tout à l’heure, Monsieur. Je crois que je perdrai l’esprit de cette affaire-ci, et…

Ce jeu se reproduit plusieurs fois de suite, instaurant ainsi le comique de répétition, jusqu’à ce qu’un énième émissaire du Roi vienne sauver toute la troupe, tel un deus ex machina :

[…] je viens pour vous dire qu’on a dit au Roi l’embarras où vous vous trouviez, et que, par une bonté toute particulière, il remet votre nouvelle comédie à une autre fois, et se contente, pour aujourd’hui, de la première que vous pourrez donner.

Molière : Ah ! Monsieur, vous me redonnez la vie ! Le Roi nous fait la plus grande grâce du monde de nous donner du temps pour ce qu’il avait souhaité, et nous allons tous le remercier des extrêmes bontés qu’il nous fait paraître.


Tout est donc bien qui finit bien. J’espère que cet aperçu de l’Impromptu de Versailles vous aura permis de vous faire une idée de cette pièce très originale, très moderne, quoique méconnue du grand public. On peut y voir la capacité d’auto-dérision du grand Molière, capable de jouer avec sa propre image devant la Cour royale. On apprécie aussi le fait que cette pièce lève le voile sur les coulisses du théâtre moliéresque, même s’il s’agit d’une reconstitution parodique et non d’une véritable répétition. On y découvre la grande conscience qu’avait Molière de son propre art, et sa capacité d’avoir un recul réflexif sur sa propre création. On voit aussi et surtout comment Molière a su associer le comique et la défense de ses opinions contre ses détracteurs. Le dramaturge ne s’est pas abaissé à une charge polémique. Sa réponse même reste plaisante et agréable, au-dessus de la mêlée, et confirme s’il en était besoin sa supériorité face à tous ses détracteurs.

8 commentaires sur « Connaissez-vous l’Impromptu de Versailles ? »

  1. Quel heureux hasard!
    Je suis justement entrain de lire la biographie romancée de Monsieur Jean-Baptiste Poquelin par Mikhaïl Boulgakov où je découvre le milieu théâtral français du 17ème siècle dont la rivalité entre ses deux troupes…

    Aimé par 1 personne

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