« Le Petit Chose » sur scène

Adapter un roman au théâtre n’a rien d’évident. Un bon roman ne fait pas nécessairement une bonne pièce de théâtre. La compagnie « Les Collectionneurs » a pourtant réussi son pari en représentant sur scène Le Petit Chose d’Alphonse Daudet. J’ai assisté au spectacle qui avait lieu samedi soir au théâtre du Rouret (Alpes-Maritimes). Voici mes impressions.

Un plaisir communicatif

Quatre comédiens se sont partagé les différents rôles, passant de l’un à l’autre avec brio, au profit d’un rapide changement de costume. La pièce, jouée sans entracte, ne leur laisse guère de répit, en particulier pour l’acteur principal qui est presque toujours sur scène. Pourtant, ce qui est bien visible, à chaque instant, c’est l’immense plaisir qu’ils ont, tous les quatre, à être sur scène. Plaisir immédiatement communicatif pour le public.

Les quatre comédiens, tour à tour acteurs et narrateurs, ont fait le choix d’un juste équilibre entre la tension dramatique liée aux malheurs des personnages et l’insertion de pointes d’humour qui installent une légèreté jamais trop forcée. Le ton du drame se marie avec celui de la comédie, voire de la farce, sans excès d’un côté ni de l’autre. Cette justesse permet de rendre les personnages attendrissants sans être pathétiques, et l’intrigue poignante sans être larmoyante.

Une vie semée de malheurs

Illustration ancienne du Petit Chose d’Alphonse Daudet (Wikipédia)

Ce n’est pas, en effet, une histoire très joyeuse que celle du Petit Chose, enfant d’un père brutal, humilié par ses camarades de classe pour sa pauvreté. La misère fait éclater le cercle familial, et le Petit Chose est envoyé comme maître d’études dans un collège dont il se fera renvoyer pour avoir puni un élève d’origine aristocratique. Rejoignant son frère à Paris, il s’éprend pour les beaux yeux noirs d’une jeune fille dont le reste de la personne l’indiffère tout à fait, et se retrouve embrigadé bien malgré lui dans des projets de mariage et dans une vie qu’il n’a pas voulue. Il se rêve poète, et son frère qui croit en lui se ruine pour faire imprimer un ouvrage que personne n’achète. Personne, sauf la voisine, une comédienne qui jette le grappin sur lui, qui le séduit par sa vie fascinante, mais qui se sert de lui. Le couple n’a pas davantage de succès sur scène, et ne survit que grâce à l’argent envoyé par le frère, auquel ils envoient des lettres mensongères. Ce dernier, de retour à Paris, découvre la triste vérité et finit par mourir de tuberculose dans les bras de son frère.

Une connivence avec le public

On le voit, le moins qu’on puisse dire est cette histoire n’est pas très joyeuse, mais elle est portée par une mise en scène qui évite l’excès de pathos, qui joue parfois, mais avec subtilité, de la farce et de la caricature, sans pour autant sombrer dans le ridicule. Par exemple, un personnage secondaire se met à enchaîner quelques figures d’arts martiaux pour montrer qu’il est maître d’armes. Les bruitages assurent aussi un effet comique : ainsi le vieil âge d’un personnage est-il souligné par un bruit de porte qui grince, et l’entrée dans le métro est-elle marquée par une annonce par haut-parleur qui nous ramène à notre époque. L’humour apparaît dans les détails qui ponctuent la pièce et apparaissent comme autant de clins d’œil faits au spectateur.

J’ai également apprécié la façon dont les objets placés sur scène suffisent à matérialiser les différents décors. Un lit superposé, monté sur roulettes, devient ainsi, selon la manière dont il est placé, une chambre, une bibliothèque, un wagon… Ce sont les comédiens eux-mêmes qui, en déplaçant les objets, produisent les changements de décor, comme si le geste technique était intégré à la fiction théâtrale. Une tringle supportant des vêtements permet des changements de costume directement sur scène, rendant les coulisses visibles au public. D’ailleurs, une fois ou deux, les comédiens s’adressent directement à l’éclairagiste ou au musicien. Ce dernier se tient au fond de la pièce, derrière un piano synthétiseur, et orchestre les bruitages et la musique à même la scène, jouant ainsi parfois un rôle de figurant. Ce choix de montrer ce que l’on cache d’ordinaire au public renforce la théâtralité de la pièce, et crée une forme de connivence avec les spectateurs qui n’assistent pas seulement à une histoire mais à sa fabrique, n’oubliant pas que les personnages sont aussi des acteurs.

*

J’ai donc beaucoup aimé cette pièce intelligemment adaptée, mise en scène et jouée par cette joyeuse troupe de jeunes acteurs semi-professionnels, auxquels on ne peut que souhaiter de rencontrer le plus grand succès.

POUR EN SAVOIR PLUS
Site Internet de la compagnie « Les Collectionneurs »

4 commentaires sur « « Le Petit Chose » sur scène »

  1. J’ai également assisté à la représentation et c’était génial. De nouveaux rendez-vous vont suivre certainement, alors ne les ratez pas!
    Un grand merci Gabriel pour votre travail.

    Aimé par 1 personne

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