Orthographe et conjugaison au CE1 : ma progression

Cela fait deux ans que j’ai un groupe de CE1 dans ma classe. Ces deux années ont été l’occasion d’une réflexion — toujours en cours — sur l’enseignement du français dans cette classe d’âge. Voici comment je m’y suis pris cette année en étude de la langue.

Le matériel de classe en français

Un manuel : Interlignes

Cette année, comme l’année précédente, j’utilise le manuel Interlignes, de même que les autres collègues de l’école. Ce manuel, des éditions Sed, est, je trouve, assez pratique à utiliser, en ce qu’il est accompagné d’un « classeur de différenciation » qui est une banque importante d’exercices à réaliser en autonomie. La division des exercices en deux « parcours » est également intéressante.

Cependant, j’ai fréquemment transformé les activités du manuel afin d’offrir davantage de manipulation. Comme je l’ai déjà indiqué dans un article précédent, j’aime enseigner l’étude de la langue avec des étiquettes, qui favorisent la manipulation. Je donne donc fréquemment des étiquettes à découper, à assembler, à trier. Cette démarche s’inscrit également dans une réflexion qui cherche à tenir compte des « intelligences multiples », sans pour autant tout fonder sur celles-ci.

De même, lorsque les élèves travaillent en autonomie, j’ai remarqué que le résultat était beaucoup plus productif lorsque je transformais les exercices du manuel sous forme de fiches. Cela permet de réduire le temps de copie, de focaliser les élèves sur le travail orthographique ou grammatical, d’aider les élèves en difficulté en proposant un exemple ou en différenciant les supports.

Un classeur de français

Cette année, comme l’an dernier, j’utilise un classeur de grand format, rouge, pour ranger les travaux des élèves (exercices et évaluations, sans distinction). Celui-ci est divisé en plusieurs intercalaires :

  1. Littérature, lecture, productions d’écrit et copie : feuilles blanches comportant, en haut à droite, le symbole « L »
  2. Grammaire : feuilles roses comportant, en haut à droite, le symbole « G »
  3. Conjugaison : feuilles jaunes repérées par le symbole « C »
  4. Orthographe et grapho-phonologie : feuilles vertes portant le symbole « O »
  5. Vocabulaire : feuilles bleues portant le symbole « V »

Les élèves ne rencontrent pas de très grandes difficultés à utiliser ce classeur. Certes, en début d’année, il faut prendre le temps de bien expliquer, mais le code de couleurs et la lettre utilisée aident beaucoup les élèves, qui se trompent peu. J’attends des élèves qu’ils rangent les travaux sous les bons intercalaires, en revanche je n’exige pas nécessairement que ceux-ci soient classés dans l’ordre chronologique.

Ce classeur n’est destiné qu’à archiver le travail effectué. Il reste dans la classe, sur une étagère afin d’éviter d’encombrer les casiers. Il retourne dans les familles un week-end sur deux, en alternance avec le classeur de mathématiques.

Les enfants possèdent en outre un cahier de leçons, petit format, destiné à contenir ce qu’il faut retenir. Ce cahier doit être remis dans les cartables dès qu’on ne l’utilise plus, afin d’être certain d’avoir ce qu’il faut pour réviser à la maison. Les leçons sont tantôt copiées, tantôt collées, sachant que, bien souvent, j’imprime une version dactylographiée même lorsque les enfants sont censés copier la leçon, afin que chaque enfant puisse réviser avec un support suffisamment lisible.

Ma progression en orthographe

Cette année, j’ai revu ma façon de travailler en orthographe lexicale, en anticipant davantage les difficultés. J’ai décidé d’intégrer la grapho-phonologie à l’orthographe, de sorte à commencer l’étude de chaque règle orthographique par une révision de l’étude des sons concernés. En somme, cette façon de faire revient à revoir systématiquement tous les acquis du CP avant de passer à des règles orthographiques plus poussées.

Période 1 — Septembre-Octobre

Compétences travaillées (intitulés des programmes 2018) :
Maîtriser les correspondances grapho-phonologiques.
• Connaître la valeur sonore de certaines lettres (s, c, g) selon le contexte.
• Mémoriser l’orthographe du lexique le plus couramment employé.

