Un roman pour l’été: « Gandahar »

Si vous ne savez pas quoi lire cet été, je vous propose aujourd’hui un peu de science-fiction à la française, et en particulier un livre de Jean-Pierre Andrevon qui a été adapté sous forme de film d’animation par René Laloux : il s’agit de Gandahar.

Le monde de Gandahar

Si vous avez déjà lu mes articles sur Dark Crystal ou encore sur Le Parlement des fées, vous savez que j’aime particulièrement les romans qui, au-delà de simplement raconter une histoire, mettent en place un univers complet. C’est le cas dans Gandahar.

La couverture du roman, aux éditions Denoël. L’illustration de couverture est de Philippe Caza.

Gandahar est un monde paisible. À l’opposé de nos sociétés occidentales qui vénèrent bien trop la vitesse, l’accumulation et le profit, les Gandahariens paraissent vivre lentement, au rythme des saisons et des travaux agricoles.

Le dessin animé, en incluant des images de pêche et d’agriculture, en représentant des Gandahariens qui vivent presque nus, au plus près de la nature, souligne cette dimension paisible sans avoir besoin de l’expliquer. Le roman, quant à lui, précise que les habitants, qui ont immigré sur cette planète depuis des millénaires, se soucient désormais bien peu de conquête et d’espace, et perdent progressivement leurs compétences technologiques. Les animaux de trait, jadis modifiés par génie génétique, ont depuis longtemps remplacé machines et moteurs.

Jean-Pierre Andrevon a également imaginé la géographie de ce royaume mythique. Il a nommé les pays limitrophes, les régions, les déserts, les océans. Sans doute ces noms auraient-ils pu être dotés d’une consonance plus exotique : « Arcanciel », « Stribulle », « Valderboise » ne sont pas des noms qui font rêver. Le nom de la « bande de Gazan » rappelle un peu trop celui de la bien réelle bande de Gaza. Heureusement, le nom même de Gandahar, et celui de sa capitale Jasper, sont quant à eux magnifiques. J’aime également beaucoup le nom de l’Océan Excentrique, une belle trouvaille, ainsi que celui du Métamorphe, étrange et impressionnante créature que je vous laisse découvrir…

Jasper, cette ville-capitale dressée tel un pic au milieu de la plaine, est représentée dans le dessin animé sous la forme d’une montagne sur laquelle aurait été érigé — ou sculpté — un immense buste de femme. Cette figure de proue féminine rappelle que Jasper est gouvernée par une femme, la reine Ambisextra. Une reine plutôt vaporeuse, qui gouverne un royaume sans histoires, où il ne semble y avoir que paix, joie et bonne humeur.

Une menace mystérieuse

Ce monde qui ne connaît que la paix et la douceur de vivre est menacé. Les oiseaux-miroirs, ces animaux qui transmettent à la Reine les images du royaume, meurent mystérieusement. Le chevalier Sylvin Lanvère est envoyé enquêter sur l’origine de cette menace qui vient du Sud, aux confins de l’Océan Excentrique. Personnellement, je préfère la façon dont le film d’animation amène les découvertes successives du héros, lequel ne comprend d’abord pas tout à fait ce qu’il voit avant d’y donner progressivement du sens. Dans le livre, les ennemis entonnent d’emblée un chant de guerre qui ne laisse aucun doute sur leurs origines.

Ceux qui aiment les rebondissements seront servis : outre l’attaque d’oiseaux géants et l’arrivée d’un monstre saurien, c’est surtout l’identification de cette menace mystérieuse qui constitue le nœud de l’intrigue. Sans rien dévoiler d’essentiel sur celle-ci, je peux malgré tout préciser — car on l’apprend très tôt dans le roman — qu’elle provient d’hommes-machines aussi robotiques et inhumains que les Gandahariens sont doux et pacifiques.

Aspects symboliques

Du point de vue symbolique, ce sont deux conceptions de la société qui s’opposent : l’une consistant à vivre conformément à la nature, en harmonie avec elle, selon un mode de vie paisible ; l’autre consistant à maîtriser totalement la nature en la faisant disparaître sous le métal, et à accroître toujours plus son pouvoir, par la violence si nécessaire. D’un côté, le monde des sentiments et des émotions ; de l’autre, les excès d’une science triomphante qui ne serait tempérée par aucune sorte de sentiment.

Cette opposition se retrouve symboliquement dans le choix des armes utilisées par les deux peuples : les Gandahariens utilisent un pistolet à graines, qui tire de véritables graines dont la croissance ultrarapide permet de blesser l’opposant ; les hommes-machines, eux, recourent à un rayon paralysant, froid, neutre, précis, efficace, dont la couleur est bleue dans le roman, et rose fluorescent dans le dessin animé. Or, et ce n’est pas là le moindre intérêt de l’intrigue, ces deux mondes sont loin d’être aussi opposés qu’il ne paraît au premier abord…

Également riche du point de vue symbolique est l’opposition entre les habitants de la capitale, beaux, bien portants, esthétiquement parfaits, et les habitants des confins du royaume, porteurs de mutations, malformés, disgracieux, semblables à des tortues. C’est l’occasion de rappeler que la beauté du cœur n’est pas nécessairement à l’image de l’apparence extérieure. C’est aussi une façon de transposer le rejet que subissent, dans la vie réelle, toutes sortes d’être humains, en raison de leur apparence physique, de leur couleur de peau, de leur sexe, de leur handicap, etc.

Une lecture que je recommande

Bref, si vous aimez la science-fiction, vous ne serez pas déçu par ce roman à l’écriture simple et efficace. Personnellement, j’ai découvert le dessin animé bien avant le roman, dans mon enfance. Ce fut, immédiatement, un coup de cœur. Pensez donc, quand on est un enfant habitué à voir des Disney, cela fait quelque chose de découvrir un univers et une intrigue beaucoup plus complexes, où robots et monstres se côtoient sur fond de paradoxes temporels. Les dessins de Philippe Caza, d’une grande originalité, peignent magnifiquement l’étrangeté de cet autre monde et servent à merveille l’histoire de Jean-Pierre Andrevon, scénarisée par René Laloux. La musique et les effets sonores sont également très appréciables. Pour une fois, l’adaptation cinématographique me semble à la hauteur du roman.

En outre, Jean-Pierre Andrevon a publié des suites à cette histoire. J’ai commandé deux de ces romans et je n’hésiterai pas à vous en parler au détour d’un prochain article. Affaire à suivre, donc…

Image d’en-tête : Igor Link de Pixabay. Lien.

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