Poètes de Nice, poètes du monde

Je suis récemment tombé sur une belle anthologie publiée par le CRDP de Nice. Le principe en est fort intéressant : on a demandé à plusieurs poètes niçois de donner à lire des poètes francophones du monde entier. C’est une belle façon de relier les aires culturelles et de montrer que la poésie peut se partager d’un bout à l’autre du monde !

La couverture de l’ouvrage

Pour ma part, j’ai un peu de mal à lire des anthologies. Je trouve souvent que les poèmes sélectionnés, sortis du recueil où était leur place, perdent un peu de leur force, en particulier dans le champ contemporain où les livres de poésie ne sont, bien souvent, pas de simples recueils, mais des ensembles structurés. Pour le coup, dans cette anthologie, les poèmes trouvent une logique nouvelle. Ce qui les relie, c’est alors l’espace francophone, dans toute sa diversité.

Les poètes niçois

Nice est le point de départ de ce voyage culturel et poétique. Ville ouverte sur la mer, sur le monde, elle porte une longue histoire. La poésie y est bien vivante, comme les quelques poèmes publiés permettent de le rappeler.

Le cap Ferrat sur la côte d’Azur (Pixabay)

C’est ainsi que Daniel Biga a choisi de parler du Paillon, fleuve côtier aujourd’hui partiellement recouvert par la ville.

Les autres poètes ne s’attachent pas spécifiquement à parler du chef-lieu des Alpes-Maritimes : Béatrice Bonhomme propose un poème inédit intitulé « Noli me tangere » que l’on retrouvera, si mes souvenirs sont bons, dans Dialogue avec l’anonyme.

Jean-Marie Barnaud nous donne à voir « l’ordinaire des nuits ».

Claude Ber « rapporte l’incident » et « copie-colle » dans un poème énigmatiquement intitulé « J’etc. x20 ».

Alain Freixe, dans un poème adressé « À l’étrangère », évoque un « cri / sur la route », celui sans doute de l’étrangère elle-même.

Le poème intitulé « Baiser » de François Heusbourg se présente comme une « méthode du XXe siècle » :

« j’ai glissé mes doigts
entre les draps du jour

le tissu est froissé — il sent mauvais
il sent les corps mauvais

comment défaire cette proximité immédiate
d’un jour avec un autre jour
comment ouvrir »

François Heusbourg

Quant à Marcel Migozzi, il donne à lire un sonnet inédit de vers très brefs et non rimés, posant une question inquiète — « Qui va là ? Le temps mortel ? » — avant de proposer une affirmation réconfortante : « Visage aimé / Restaure tous les paysages ».

Le port de Nice (Pixabay)

Enfin, Raphaël Monticelli nous parle de mer et d’écume, « un grand remous de mer », un « ciel d’écume » aux « teintes de lessive », mais bien au-delà de la Méditerranée niçoise, il évoque les « mangroves », et sa rêverie poétique l’entraîne à y voir « un grand remous d’insectes », un « capricorne »…

Les poètes d’ailleurs

Globes terrestres (Pixabay)

Chacun de ces « poètes d’ici » a donc été invité à sélectionner un « poète d’ailleurs ». Par cette expression, il faut entendre l’ensemble de la Francophonie. C’est l’occasion de découvrir les noms de :

entre Afrique et Océanie :

  • l’Algérien Djamal Amrani
  • la Tahitienne Flora Devatine
  • le Réunionnais Boris Gamaleya
  • le Calédonien d’origine yougoslave Nicolas Kurtovitch
  • l’Algérienne Samira Négrouche
  • le Tchadien Nimrod
Le monde dans les mains (Pixabay)

dans les Amériques :

  • le Franco-argentin Carlos Alvarado-Larroucau
  • le Chilien Vicente Huidobro
  • le Haïtien Jean Métellus
  • le Québecois Gaston Miron
  • le Haïtien Anthony Phelps

dans la vieille Europe :

  • le Français Michel Butor
  • le Franco-britannique Michael Edwards
  • le Luxembourgeois Laurent Fels
  • le Belge Werner Lambersy
  • le Français Bernard Noël
  • l’Allemande Katia Roessel
  • le Luxembourgeois René Welter

sur le continent asiatique :

  • le Français d’origine irakienne Salah Al Hamdani
  • le Français d’origine chinoise François Cheng
  • l’Iranien Parviz Khazraï
  • le Libanais Salah Stétié

On le voit, les voix poétiques réunies dans cet ouvrage proviennent des quatre continents. Les poèmes sont de facture et de thèmes si divers qu’en rendre compte en quelques lignes relève de la gageure. L’important est ici la circulation des poèmes, le dialogue des voix, la mise en regard de textes que rien peut-être ne destinait à se rencontrer. Car où qu’on soit né, c’est toujours la condition humaine qui se dit entre les vers, par-delà toutes les différences. Contentons-nous ici d’un très bref, et très insuffisant, florilège :

« Sous l’eau survit en silence l’âme d’une grande ville »

Nicolas Kurtovitch

« Je suis l’expulsé
d’un nid de vautours
Je suis le descendant
des émigrés immigrants »

Carlos Alvarado-Larroucau

« J’écris
Au fil du temps
D’azur et d’amertume »

Flora Devatine

« L’homme de ce temps porte le visage de la flagellation »

Gaston Miron

L’apport des élèves niçois

Si l’Académie de Nice fait partie des co-éditeurs de l’ouvrage, c’est que les élèves des écoles de l’Académie ont participé à sa réalisation. En effet, dans le cadre des Jeux de la Francophonie, ils ont choisi un pays francophone qu’ils devaient alors représenter par les arts plastiques. Cette belle initiative a permis aux enfants de s’intéresser à la diversité culturelle du monde francophone, et de goûter à la poésie…

Références de l’ouvrage
Collectif, Poésie francophone, Les poètes d’ici vous invitent à lire les poètes d’ailleurs, ouvrage publié à Nice, en 2013, dans le cadre des septièmes Jeux de la Francophonie, coédité par le Scéren/CRDP/Académie de Nice et le Comité National des Jeux de la Francophonie Nice 2013.

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