La poésie dans tous ses états d’art, à La Gaude

C’était ce vendredi 22 mars, à 19 h, au Centre culturel écomusée de La Gaude. Une fois de plus, comme chaque année, on avait rendez-vous avec la poésie. Le temps d’une soirée, on se laisse surprendre par la magie du spectacle vivant. Arts plastiques, musique, chant, mime, improvisation théâtrale sont venus rendre hommage à la poésie. Cette année, les poètes invités étaient Charles Pennequin, poète-performeur français, ainsi que César Anguiano Silva et Jorge Vargas, poètes mexicains traduits par Patrick Quillier.

Et la magie opère…

Cela fait maintenant plusieurs années que j’assiste à la soirée poétique de La Gaude. On pourrait croire que, avec le temps, je sais à quoi m’en tenir. Mais, en réalité, la magie opère à chaque fois. Et ceci grâce, notamment, à Sabine Venaruzzo, qui orchestre le festival Poët Poët depuis de nombreuses années maintenant.

Dès que sonnent dix-neuf heures, on sait que l’on s’embarque pour un petit voyage poétique, et qu’il faut accepter de se prendre au jeu, en suivant joyeusement la troupe de comédiens qui nous servent de guides dans le monde de la poésie.

Car, en effet, le public se déplace. Tous les espaces ou presque du Centre Culturel de la Gaude, y compris les jardins et les toits, ont été utilisés. Ce n’est pas seulement un détail : le public n’est pas seulement un spectateur plongé dans le noir auquel on demande d’écouter sagement, il est invité à s’engager dans ce voyage poétique. Dès lors, on se demande ce qui va arriver ; on a l’impression d’aller de surprise en surprise ; on prend plaisir à se laisser intriguer, ce qui, finalement, nous met dans la meilleure disposition possible pour accueillir la poésie.

Des murs recouverts de gravures

Comme chaque année, la soirée poétique s’ouvre avec un vernissage. Depuis le 15 mars et jusqu’au premier avril, les murs du Centre Culturel gaudois sont en effet couverts des gravures de Daniel Fillod. Celui-ci explique comment du polystyrène d’isolation lui a donné envie de créer des gravures. Il a finalement choisi un matériau plus lisse pour produire des sérigraphies imprimées à l’acrylique sur papier indien, un papier issu de chiffons récoltés par des enfants en Inde. Il en résulte des œuvres très colorées, jamais tout à fait identiques malgré le procédé de reproduction employé, où l’humain est le sujet central.

Un drôle de journaliste radio

Mégaphone (pixabay)

Nous sommes ensuite invités à descendre au niveau de la salle de cinéma, où commencerait la soirée poétique proprement dite. Les spectateurs sont guidés par des comédiens grimés en clowns, équipés de panneaux de signalisation et de mégaphone, façon manif.

Sur la scène, un comédien s’avance, qui se présente comme un journaliste, en direct et en duplex avec la chaîne Poët Radio. On n’entend que ce qu’il dit, mais les blancs laissent imaginer la place prise par le présentateur resté au studio. La grande force comique de son intervention est que l’on comprend qu’il n’arrive pas à en placer une, face à un présentateur qui monopolise le temps de parole. « Oui, effectivement, Cédric, je me trouve actuellement à La Gaude… Oui, tout à fait, les choses semblent calmes pour l’instant. » Une belle parodie de discours radiophonique, qui touche juste parce qu’elle ne fait que caricaturer en les exagérant des travers biens réels du journalisme radio.

Le « journaliste » nous suivra ensuite tout au long de notre voyage poétique, ne se privant pas de commenter ce qu’il voit, y compris des choses que font les spectateurs eux-mêmes. On admire ainsi le talent d’improvisateur du comédien.

Il est remplacé sur scène par Sandrine Montin, dans un savoureux rôle autoparodique de prof de fac, qui lui permet de rapidement présenter le poète-parrain de la soirée, Charles Pennequin, performeur, maître ès-néologismes suffixés, et poète. C’est d’ailleurs son visage qui apparaît sur l’écran du cinéma, où il nous livre une première performance où le langage voisine le borborygme et où la dimension corporelle est au moins aussi importante que ce qui est dit.

« Circulez, il n’y a rien à voir ! »

Puis, dans une sorte de fondu enchaîné, nous voici soudain invités à sortir de la pièce par la troupe de comédiens, mi-clowns, mi-manifestants. « Circulez ! Circulez, il n’y a rien à voir », peut-on entendre ici et là. Intrigués, nous obéissons sagement. A l’extérieur, devant l’entrée du cinéma, se trouve un grand van, porte latérale ouverte, laissant voir, à l’intérieur, une femme à moitié allongée, occupée à des vocalises d’opéra. Elle s’anime peu à peu et chante pour nous, à quelques mètres seulement de ses spectateurs intrigués. Avant même qu’elle n’ait fini de chanter, comme en une sorte de fondu enchaîné, nous voici à nouveau appelés à avancer : « Circulez, il n’y a rien à voir ! »

Récitation clownesque à l’extérieur

Nous sommes ensuite conduits dans la cour du Centre Culturel. Là, six comédiens, trois hommes, trois femmes, maquillés façon clown et portant chapeau pointu coloré, récitent alternativement les vers d’un amusant poème, pétri de jeux de mots, de détournements langagiers et d’allusions sexuelles. Les rires du public montrent que cela fonctionne.

