Le « Dieu d’eau » des Dogons

Parmi les nombreux livres de philosophie que j’ai dû ingérer pendant mes études, il en est un qui m’a séduit par sa différence d’avec les autres. Voici en effet un livre qui s’écarte de la réflexion théorique pour présenter une réalité méconnue — pour ne pas dire totalement ignorée — de nous autres Occidentaux : la culture des Dogons. Ce livre s’intitule Dieu d’eau, et il a pour auteur Marcel Griaule.

Les Dogons sont un peuple du Mali. Ils ont été étudiés par Marcel Griaule, qui a interrogé un ancien chasseur sur la vision du monde de son peuple. L’ouvrage se présente ainsi comme un entretien entre « l’Européen » et Ogotemmêli, un vénérable Dogon qui, étant devenu aveugle, a dû abandonner son métier de chasseur et a, ainsi, pu consacrer de longues années à l’apprentissage de la culture dogon. Il possède une connaissance globale, alors que, d’ordinaire, chacun ne connaît à fond que les parties propres à son métier.

L’ouvrage permet d’apprécier la complexité d’une culture qui invite à sortir de nos repères trop occidentalo-centrés. Il n’est pas surprenant, ni même anormal, que notre connaissance des autres cultures soit limitée : mais cela peut devenir un problème lorsque cette ignorance finit par instaurer une hiérarchisation des cultures, et par conséquent une qualification négative des cultures étrangères. Ce tort, c’est déjà celui des Grecs et des Romains, lesquels qualifiaient de « barbares » les peuples étrangers (étymologiquement : ceux qui parlent un sabir incompréhensible).

L’ouvrage est divisé en trente-trois journées qui sont autant d’entretiens avec Ogotemmêli. J’ai lu les onze premières, que j’ai trouvé fort intéressantes dans leur présentation d’un système cosmogonique cohérent. Celui-ci, par son utilisation des métaphores du tissage et du tissu, du grenier, a quelque chose d’original, voire d’exotique pour le lecteur occidental, et en même temps, présente sans doute une dimension universelle : la croyance en une forme de transcendance (le dieu Amma et les divinités — les Nommo), l’importance des éléments (eau, ciel, soleil, lune), l’idée d’une souillure originelle…

Bref, c’est un ouvrage qui m’avait plu, à l’époque. Et à vous ?

Image d’en-tête : « Crag Mali Afrique » (Pixabay).

6 commentaires sur « Le « Dieu d’eau » des Dogons »

  1. J’ai étudié la culture des Dogons ( ethnologie pour ma thèse) et j’ai adoré ce peuple. Marcel Griaule et Geneviève Calame-Griaule sont de grands anthropologues qui m’ont beaucoup appris ( avec Germaine Tillon entre autres).Merci!

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