Enseigner en maternelle

Étant membre de plusieurs groupes d’entraide entre enseignants, il m’arrive de rencontrer des profs qui paniquent un peu à l’idée de travailler en maternelle. Cet article est fait pour les rassurer. J’y présente un peu l’univers de la maternelle, ainsi que quelques activités assez courantes. J’espère que cela pourra intéresser aussi des parents qui ne savent pas toujours ce que leur enfant fait à l’école maternelle.

Dans cet article, je m’apprête à présenter le déroulé d’une journée-type en maternelle, depuis l’accueil du matin jusqu’au départ des élèves le soir.

1. L’accueil du matin

Selon les écoles, les élèves jouent dans la cour avant d’entrer en classe ou, bien plus souvent, sont directement accueillis dans les classes. Pendant ce temps d’accueil où les élèves arrivent progressivement, les élèves pratiquent des activités libres, qu’ils vont chercher sur les différentes étagères de la classe. Il s’agit d’un réel temps pédagogique: les jeux proposés ont tous une dimension éducative, les enfants prennent le temps de retrouver leur rôle d’élèves. Pour l’enseignant, c’est un moment privilégié pour observer les élèves interagir librement.

Quelques « trucs » pour que ça se passe bien
→ Les enfants doivent progressivement prendre l’habitude de ranger un jeu avant de prendre le suivant.
→ En cas de cours multiple, il est possible de marquer par une gommette de couleur les jeux réservés à un niveau.
→ Placer un petit rideau de tissu léger devant une étagère permet de masquer les jeux qui ne sont pas à utiliser dès le début d’année (ils devront être expliqués en classe auparavant).
→ Mettre en évidence certains jeux sur les tables pour inciter les élèves à y jouer.
→ Pour les jeux qui prennent de la place, les élèves y jouent sur un tapis de gymnastique qui matérialise l’espace occupé.

► Quels jeux libres ?

Voici quelques exemples puisés dans les classes des enseignantes que je complétais il y a quelques années :

Quelques jeux présents dans les classes où j’enseignais (photo personnelle)

On peut aussi proposer, pour améliorer la motricité fine :

  • Transvaser l’eau contenue dans une petite cruche en aluminium dans de petites tasses de dînette
  • Saisir des marrons avec une pince pour les déposer dans des emplacements (boîte vide de rochers en chocolat)
  • Trier des objets de petite taille

En ce qui concerne la compétence « Mobiliser le langage dans toutes ses dimensions », je me souviens de plusieurs jeux libres, outre la mise à disposition d’albums dans le coin bibliothèque :

  • Associer majuscule et minuscule (la lettre est écrite sur un bouchon de bouteille qu’il faut poser sur le bon emplacement)
  • Reproduire la forme des lettres avec des tiges poilues qui s’accrochent sur des panneaux type Velcro.

► Le panneau des présents

Le panneau des présents (photo personnelle)

Dès leur entrée en classe et avant même d’avoir le droit de commencer à jouer, les élèves doivent apposer leur prénom sur le « panneau des présents ».

Les élèves apprennent ainsi à reconnaître progressivement leur prénom, d’abord écrit en capitales, puis en script (bâtons), puis en cursive. Les couleurs permettent d’identifier le niveau des élèves : petite section (jaune), moyenne section (bleu), grande section (vert).

En petite section, l’étiquette comporte leur photo d’un côté, et leur prénom en capitales de l’autre. Au début, c’est la face « photo » qui est visible. Puis c’est la face « prénom », mais les élèves peuvent encore retourner l’étiquette pour vérifier. En fin d’année, il n’y a plus que le prénom.

Dans l’une des deux classes où j’enseignais, les élèves devaient, en outre, apposer un smiley à côté de leur prénom. Celui-ci représentait l’émotion qu’ils avaient en arrivant le matin.

2. Le premier regroupement

L’accueil du matin se termine par un temps de regroupement. Les élèves sont alors assis les uns à côté des autres, autour du maître. Cela permet de revenir au calme tout en effectuant les rituels du matin (date, météo, nombre de présents), avant de présenter la suite des activités. Ce temps peut être très court si les élèves ne sont pas encore capables de rester longtemps en situation d’écoute.

Quelques « trucs » pour que ça se passe bien
Pour faire comprendre aux élèves que le temps de jeux libres est terminé, mettre une petite musique. Les élèves disposent de la durée de la musique pour ranger les jeux sur les bonnes étagères. À la fin de la musique, ils doivent être tous assis au coin regroupement.
→ Insister dès le début d’année sur le respect du tour de parole.
→ Utiliser des étiquettes pour la date. Les élèves prennent le modèle de la date sur un éphéméride. L’étiquette du jour est collée dans un grand calendrier mural.
→ Réduire le nombre d’élèves en regroupement en envoyant la moitié aux toilettes avec l’ATSEM (uniquement si les toilettes sont très proches de la classe).

► Quelles activités de langage pendant le premier regroupement ?

  • L’émotion du jour
    L’élève montre le smiley qu’il a apposé au tableau à côté de son prénom. Il verbalise l’émotion en en indiquant la cause. « Je suis fatigué parce que je me suis couché tard. » « Je suis content parce que ce soir j’irai chez ma Mamie. » Cela est possible dès la petite section (avec des objectifs plus réduits au début).
  • Le récit des réalisations du matin
    Après le temps de jeux libres, au moment de la musique qui signale la fin de ce moment, les élèves qui le désirent se rangent en file indienne au tableau. À tour de rôle, ils montrent à leurs camarades leurs réalisations du matin : un bonhomme en pâte à modeler, un avion en briques de plastique, etc.