Séquence 1 — « s » ou « ss »
1 Je discrimine le son [s] dans des mots entendus et dessinés.
2 • Je repère le son [s] dans des mots écrits et je découvre ses graphies.
3 • Séance de découverte de la règle « S ou SS » par la manipulation et le jeu.
4 et 5 • Exercices différenciés visant à une autonomisation de la règle.
6 • Dictée : évaluation formative.
7 • Exercices de révision et de remédiation.
8 • Évaluation sommative

Séquence 2 — « g » ou « gu »
1 Je discrimine le son [g] dans des mots entendus et dessinés.
2 • Je repère le son [g] dans des mots écrits et je découvre ses graphies.
3 • Séance de découverte de la règle « G ou GU » par la manipulation et le jeu.
4 et 5 • Exercices différenciés visant à une autonomisation de la règle.
6 • Dictée : évaluation formative.
7 • Exercices de révision et de remédiation.
8 • Évaluation sommative

Période 2 — Novembre-Décembre

Compétences travaillées (intitulés des programmes 2018) :
Maîtriser les correspondances grapho-phonologiques.
• Connaître la valeur sonore de certaines lettres (s, c, g) selon le contexte.
• Mémoriser l’orthographe du lexique le plus couramment employé.

Séquence 3 : Les voyelles nasales et la règle « m devant m, p, b »
1 Je discrimine le son [ã] dans des mots entendus et dessinés.
2 • Je repère le son [ã] dans des mots écrits et je découvre ses graphies.
3 • J’écris le son [ã] en situation de dictée.
4 • Je discrimine le son [ɛ̃] dans des mots entendus et dessinés.
5 • Je repère le son [ɛ̃] dans des mots écrits et je découvre ses graphies.
6 • Je discrimine le son [ɔ̃] dans des mots entendus et dessinés.
7 • Je repère le son [ɔ̃] dans des mots écrits et je découvre ses graphies.
8 • Systématisation de la règle « m devant m, p, b » dans l’ensemble des voyelles nasales.
9 • Dictée et évaluation

On le voit, chaque voyelle nasale a été étudiée séparément avant de systématiser la règle du « m devant m, p, b ». Au moment où celle-ci a été apportée, les élèves la connaissaient déjà intuitivement. Cela a également permis d’aider un certain nombre d’élèves qui avaient encore du mal à identifier et à lire certains sons.

Séquence 4 : Le son [ʒ] écrit « g » ou « ge »
1 Je discrimine le son [ʒ] dans des mots entendus et dessinés.
2 • Je repère le son [ʒ] dans des mots écrits et je découvre ses graphies.
3 et 4 • Systématisation de la règle « g ou ge » par des exercices.
5 • Évaluation

Cette dernière séquence a volontairement été placée assez loin dans le temps de la séquence sur le son [g], afin d’éviter tout risque de confusion.

On remarquera également que l’orthographe grammaticale n’a pas encore fait son apparition : oui, j’insiste volontairement sur l’orthographe lexicale en début d’année, jugeant que l’orthographe grammaticale ne prend réellement sens qu’une fois les principales notions de grammaire acquises.

Période 3 — Janvier-Février

Séquence 5 : Les sons [j], [aj], [ej], [œj], [uj]
Pour cette séquence, j’ai conservé la même logique que pour les quatre précédentes. Les sons ont été étudiés successivement en commençant à chaque fois par une discrimination auditive puis visuelle, et par des exercices systématiques (dictée, fiches, manipulation). Comme pour les autres séquences, les élèves avaient un répertoire de mots de référence à apprendre dans leur cahier de leçons.

Séquence 6 : Les accords dans le groupe nominal (règle de base)
Cette première séquence d’orthographe grammaticale a été largement préparée par les séquences de grammaire (voir plus bas). Les élèves savent identifier les principales classes de mots (nom, déterminant, adjectif notamment).
• Compétences travaillées : Raisonner pour réaliser les accords dans le groupe nominal. Comprendre la notion de chaîne d’accords (déterminant, nom, adjectif). Connaître les notions de masculin et de féminin. Utiliser des marques d’accord pour les noms et adjectifs épithètes : nombre (-s) et genre (-e).

Dans cette sixième séquence, on prend le temps de découvrir et de systématiser les marques -s et -e, respectivement pour le pluriel et pour le féminin. Aucune exception n’est encore abordée, conformément au principe selon lequel ce n’est qu’une fois que la règle est bien installée que les exceptions sont étudiées. Celles-ci apparaîtront à la période suivante.

Période 4 — Mars-Avril

Séquence 7 : Les pluriels particuliers
• Poursuite de l’étude de l’accord dans le groupe nominal.
• Etude des pluriels particuliers : -al→-aux
• Etude des pluriels particuliers : les mots se terminant par -s, -x, -z au singulier

Séquence 8 : Les accords sujet-verbe
Vous trouverez peut-être que cette séquence intervient tard dans l’année, mais en réalité elle a déjà été très largement préparée par les séquences de grammaire (identification du verbe et du sujet) et de conjugaison (connaissance de la morphologie verbale). Il s’agit ici plus spécifiquement d’insister sur la notion de chaîne d’accord, en revoyant tout ce qui a été vu en grammaire et conjugaison.

