Enseigner le vocabulaire en CM1

L’an prochain, j’aurai en principe en charge l’enseignement du vocabulaire en CM1. Je me suis donc mis à rechercher des ressources, en commençant par les programmes. Les remarques qui suivent ont été pensées dans l’optique du cycle 3 (CM1, CM2, 6e), mais sont transposables, mutatis mutandis, pour les autres cycles.

1. Ce que disent les programmes

► Les programmes de 2016 ajustés en 2018

Parus en 2016, les programmes officiels ont été profondément remaniés en 2018. La circonscription de Luxeuil, dans la Haute-Saône, a fait un travail remarquable en fournissant un document permettant de comparer les deux versions (2016 et 2018).

La compétence qui concerne le plus évidemment le vocabulaire s’intitule sobrement « Enrichir le lexique ». Sous cet item, on trouve un ensemble de sous-compétences à acquérir. Je trouve pertinent de les classer en deux catégories :

ENRICHIR LE LEXIQUE (1) : Découvrir et utiliser de nouveaux mots
• Enrichir son lexique par la lecture.
• Enrichir son lexique par l’usage du dictionnaire et d’autres outils.
• Réutiliser à bon escient le lexique appris.

ENRICHIR LE LEXIQUE (2) : Découvrir comment se forment les mots
• Comprendre la formation des mots complexes : dérivation (préfixale, suffixale) et composition.
• Connaître les notions de synonymie, antonymie, homophonie, polysémie.
• Mettre des mots en réseau (familles de mots, champs lexicaux).
• Catégoriser des mots (termes génériques, termes spécifiques), analyser le sens des mots (polysémie, synonymie…).
• Connaître le sens des principaux préfixes, découvrir des racines latines et grecques.

Lien vers les programmes officiels de 2018.

► Les « attendus de fin d’année » en vocabulaire

Le Ministère de l’Éducation Nationale a publié, en plus des programmes, des attendus de fin d’année, pour chacune des classes du CP à la Troisième. Voici ce que doivent avoir acquis les élèves en fin de CM1 :

Ce que sait faire l’élève
– Il utilise des dictionnaires, au format papier ou numérique pour enrichir son lexique en trouvant synonymes ou antonymes.
– Il recourt à un dictionnaire pour lever les questions sémantiques en cas d’homonymie.
– Il réutilise le lexique appris dans des situations de communication écrites ou orales.
– Il repère dans des corpus de mots complexes les principaux préfixes et suffixes et en connaît le sens.
– Il met en réseau des mots en identifiant les familles de mots.
– Il connaît la synonymie et l’antonymie et découvre la notion d’homonymie.

Exemples de réussite
– Il repère le lien sémantique qui existe ou non entre deux mots qui se ressemblent (terrestre/terrien/terrible…) et il repère les intrus en justifiant son choix par rapport au sens du radical du mot.
– À partir d’un mot donné, il propose d’autres mots comprenant des préfixes et suffixes fréquents et en donne une définition.
– Il crée une corolle lexicale pour un mot donné en indiquant un synonyme, un antonyme, des mots du même champ lexical, des mots de la même famille…
– L’élève constitue des listes de mots appartenant à la même famille, en les validant si besoin avec le dictionnaire. Il crée des phrases pour mettre ces mots en contexte afin de se les approprier.

Lien vers les attendus de fin d’année et les repères annuels de progression.

► Les « repères annuels de progression » en CM1

Outre les programmes officiels et les « attendus de fin d’année », le Ministère de l’Éducation Nationale a publié des « repères annuels de progression ». Voici ce qu’il en est du vocabulaire en CM1 :

• Dans la continuité du cycle 2, les élèves utilisent, dès le début de l’année, des dictionnaires, au format papier ou numérique pour enrichir leur lexique en trouvant synonymes ou antonymes. Ils y recherchent le sens des homonymes.
• Ils réutilisent le lexique appris ans des situations de communication écrites ou orales.
• Ils repèrent dans des corpus de mots complexes les principaux préfixes et suffixes et en connaissent le sens.
• Ils mettent en réseau des mots en identifiant les familles de mots.
• Ils approfondissent leur connaissance de la synonymie et de l’antonymie, notions déjà abordées au C2.
• Ils découvrent la notion d’homonymie.

