Grammaire : l’attribut de l’objet

Je viens de lire, dans un groupe en ligne d’entraide entre enseignants, une question intéressante : une collègue demande la fonction de « irritée » dans la phrase « Elle a la gorge irritée ». C’est l’occasion toute trouvée de parler d’attribut de l’objet.

Pourquoi ce n’est pas un adjectif épithète

L’adjectif épithète est un constituant du groupe nominal, satellite du nom. Il apporte une information sur ce nom qu’il qualifie et caractérise. La phrase ne perd généralement pas sa grammaticalité lorsqu’on supprime l’adjectif épithète.

Exemple : « Elle protégeait sa gorge irritée avec un foulard. » → Ici, il s’agit clairement d’un emploi épithète de l’adjectif qualificatif. On peut très bien dire « Elle protégeait sa gorge avec un foulard. »

Pourquoi ce n’est pas un attribut du sujet

L’attribut du sujet est la fonction de l’adjectif qualificatif lorsqu’il employé avec un verbe d’état (être, paraître, sembler, devenir, rester, demeurer…). L’adjectif attribut du sujet est un constituant essentiel du groupe verbal.

Exemple : « Sa gorge était irritée. » → Ici, l’adjectif « irritée » est bien attribut du sujet. On remarque la présence du verbe être qui est un verbe d’état (vous trouverez parfois le terme de « copule »). La phrase présente un groupe sujet « sa gorge » et un groupe verbal (ou prédicat) « était irritée », ce dernier étant composé du verbe être suivi de l’adjectif attribut.

Dans « Elle avait la gorge irritée », l’absence de verbe d’état montre bien que « irritée » ne peut être un attribut du sujet. L’adjectif se rapporte bien à « la gorge » et non à « Elle ».

L’attribut de l’objet

La fonction attribut de l’objet est moins connue. C’est pourtant l’une des quatre fonctions possibles de l’adjectif qualificatif. L’adjectif est alors attribut du complément d’objet.

On remarque que, si l’on transforme le COD sous la forme d’un pronom, l’adjectif ne se retrouve pas absorbé dans ce pronom, ce qui prouve bien qu’il ne fait pas partie du groupe nominal.

Il est légitime d’hésiter entre l’épithète ou l’attribut du COD. En effet, l’adjectif se trouve généralement juste à côté du nom dans les deux cas, et les deux pronominalisations sont possibles, mais de sens différent. Il faut alors juger du sens de la phrase.

Par exemple : « Il a trouvé ce pantalon ridicule. »
Interprétation 1 : Il avait besoin d’un pantalon ridicule pour le Carnaval, il l’a cherché pendant des heures, et enfin, il l’a trouvé. → Cette interprétation nous fait privilégier l’analyse qui fait de « ridicule » un adjectif épithète.
Interprétation : Il a vu son ami étrangement affublé, et il s’est esclaffé de rire, car il a trouvé son pantalon ridicule. → On peut paraphraser en « il a trouvé que son pantalon était ridicule ». On peut pronominaliser en « Il l’a trouvé ridicule ». L’adjectif qualificatif a ici une fonction d’attribut de l’objet.

Pour revenir à l’exemple qui nous intéresse :

« Elle avait la gorge irritée. »

  • Impossible de supprimer cet adjectif : « Elle avait la gorge » n’a aucun sens.
  • Possibilité de pronominaliser en « Elle l’avait irritée » (plutôt que « Elle l’avait »)
  • Parenté avec la phrase ‘Elle trouvait sa gorge irritée » où l’analyse fait encore moins de doute

« Irritée » est donc bien ici un adjectif qualificatif attribut du COD.

D’autres exemples

Je me permets d’emprunter à la GMF d’autres exemples d’attributs du COD afin de vous familiariser avec cette fonction qui est sans doute moins connue que l’attribut du sujet. Les auteurs distinguent quatre types de constructions dans lesquelles on rencontre des attributs du COD. On notera que cette fonction n’est pas nécessairement occupée par des adjectifs qualificatifs.

Question annexe

La discussion en ligne a également évoqué la nature du mot « irritée » dans « Elle a la gorge irritée » : adjectif ou participe ? La frontière entre les deux est souvent ténue, dans la mesure où l’on dit souvent que le participe passé est la forme adjective du verbe. De très nombreux participes passés peuvent être utilisés comme adjectifs.

Dans la phrase qui nous préoccupe, le mot « irritée » intervient plutôt en tant qu’adjectif. On dira qu’il s’agit d’un adjectif qualificatif issu d’un participe passé, ou d’un participe passé employé comme adjectif.

On notera l’accord avec le nom « gorge », la fonction attributive, deux caractéristiques qui incitent à considérer ce mot comme un adjectif.

Cependant, le participe passé employé comme adjectif peut parfois conserver des caractéristiques inhérentes au verbe. Si je dis : « Elle avait la gorge irritée par le froid », on se rend compte que le participe passé admet un complément d’agent. Une telle phrase peut se lire comme la contraction de deux idées : 1/ Elle avait une gorge ; 2/ Sa gorge était irritée par le froid.

Dans « Elle avait la gorge irritée par le froid », on a :

  • Elle : pronom personnel occupant la fonction de sujet
  • avait la gorge irritée par le froid : prédicat
  • avait : verbe
  • la gorge : groupe nominal en fonction de COD
  • irritée par le froid : groupe adjectival en fonction d’attribut du COD
  • par le froid : groupe nominal prépositionnel, en fonction de complément d’agent / complément de l’adjectif.

J’espère avoir été suffisamment clair. Pour toute précision ou question, merci de bien vouloir utiliser les commentaires ci-dessous.

9 commentaires sur « Grammaire : l’attribut de l’objet »

  1. Bonjour,

    un peu comme : « Le jury juge la preuve accablante. » « Le jury juge accablante la preuve. » (accablante est attribut du COD)
    « La partie adverse a avancé une preuve accablante. » (« accablante » est épithète du COD « une preuve »).

    Ai-je bien tout compris?

    Merci pour cet article très éclairant en tout cas !

    Aimé par 1 personne

  2. Bonsoir, merci tout d’abord pour cet article très intéressant. J’ai pour ma part un doute pour le cas ci-dessous.

    Dans la phrase suivante : « Elles avaient des visages presque souriants », quelle est la fonction de « souriants » ?

    J’ai longuement hésité mais je pense que seul « épithète de « des visages » » est acceptable.

    En effet, si l’on fait le test de la pronominalisation, « Elles les avaient presque souriants ».

    Pour moi, cette phrase est l’équivalent de « Elles avaient les/leurs visages presque souriants » et non « Elles avaient des visages presque souriants ». Pour cette dernière phrase, la pronominalisation donnerait : « Elles en avaient des presque souriants » ????

    Ce qui me laisserait penser que « souriants » est donc ici « épithètes » et non « attribut du COD ».

    De plus, on ne peut pas dire : « Elles avaient presque souriants des visages » alors que « Elles avaient presque souriants les visages » (même si ce n’est guère joli, ce serait possible !)

    Ai-je bien compris ? Merci par avance pour votre avis.

    Aimé par 1 personne

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