Conjugaison: distinguer infinitif et forme conjuguée

Je voudrais vous présenter aujourd’hui l’activité que j’ai mise en place en conjugaison en cette semaine de rentrée, dans ma classe de CM1. En ce début d’année, je souhaite insister sur certaines notions essentielles qui restent parfois floues dans l’esprit des élèves. Je crois que celles d’infinitif, de radical, de terminaison demeurent relativement abstraites et confuses pour un certain nombre d’élèves, en partie parce que l’on a l’habitude d’insister sur ce qui reste le cœur de la conjugaison, à savoir la mémorisation des formes verbales.

1. L’infinitif

C’est pourquoi j’ai décidé de commencer l’année par une séquence liminaire que l’on ne prend pas toujours le temps de mettre en place. Or, j’ai l’impression que prendre le temps d’étudier l’infinitif permet de lever un certain nombre d’implicites. Cela permet aussi de donner l’impression aux élèves de commencer par quelque chose de relativement nouveau, ce qui est très important car, du CE1 au CM2 et au-delà, les élèves peuvent finir par avoir l’impression qu’on leur redemande chaque année la même chose. Bien entendu, la difficulté va croissant d’une année sur l’autre, mais cela ne suffit pas toujours à procurer une impression de nouveauté à des élèves qui, chaque année, doivent conjuguer des verbes. Commencer l’année avec le présent des verbes du premier groupe, ce n’est pas forcément très enthousiasmant !

J’ai déjà rédigé un article sur la syntaxe de l’infinitif, destiné à un public adulte. Pour des enfants de cycle 3, on retiendra simplement que :

  • L’infinitif est une forme non conjuguée du verbe.
  • C’est la forme que l’on trouve dans le dictionnaire.
  • Il se termine par -er, -ir, ou -re.

Séance de découverte : tri d’étiquettes

La photocopie fournie aux élèves
La photocopie fournie aux élèves

J’ai proposé à mes élèves vingt étiquettes comportant soit des verbes conjugués précédés d’un pronom personnel sujet, soit des verbes à l’infinitif. Ils devaient les trier en deux catégories non indiquées d’avance. J’ai laissé les élèves établir les classements de leur choix dans un premier temps, en validant toute proposition argumentée et vérifiée (il fallait donc que le critère de classement permette effectivement de classer les verbes en deux catégories, et deux seulement).

Le classement dans le cahier

Il est intéressant de noter quels sont les élèves qui s’inscrivent d’emblée dans une réflexion portant sur la langue elle-même et sur la forme des mots, et ceux qui ne s’intéressent qu’au sens. Certains élèves trieront ainsi les actions désignées par les verbes et non les verbes eux-mêmes (par exemple, ce qu’on peut faire à l’école, ce qu’on ne peut pas, etc.). D’autres auront une réflexion plus formelle (certains ont trié les verbes du premier groupe d’une part, et les autres verbes d’autre part).

Au tout début, j’ai laissé les élèves choisir leur propre critère, et je ne leur ai demandé de revoir leur copie que si le critère annoncé ne permettait pas d’obtenir un classement en deux catégories seulement (il ne doit pas rester de verbes non triés).

La mise en commun

La mise en commun au tableau

Bien entendu, si ce temps de créativité est important, il ne s’agit pas non plus de laisser les élèves divaguer trop longtemps. La mise en commun permet de comparer les productions et d’aboutir à un classement définitif. Pour cela, j’ai utilisé de grandes étiquettes permettant de travailler collectivement au tableau. Certes, j’aurais pu commencer immédiatement par là, mais les élèves auraient été beaucoup moins impliqués. Peu à peu, le terme d’infinitif émerge et finit par s’imposer. Les élèves qui avaient trouvé un autre principe de tri se rangent à l’avis du groupe. Les grandes étiquettes du tableau permettent d’interroger plusieurs élèves différents. Les deux catégories sont ensuite nommées par le groupe.

Il apparaît ainsi que l’infinitif est une forme non conjuguée du verbe. Les verbes conjugués, eux, travaillent avec un sujet. L’infinitif « dort dans son dictionnaire », pour reprendre l’amusante formulation trouvée sur un blog, selon laquelle l’infinitif enlève ensuite son pyjama (sa terminaison d’infinitif) pour revêtir le vêtement du temps considéré (les terminaisons du présent, du passé ou du futur).

La trace écrite pour le cahier de leçons

Un petit test rapide

J’ai prévu, avant la séance suivante, de consacrer quelques minutes à la vérification des acquis de cette première séance, sous la forme d’un mini-test rapide, censé ne durer que quelques minutes :

Un petit exercice rapide pour vérifier qu’on a compris (photo personnelle)

Il importe ensuite que les élèves soient capables de distinguer infinitif et forme conjuguée dans des phrases, et non plus simplement dans des cases de tableau. J’ai prévu deux niveaux de différenciation, l’un avec les verbes mis en caractère gras, l’autre où le repérage des verbes reste à faire.

Des exercices pour repérer l’infinitif

2. Radical et terminaison

Il est important que les élèves comprennent que les verbes possèdent une partie fixe, le radical, et une terminaison changeante. Aussi est-il intéressant de matérialiser cette distinction par une coupure aux ciseaux. C’est ce à quoi je consacrerai la séance suivante. Les élèves sépareront le radical et la terminaison d’infinitif. Ils pourront ensuite accrocher des terminaisons à ce radical (« le verbe tout nu »). C’est précisément cela que l’on appelle conjuguer un verbe. Il me semble que le sens même du verbe conjuguer est souvent insuffisamment défini. Conjuguer un verbe, c’est le dévêtir de sa forme d’infinitif pour l’habiller selon le temps et la personne voulus, c’est lui donner la bonne terminaison. Il n’y a qu’au futur (qui, comme on sait, est si pressé) que le verbe ne prend pas le temps d’enlever son pyjama et met directement ses habits par-dessus : je chant-er-ai.

Exercice de découverte : un peu de découpage

Passer par le découpage permet de matérialiser de façon extrêmement concrète la séparation entre la partie fixe du verbe (le radical) et la partie changeante (la terminaison). Il sera temps, plus loin dans l’année, de révéler aux élèves que le radical, lui aussi, peut, dans certains cas, changer (je veux, nous voulons).

Des verbes à découper pour séparer radical et terminaison

Insister sur les régularités

Il importe ainsi que les régularités de la conjugaison soient pleinement installées avant d’envisager d’entrer dans ses nombreuses irrégularités. Les élèves doivent bien avoir acquis le mécanisme consistant à enlever la terminaison d’infinitif pour ajouter la terminaison du temps demandé. Ce n’est qu’ensuite qu’on pourra aborder en particulier le cas des verbes dont le radical change : au présent et à l’imparfait, il s’agit par exemple des verbes en -cer, -ger, -yer, -ier. Mais cela, cela fera l’objet d’autres articles !

Pour toute question ou remarque, n’hésitez pas à intervenir dans l’espace des commentaires !

6 commentaires sur « Conjugaison: distinguer infinitif et forme conjuguée »

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