2. Comment enseigner le vocabulaire ?

Une fois les programmes consultés, il reste à les mettre en œuvre. Évidemment, ce n’est pas la partie la plus facile. L’enseignant d’aujourd’hui doit faire face non pas au manque mais à la surenchère de pistes et de propositions. Difficile, dans cette masse d’informations, d’y voir clair, de savoir par où commencer, et de s’y prendre d’une façon efficace.

Les ressources ministérielles publiées sur le site « Éduscol » sont très intéressantes. On y trouvera des articles très bien pensés de Micheline Cellier, d’Alise Lehmann, de Philippe Boisseau, de Patrick Joole, d’Alain Bentolila ou encore de Christian Poslaniec. Ces articles permettent de prendre du recul sur sa propre pratique. En revanche, on peut leur reprocher leur longueur : une lecture intégrale de tous les documents, pour la seule sous-discipline du vocabulaire, prendrait des jours. Et il s’agit davantage de réflexion didactique que de séances clefs-en-main.

On peut alors se tourner vers les recommandations de la Mission Maîtrise de la langue de l’Académie de Nice. La page intitulée « Lexique » propose des diaporamas très synthétiques, que je trouve pour ma part excellents. Merci à Nathalie Leblanc et Sophie Ngô-Maï pour cet immense travail.

Voici, en résumé, quelques principes que je trouve essentiels :

  • La distinction entre vocabulaire passif et vocabulaire actif.
    Il y a une différence entre comprendre un mot quand on l’entend ou le lit, et être capable de le réemployer soi-même. Il faut donc veiller à ne pas travailler seulement la première dimension.
  • L’importance d’enrichir le lexique dans toutes les classes grammaticales.
    Il faut inclure des adjectifs, des verbes, des adverbes, des mots-outils, et non uniquement des noms.
  • Pour connaître un mot, il ne suffit pas de l’avoir lu ou entendu.
    Les mots doivent revenir plusieurs fois, dans différents contextes qui permettront de faire apparaître leur polysémie.
  • On comprend un mot quand : on sait le reconnaître à l’oral et à l’écrit, on sait le lire de façon fluide, on en comprend le sens (on peut le définir), on sait en déterminer la classe grammaticale, on peut l’associer à d’autres mots (synonymes, antonymes, mots de la même famille, mots du même champ lexical), on peut le réemployer dans différents contextes.
  • On n’apprend pas un mot seul, perdu dans une liste. Les mots s’insèrent dans des réseaux (mots de la même famille, mots du même champ lexical, synonymes, antonymes, hyponymie/hyperonymie, étymologie).
  • On n’insiste pas à outrance sur des mots très rares. Inutile de faire apprendre un mot tel que thylakoïde ! Le Ministère a publié des listes de fréquence qui peuvent aider à sélectionner les mots à enseigner. (Pourquoi ne pas faire jouer les élèves à surligner ceux qu’ils connaissent ?)
  • Les mots se rencontrent dans des contextes réels variés : littérature de jeunesse, contes du patrimoines, poésie, articles de journaux, documents liés aux autres disciplines, sorties scolaires…

3. Quels « outils structurants » ?

Nathalie Leblanc et Sophie Ngô-Maï proposent un nombre important d’outils structurants permettant de travailler le lexique. Inutile de faire doublon avec leur propre travail. Je voudrais ici parler des outils que j’ai moi-même expérimentés et dont je peux parler pour les avoir moi-même expérimentés.

  • Les fleurs lexicales permettent de placer une notion centrale au cœur de la fleur, et de regrouper des mots par catégories qui constituent les pétales. Au début, l’enseignant propose des fleurs lexicales, puis ce sont progressivement les élèves qui les construisent eux-mêmes. J’ai utilisé cet outil au CP, au CE1 et au CM1, à travers une séquence portant sur les mots de l’école, et une autre sur les émotions. Au CP et au CE1, j’avais utilisé des mots-images (étiquettes illustrées) afin d’aider les faibles lecteurs. Les élèves trient alors des mots en catégories : cela constitue un problème de recherche.
  • Les nuages de mots me servent à faire identifier des réseaux analogiques. En début de séance, je propose un mot nouveau et les élèves énoncent des mots qu’ils associent spontanément. Par exemple, quand j’avais travaillé sur l’ardeur (thème d’un Printemps des Poètes), j’avais écrit le mot au centre du tableau et les élèves proposaient des mots à associer. Au fur et à mesure des séances, le nuage de mots s’affine (d’où l’intérêt de travailler sur papier affiche ou de sauvegarder ce qui est écrit sur le tableau numérique ; on peut aussi prendre la photo du tableau). Voir aussi le mur des mots proposé par la Mission MDLL 06.
  • J’utilise parfois aussi cartes mentales. Pour l’instant, je n’ai fait qu’en proposer aux élèves, notamment en Histoire. Le but est évidemment qu’ils en créent eux-mêmes, afin qu’ils se saisissent de cet outil pour mieux mémoriser des mots.
  • L’affichage de familles de mots (mots formés à partir d’un même radical).