3. L’activité sportive du matin

Un parcours de motricité
(Image libre de droits du site Pixabay)

J’aime bien commencer par le sport. Les élèves se rendent alors dans la salle de motricité ou dans la cour selon la saison. Je voudrais rassurer ici les collègues habitués à l’élémentaire qui appréhenderaient un peu les activités physiques en maternelle : ce n’est pas si différent.

Il y a malgré tout une activité très pratiquée en maternelle, et qui l’est beaucoup moins en élémentaire : ce sont les parcours de motricité. Je vous recommande de fouiller dans le local de l’école pour voir s’il y a des structures en mousse, des éléments sur lesquels grimper, marcher, sauter… Il y a plein de choses possibles et les élèves adorent ça.

Une autre possibilité est de profiter de ce temps pour faire jouer les histoires lues ensemble. Les élèves utilisent le vaste espace de la salle de sport pour représenter, par groupes puis collectivement, différentes scènes d’une histoire lue. C’est d’ailleurs une activité que j’aime bien conduire aussi en élémentaire.

N’oublions pas la danse et tout ce qui relève plus largement de l’expression corporelle.

Quelques « trucs » pour que ça se passe bien
Prendre le temps d’expliquer les ateliers avant de mettre les élèves en action
→ Placer les adultes aux endroits les plus sensibles (ateliers nécessitant d’assurer la sécurité)

4. Le deuxième regroupement

En général, je poursuis avec un temps de regroupement qui permet de :

  • revenir au calme après les activités sportives ;
  • écouter l’histoire lue par le maître (un épisode de l’album étudié) ;
  • présenter les activités qui vont suivre (ne pas oublier d’énoncer l’objectif, en des termes compréhensibles par les enfants).

5. Les ateliers du matin

Je propose plusieurs ateliers avec deux phases : les élèves sont sur un atelier avant la récréation, sur un autre après la récréation. Ayant toujours eu un cours double (MS/GS ou PS/GS) partagé avec une collègue, je ne pouvais pas reproduire les mêmes ateliers sur toute la semaine. En général (mais pas toujours), mes ateliers du matin avaient un lien avec l’album étudié (ce qui ne veut pas dire que c’était forcément du français !).

Quelques « trucs » pour que ça se passe bien
→ Prévoir quatre groupes : a) un atelier dirigé par l’enseignant, b) un atelier dirigé par l’ATSEM, c) un atelier autonome, d) tandis que le quatrième groupe est en jeux libres avec les plateaux individuels, sur des tapis (cela permet de limiter le nombre de tables, donc de dégager de l’espace, et de réduire le temps où les élèves restent assis).
Penser à se placer d’un point de vue qui permet d’observer toute la classe et non uniquement le groupe dirigé.
Penser à ne pas monopoliser la parole et à observer les élèves, même s’ils ne trouvent pas tout de suite la solution. Essayer de leur faire énoncer leur cheminement de pensée.
Prévoir un petit temps avant la fin de la matinée afin que les élèves verbalisent ce qu’ils ont fait, ce qu’ils ont compris. Ce petit temps doit permettre aussi de ranger les ateliers et d’insérer un petit temps de calme avant la cantine (une comptine, une chanson, des gestes…).

6. Le « carré »

Dans l’une des écoles où je travaillais, ma voisine de classe voyait son effectif considérablement réduit du fait du départ à la sieste des élèves de petite section. Ses élèves de MS se joignaient alors à notre classe dans le hall de l’école. Nous partagions nos activités, nos chansons, nos découvertes.

7. Les ateliers de l’après-midi

Du matériel de maternelle (Pixabay)

Mes ateliers de l’après-midi me permettaient de travailler d’autres objectifs que ceux que j’avais pu associer à l’étude d’un album de littérature jeunesse. Mathématiques, phonologie, découverte du monde…

Quelques ressources utiles
J’ai personnellement pas mal travaillé avec les livres des éditions Accès Vers les maths, Vers la phono
• Concernant les sciences, je me rappelle avoir suivi une séquence Éduscol « Coule ou flotte », où les élèves avaient fait de petites expériences avant de construire eux-mêmes un petit bateau.
• Je me souviens aussi des séances consacrées à la construction d’un « livre de nombres ».

8. Après la récréation

J’aimais bien terminer avec de la musique : chants, comptines, écoutes musicales, pratique instrumentale… J’avais la chance de disposer d’un vidéo-projecteur, ce qui me permettait de proposer un support visuel pour les chansons.

Vient ensuite le moment de la sortie de classe. En élémentaire, ce moment peut aller de soi, mais ce n’est pas le cas en maternelle.

Quelques « trucs » pour que ça se passe bien
Prévoir un petit temps de retour au calme avant la fin de la séance, surtout en cas d’activité remuante ou bruyante.
Préparer la sortie de classe suffisamment à l’avance, en particulier l’hiver où le temps de mise des manteaux peut être long.
Impliquer les élèves dans cette sortie de classe : ils mettent eux-mêmes leur cahier de liaison dans le cartable.
Récompenser les élèves qui savent fermer seuls leur manteau : une collègue apposait une petite médaille en papier à côté de leur nom sur le porte-manteau. Une stratégie que j’ai reprise avec succès dans mon autre classe.
Asseoir les élèves sur un banc à proximité du portail ou de la porte de sortie, pendant le temps où ils attendent leurs parents.

*

Ces quelques indications sont sans doute bien peu de choses, mais j’espère qu’elles vous auront donné quelques pistes concernant l’enseignement en maternelle. Cet article ne prétend pas proposer un modèle, et ne cherche rien d’autre que de rassurer un peu les enseignants qui découvriraient l’univers de la maternelle pour la première fois. Si vous avez des questions ou des remarques, n’hésitez pas à utiliser l’espace des commentaires.

5 commentaires sur « Enseigner en maternelle »

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