Balade et ballade

En cette saison déjà chaude dès lors que le soleil se veut bien montrer, vous recevrez probablement des messages de vos amis qui vous proposeront des balades au bord de mer ou en forêt. Un terme à ne pas confondre avec celui, musical et poétique, de ballade, avec deux L. Enquête sur un homophone.

Un kilomètre à pied, ça use les souliers

Le terme de balade, avec un seul L, relève d’un langage assez familier. C’est un mot assez récent, attesté pour la première fois, si l’on en croit le Dictionnaire historique de la langue française, en 1856.

Le mot désigne le fait de se promener. On distinguera une nuance de sens avec le terme de randonnée, qui désigne quant à lui une marche plus sportive, qui demande un certain effort physique, généralement en pleine nature. La balade est une promenade agréable, qui vise davantage à jouir du paysage ou de la compagnie de ses amis, qu’à brûler des calories.

Ce substantif est issu du verbe « se balader », forme pronominale attestée en 1858. Le verbe « balader » était initialement employé pour « chanter des ballades », puis « aller de ville en ville pour exercer le métier de chanteur de ballades », d’où l’évolution de sens vers « marcher sans but, flâner ».

Danse, musique et poésie

Initialement, la ballade est, comme le rappelle le dictionnaire d’Alain Rey, une « chanson à danser ». Avec le temps, le lien avec la musique et avec la danse se perd, et la ballade devient une forme poétique fixe.

Le mot ballade, d’abord écrit avec un seul L puis avec deux, est emprunté à l’ancien provençal ballada, lui-même de ballar « danser ». D’où les chaussons de danse que je vous ai mis pour illustrer cet article.

La ballade, une forme poétique fixe

Pour faire une ballade, il vous faut :

  • Trois strophes isométriques, c’est-à-dire que tous les vers ont le même nombre de syllabes. Vous pouvez aller de 6 à 16 vers par strophe. Il s’agit souvent de strophes « carrées », c’est-à-dire ayant le même nombre de syllabes par vers que de vers par strophe.
  • Un refrain en fin de strophe : le dernier vers (ou les deux derniers) est repris à chaque fin de strophe.
  • Un envoi, généralement constitué par une apostrophe (au Prince, au président du jury d’un concours poétique, à la femme aimée…). Il comporte généralement le même refrain a une longueur d’une demi-strophe.

La ballade est une forme en vogue aux XIVe et XVe siècles. Elle est ensuite moins pratiquée. Au XIXe siècle, il y a un regain d’intérêt, mais avec parfois un sens différent : on emprunte alors à l’anglais ballad le sens de « poème légendaire, historique ou épique ». Il n’y a alors pas de forme particulière. Le mot a aussi été repris en musique (on parle des « ballades de Chopin »).

Souvenez-vous-en, si vous proposez des ballades à vos amis, ils n’auront pas besoin de chaussures de marche !


Pour en savoir plus

Pour rédiger cet article, je me suis servi de :

  • Alain REY (dir.), Dictionnaire historique de la langue française, Le Robert, 1992, rééd. 2006, t. 1, p. 306.
  • Brigitte BUFFARD-MORET, Précis de versification, Dunod, 1997, réédition de 2004 chez Armand Colin, coll. « Lettres sup », pp. 131-133.
  • L’image d’en-tête a été composée à partir de deux images trouvées sur le site Pixabay.

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