4. Quelques idées d’activités

  • Ranger des mots selon leur intensité :
    la température : glacial, gelé, froid, frais, tiède, chaud, brûlant, bouillant
    • la taille : microscopique, minuscule, petit, moyen, grand, élancé, immense, gigantesque
  • Légender l’image du personnage d’un album ou d’un roman avec les mots du texte qui le décrivent.
    De façon générale, le passage par l’illustration est un précieux outil de compréhension des textes et du vocabulaire.
  • Travailler des champs lexicaux en lien avec d’autres disciplines :
    les émotions (EMC)
    • le Moyen-Âge (Histoire)
    • les termes techniques de la géographie, du sport…
  • Faire émerger le sens d’un préfixe ou d’un suffixe à partir de nombreux exemples :
    le préfixe re- indique la répétition et s’applique à des verbes, non sans certaines altérations graphiques (re- ; ré- ; r-) : redire, refaire, réécrire, racheter
    • le préfixe dé- marque l’opposition, le contraire, et s’applique à des verbes : défaire, dédire, détacher, dénouer
    • le préfixe in- marque également l’opposition, le contraire, mais s’applique plutôt à des adjectifs : inefficace, inévitable, infaisable, impossible, imprévisible, imperméable
    • etc.
  • Trouver l’intrus dans une liste permet de vérifier si l’élève sait déterminer la catégorie à laquelle appartiennent plusieurs mots.
  • Jouer au « brainstorming » : trouver le plus grand nombre de mots appartenant à une catégorie dans un temps limité.
  • Appréhender la polysémie, le sens figuré, les registres de langue, par exemple à travers des expressions imagées.
  • Utiliser le dictionnaire : chercher les mots dont on a besoin pour comprendre un texte. Comprendre les abréviations utilisées dans un dictionnaire. Jeu : en temps limité, donner le mot qui précède et celui qui suit le mot demandé.
  • Le « jeu du dictionnaire » : un élève choisit un mot (ni simpliste, ni trop compliqué) et en lit la définition. Les autres doivent trouver le mot.
  • Réutiliser les mots dans d’autres contextes : dictées, productions d’écrits…
  • Préparer des productions d’écrit : avant de mettre les élèves dans des situations d’écriture individuelle, chercher du vocabulaire collectivement ou par groupe.

Deux types de séances

  • Celles qui sont adossées à une autre discipline ou sous-discipline (littérature, production d’écrit, Histoire, Géographie, etc.)
  • Les séances « pures » de vocabulaire

Jouer avec des étiquettes

Les habitués de ce blog savent que j’aime à enseigner avec des étiquettes. Cela permet une multitude d’activités variées dans lesquelles les élèves sont très actifs. Selon la place dans la séquence, les élèves peuvent travailler seuls, par petits groupes, ou collectivement au tableau (avec de grandes étiquettes ou au TBI). Voici quelques idées d’activités :

  • Découper des étiquettes-mots pour isoler radical, préfixe, suffixe.
  • Piocher parmi des étiquettes préfixe, suffixe, radical pour former de nouveaux mots.
  • Ranger des étiquettes-mots dans l’ordre alphabétique (on peut jouer sur le nombre d’étiquettes, instaurer un chronométrage…).
  • Classer des étiquettes-mots en catégories (celles-ci peuvent être données ou non).
  • Piocher une étiquette-mot et chercher le mot dans le dictionnaire.
  • Piocher plusieurs étiquettes-mots et écrire un bref texte contenant ces mots.

A lire aussi sur ce blog
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Image d’en-tête : Pixabay.

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