Guitare, violon et pédale d’effets

Silhouette de chanteur (pixabay)

De retour dans la pièce centrale, circulaire, de l’éco-musée, nous prenons place autour de deux musiciens. Un guitariste se tient derrière un clavier Roland, une pédale multifonctions sous le pied. À sa droite se tient une violoniste. Les sons de leurs instruments et de leurs voix se mêlent déjà à notre arrivée. Ils utilisent les effets de boucle qu’autorise la pédale, démultipliant virtuellement le nombre d’instruments. Après un temps instrumental, les paroles arrivent, par rafales. Un moment envoûtant.

Un numéro de mime interactif

Nous gravissons ensuite l’escalier circulaire qui entoure le hall, jusqu’à la salle de l’étage. Là, sans un mot, une comédienne nous place les uns après les autres. Chacun se laisse faire, intrigué. Puis, toujours sans rien dire, elle se place devant quelqu’un, et entame une série de gestes saccadés, une danse silencieuse. Instinctivement, la personne concernée reproduit le geste du mieux qu’elle peut. Cette conversation corporelle est aussi une forme de poésie. Le fait d’être intrigué oblige à véritablement regarder. On ne se dit rien, mais on partage, ensemble, un moment insolite, qui nous réveille de nos mécanismes routiniers.

Poésie mexicaine : mitraillettes, oiseaux

Nous sommes ensuite conduits sur les toits de la Coupole. Là, sous les étoiles, Patrick Quillier, poète, professeur et traducteur, est entouré par les poètes César Anguiano Silva et Jorge Vargas. Les deux Mexicains sont venus réciter des extraits de leur recueil commun, Chansonnier des temps obscurs. Leurs voix se mêlent à celle du traducteur dans une belle polyphonie. Les mots « mitraillettes » et « oiseaux » scandent ce poème qui témoigne d’événements violents au Mexique.

Poésie et engins de chantier

On descend ensuite dans la pénombre les escaliers extérieurs pour revenir dans la cour. On entend le grondement du moteur d’une pelleteuse de chantier. Ses feux clignotent dans la nuit. Debout dans la benne, Charles Pennequin, un mégaphone à la main, commence sa performance, tandis que l’engin avance très lentement. Ce poète-performeur, né en 1965 à Cambrai et auteur de nombreux recueils, est cette année le parrain des Journées Poët Poët.

Après cette arrivée spectaculaire, la performance se poursuit dans la salle de cinéma. Le poète enchaîne les textes, récités tantôt au micro, avec parfois des effets sonores, tantôt au mégaphone. L’un d’entre eux, évoquant une invasion martienne, était particulièrement savoureux.

Avant les derniers mots, une musique envoûtante se fait entendre. Une pulsation régulière apparaît. Les spectateurs sont invités à monter sur scène, pour conclure la soirée poétique, de façon tout à fait inattendue, par un moment de danse. Le cinéma de la Gaude se transforme alors, pour quelques instants, en dancefloor. Il s’agit surtout de réunir artistes et spectateurs, effaçant cette frontière artificielle avant de rassembler tout le monde pour un buffet sous les étoiles au sommet de la Coupole.

Une soirée très réussie

Comme chaque année, la compagnie « Une petite voix m’a dit » a remporté son pari, celui de mettre les arts vivants au service de la poésie. Voici donc que le poème sort du livre où le grand public n’ose pas toujours aller le chercher, et qu’il se fait, non pas tout à fait spectacle, mais expérience partagée. Le temps d’une soirée, on se laisse intriguer, on se laisse conduire par la joyeuse troupe, et l’on accueille les mots sonores de la poésie.

Et ça continue ! Voici la suite du programme :

  • Le cloître du monastère de Saorge (photo personnelle)

    Samedi 23 mars, à 15 h, lecture-performance de Charles Pennequin à l’auditorium de la bibliothèque Nucéra, à Nice.

  • Puis, à 20 h, rendez-vous à la Cinémathèque de Nice où, à l’occasion du centenaire des studios de la Victorine, Sandrine Montin présentera le duo de Jacques Bonnaffé, comédien, et François Corneloup, musicien, avant la diffusion du film Les Visiteurs du Soir, de Michel Carné (scénario de J. Prévert et P. Laroche) (3 €).
  • Enfin, pour clôturer le festival, c’est au Monastère de Saorge, dans l’arrière-pays niçois, que se tiendra un atelier d’écriture dirigé par Sandrine Montin, avant que ne se produisent Charles Pennequin et Jacques Bonnaffé (6 €).

Images réalisées à partir d’images libres de Pixabay.

 

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