Nu(e) célèbre Valérie Rouzeau

La revue Nu(e) vient de faire paraître son soixante-dixième numéro. Coordonné par Régis Lefort, il consacre près de trois cents pages à la poète Valérie Rouzeau. En voici une petite recension.

Valérie Rouzeau à Saint-Malo en 2015 (photo : Denis Heudré, ActuaLitté, CC BY-SA 2.0, Wikimedia Commons)

La revue Nu(e), fondée à Nice par Béatrice Bonhomme et Hervé Bosio, propose depuis 1994 des numéros très éclairants sur la poésie contemporaine. Longtemps imprimée sur papier glacé, elle est, depuis quelque temps, disponible en ligne via le site Poezibao animé par Florence Trocmé. Chaque numéro est bâti autour d’un ou une poète d’aujourd’hui, et propose un entretien, des poèmes souvent inédits, des témoignages et des articles universitaires. La revue trouve son originalité dans le lien souvent établi entre création poétique et arts plastiques.

Ce soixante-dixième numéro est donc consacré à Valérie Rouzeau, une poète dont j’ai déjà parlé dans ce blog à l’occasion de sa venue à Nice dans le cadre du Printemps des Poètes. Auteur de nombreux recueils de poésie, elle est aussi traductrice de l’anglais, notamment de Sylvia Plath.

Pour introduire à l’œuvre de Valérie Rouzeau, Régis Lefort, maître de conférences habilité à diriger des recherches à l’Université d’Aix-Marseille et coordonnateur de ce numéro, commence par rappeler la dimension enfantine de cette poésie, non au sens d’une quelconque naïveté, mais bien au contraire au sens d’une lucidité qui sait conserver intacte la fraîcheur de l’enfance. Régis Lefort signale d’emblée que de nombreux contributeurs de ce numéro se rejoignent pour définir la poésie de Valérie Rouzeau comme un travail du langage qui joue non sans humour avec la langue, mais qui possède aussi une certaine gravité, voire présente une forme de sagesse.

Dans les coulisses de l’écriture

Au cours de l’entretien, Valérie Rouzeau confie avoir été marquée par l’écriture dès l’enfance. Elle associe l’inspiration poétique à une forme de disponibilité de l’esprit à tout ce qui se trouve autour d’elle. Armée de son carnet et de son stylo, elle n’hésite pas à noter des propos entendus qui deviendront ensuite la matière du poème. Concernant les influences qui l’ont marquée, elle évoque les grandes voix de la Renaissance — Ronsard, Du Bellay, Labé, Du Bartas, du Guillet, Scève — mais aussi celles du XIXe siècle — Baudelaire, Rimbaud, Verlaine, Laforgue. Elle mentionne également l’influence de Desnos, avant de citer des voix plus contemporaines comme Biga, Sacré, Bachelin, Venaille, tout en insistant sur l’importance de la « poésie du quotidien » et, bien sûr, de Sylvia Plath, qu’elle a beaucoup traduit, et, avec elle, beaucoup de grands noms de la poésie mondiale, par-delà nos frontières…

Ces noms très nombreux montrent que Valérie Rouzeau n’écrit pas seule mais dans la compagnie de très nombreuses voix qui se retrouvent dans ses poèmes. Récusant au moins en partie la métaphore du « concassage » qui permettrait d’assimiler sa pratique d’écriture au métier de ferrailleur de son père, Valérie Rouzeau préfère indiquer qu’elle écrit à l’oreille, jouant avec les sons et avec les mots. Son goût pour les langues étrangères l’a portée, dit-elle, à souhaiter faire résonner autrement la langue française. Elle définit alors la poésie d’une très belle formule, comme façon de tenir le coup pour les « expulsés de l’enfance » que nous sommes.

Valérie Rouzeau livre ensuite des propos intéressants sur la « fabrique » du poème, autrement dit ses coulisses, sa façon d’ordonnancer les poèmes pour aboutir à des livres ou des recueils, en laissant sa place au premier jet et en faisant intervenir des contraintes dans un deuxième temps, sa façon d’écrire dans le compagnonnage des livres.

Témoignages et études

Cet entretien est suivi d’une série de témoignages. Celui de Jean-Pascal Dubost a le mérite de revenir sur les tout premiers ouvrages de Valérie Rouzeau, sans doute moins connus que les suivants. Louis Dubost raconte, quant à lui, la genèse de Pas revoir du point de vue de l’éditeur. Parmi d’autres, James Sacré, Jacques Bonnaffé, Yves Charnet disent leur affection pour Valérie Rouzeau.

Après un « cahier iconographique », viennent les études universitaires. Deux d’entre elles, celle de Pascal Commère et celle de Régis Lefort, s’intéressent au motif des oiseaux. De fait, le monde naturel, faune et flore, importe à Valérie Rouzeau dont certains poèmes témoignent d’une vive conscience écologique. Emma Curty et Sandrine Montin choisissent respectivement de s’intéresser aux motifs du « pied malade » et du « clown ». Tristan Hordé centre son étude sur la langue même de la poète tandis que Sylvie Bourgeois insiste sur les notes de fin d’ouvrage de certains recueils, qui ne sont appelées par aucun symbole dans le corps même du texte. Françoise Delorme traite d’une « altération poétique du monde ». Quant à mon propre article, il aborde la « légère gravité » à l’œuvre dans la poésie de Valérie Rouzeau.

*

L’ensemble, que je n’ai bien sûr pas encore eu le temps de lire en détail, s’annonce passionnant et permet de révéler plusieurs facettes différentes d’une œuvre poétique qui compte dans le paysage poétique contemporain. Ce 70e numéro de la revue Nu(e) sera ainsi fort utile à tous ceux qui voudraient découvrir et mieux comprendre la poésie de Valérie Rouzeau. Vous le trouverez dans la rubrique « Revue Nu(e) » du site Poezibao, en accès libre et gratuit.

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