« Le réseau secret de la nature »

Sans doute le terme d’écosystème est-il aujourd’hui connu d’à peu près tout le monde. Loin d’être utilisé par les seuls scientifiques, il est repris par la presse, avec d’autres notions scientifiques telles que biodiversité, si bien que nous pouvons croire en connaître le sens. Il est aujourd’hui bien établi que les êtres vivants ne sont pas isolés les uns des autres, mais vivent en interrelation. Or, nous ignorons généralement jusqu’à quel point.

Des interrelations surprenantes

Un loup (Image par Rain Carnation de Pixabay)

Le nouveau livre de Peter Wohlleben, paru après La Vie secrète des arbres, recense les exemples les plus surprenants de ces interrelations.

Le premier chapitre montre ainsi comment l’extinction du loup dans bien des régions a profondément bouleversé les écosystèmes : surpopulation des cervidés en l’absence de leurs prédateurs naturels, disparition des jeunes pousses d’arbres mangées par ces cervidés, progression de l’érosion autour des rivières privées d’arbres, disparition des castors… L’auteur montre comment la réintroduction du loup s’est révélée bénéfique en régulant les populations de cervidés, provoquant le retour des arbres et avec eux celui des castors. Les grizzlis ont eux aussi indirectement profité de la réintroduction du loup. Par ailleurs, selon l’auteur, les loups, qui ont peur des hommes et des clôtures électrifiées, sont moins agressifs que les chiens errants, habitués à la présence de l’homme, et donc plus enclins à attaquer au lieu de fuir.

Un ours mangeant un poisson (Image par Les Bohlen de Pixabay)

Le chapitre suivant conte une histoire encore bien plus surprenante, en révélant que les saumons sont, indirectement, un engrais essentiel pour nos forêts. Les analyses des isotopes de l’azote montrent en effet qu’une bonne partie de l’azote contenu dans les êtres vivants de la forêt provient… de la mer. Cet azote a été amené dans la forêt par les saumons qui, comme on sait, remontent les fleuves pour frayer sur le lieu de leur naissance. Ces poissons, une fois mangés par divers animaux, se retrouvent sous la forme d’excréments qui agissent comme un engrais naturel. La disparition des saumons, provoquée notamment par l’apparition d’obstacles tels que des barrages sur les fleuves, engendre donc des déséquilibres qui dépassent de loin la seule population des poissons. Quant à l’azote rejeté par les activités humaines, il provoque une croissance trop rapide de certains arbres, qui ne leur laisse pas le temps de produire du bois dur, si bien qu’ils risquent davantage de pourrir et meurent généralement de façon prématurée.

Des équilibres très subtils

Ce qu’il ressort de la lecture de cet ouvrage, c’est que la nature repose sur des équilibres très subtils et qui, bien souvent, nous dépassent. Modifier ne serait-ce que très superficiellement ces équilibres n’a donc rien d’anodin. Or, l’homme se permet de les bouleverser en profondeur, sans tenir aucunement compte de leur fragilité. Ce faisant, il met la nature en danger, mais il se menace aussi lui-même, tant il est vrai que, même s’il a tendance à l’oublier, il fait partie, lui aussi, de la nature…

Forêt d’automne (Pixabay)

Quand on lit le livre de Peter Wohlleben, on se rend compte que la nature n’est pas un simple décor pour les activités humaines. Elle n’est pas simplement un paysage, ni même un milieu. La nature est vivante. Nous commençons tout juste de comprendre la complexité de ses écosystèmes. En intervenant dans la nature, nous touchons à ce que nous ne maîtrisons pas tout à fait, si bien que nous sommes ignorants des conséquences précises de nos actes, dont nous nous rendons compte, bien souvent, que trop tard.

La responsabilité humaine

La pollution (Image par Rilsonav de Pixabay)

À la lecture de Le réseau secret de la nature, nous nous rendons ainsi compte de notre immense responsabilité, tant individuellement que collectivement. Le fait même que nos interventions sur la nature puissent avoir des conséquences que nous sommes loin de soupçonner doit nous inciter à la plus grande prudence. Le livre de Peter Wohlleben nous montre à quel point les espèces sont liées entre elles, y compris sur de grandes distances géographiques, y compris sur des durées importantes. Ces interrelations omniprésentes font qu’on ne peut toucher à un détail sans porter atteinte au tout.

Je ne peux donc que conseiller la lecture de cet ouvrage, même si personnellement j’ai préféré l’opus précédent, intitulé La Vie secrète des arbres, dans la mesure où ce dernier livre apportait des informations moins connues sur le monde végétal, lequel ressemble bien plus au monde animal que nous ne le pensons ordinairement. Les végétaux communiquent entre eux, s’entraident, réagissent à toutes sortes de signaux et en produisent à leur tour… Cela invite à changer de regard sur les plantes, lesquelles sont loin d’être les êtres passifs et immobiles que l’on imagine.

Références de l’ouvrage
Peter WOHLLEBEN, Le réseau secret de la nature, de l’influence des arbres sur les nuages et du ver de terre sur le sanglier, Paris, Les Arènes, 2019, traduit de l’allemand par Lise Deschamps. ISBN : 978-2-7112-0099-3.

Une forêt (Image par SplitShire de Pixabay)

2 commentaires sur « « Le réseau secret de la nature » »

  1. Je le note dans ma liste. J’avais aussi beaucoup aimé La Vie secrète des arbres, on y apprend effectivement énormément de choses, notamment sur les réseaux végétaux / champignons qui enfoncent les réseaux Internet et la fibre !

    Aimé par 1 personne

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