Période 5 — Avril-Mai-Juin-Juillet

Séquence 9 : Les féminins particuliers : l’exemple des noms de métiers
1 • Découverte de l’ensemble des féminins particuliers par la manipulation : classement d’un grand nombre de couples masculin-féminin par familles morphologiques
2 • Les féminins en -trice : découverte, entraînement, dictée…
3 • Les féminins en -esse
4 • Les féminins en -euse
5 • Les féminins en -(i)ère
6 • Les féminins en -ienne
7 • Les féminins identiques au masculin (secrétaire, +les mots en -iste)
8 • Les (rares) noms de métiers réguliers : soldate, avocate…

Cette séquence est simultanément l’occasion d’un important travail d’enrichissement lexical sur les métiers. J’ai en effet souhaité que les mots appris aient un point commun sémantique : ce sont tous des noms de métiers ou d’activité. Je n’ai pas inclus les noms d’animaux (d’ailleurs, trop d’entre eux ne fonctionnent pas selon une règle orthographique, mais changent complètement de racine).

Séquence 10 : Résoudre des problèmes orthographiques, d’accord essentiellement
Rebrassage de toutes les notions de l’année à travers des exercices, des dictées et des activités ludiques de fin d’année.

Ma progression en conjugaison

En conjugaison, j’ai une progression modulable selon les réussites des élèves. Il importe de se souvenir que les programmes sont rédigés par cycles, et non par année, ce qui permet de moduler les apprentissages en fonction des besoins des élèves.

Période 1 — Septembre-Octobre
Pendant la première période, je ne prévois pas encore d’enseignement systématique de la morphologie verbale. Les séquences de grammaire permettent d’identifier le verbe et de commencer à observer des changements selon le temps et la personne.

Période 2 — Novembre-Décembre
• Situer des événements dans une chronologie, d’abord en s’aidant de marqueurs adverbiaux, puis dans des phrases où le seul indice réside dans la terminaison verbale.
• Connaître les régularités des marques de temps et de personne : le présent simple : verbes réguliers du premier groupe.
• Accorder le verbe et le sujet.
En + : le présent des verbes réguliers du deuxième groupe.

Période 3 — Janvier-Février
Connaître les régularités : le présent simple des verbes du premier groupe.
• Le présent simple des verbes être et avoir.
• Accorder le verbe et le sujet.
En + : Le présent simple de plusieurs verbes irréguliers.

Période 4 — Mars-Avril
Connaître les régularités : l’imparfait des verbes du premier groupe.
• L’imparfait des verbes être et avoir.
• Accorder le verbe et le sujet.
En + : L’imparfait des verbes du deuxième groupe.

Période 5 — Avril-Mai-Juin-Juillet
L’imparfait (suite).
• Le futur des verbes réguliers du premier groupe (hors particularités orthographiques et altérations de radical).
• Le passé composé des verbes réguliers du premier groupe.
En + : Verbes du deuxième groupe, verbes irréguliers…

La ligne « En + » permet d’aller plus loin certaines années, en cas de groupes particulièrement performants qui demandent à être suffisamment nourris. Cependant, il faut se rappeler que le cycle 2 ne se termine pas au CE1, et qu’il importe davantage d’asseoir les bases de la conjugaison chez tous les élèves, plutôt que de courir à marche forcée avec des progressions intenables.

J’ai ainsi attendu le mois de mars pour aborder un autre tiroir verbal que le présent. Cela peut sembler très long, mais cela m’a permis de bien faire comprendre comment les verbes changent en fonction de la personne, comment passer de l’infinitif à la forme conjuguée et inversement. J’ai observé des résultats très satisfaisants y compris chez des élèves initialement en grande difficulté.

À suivre…
Je consacrerai bientôt un autre article à la grammaire. Et, bien sûr, aux autres niveaux de classe. Si cela vous intéresse, je vous invite à suivre l’actualité de ce blog…

D’autres articles sur le même thème :
Une esquisse de progression en CE1-CE2-CM2
Enseigner la grammaire avec des étiquettes
Enseigner les homophones
Comment enseigner le français en double niveau ?
Profs des écoles : par où commencer ?

Les articles de chaque catégorie (décompte au 15 février 2019)

Image d’en-tête : Pixabay.

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