Les mots grammaticaux

On me demande d’expliquer la différence entre une conjonction de coordination et une conjonction de subordination. J’en profite pour parler, plus largement, de l’ensemble des mots grammaticaux.

Une nébuleuse plus qu’un concept rigoureux

On parle parfois de « mots-outils », de « mots de liaison » ou de « mots grammaticaux ». Ces diverses désignations rassemblent des ensembles de mots assez divers entre eux, qui n’ont d’autre point commun que d’avoir un sémantisme faible, et une forte utilité grammaticale. Pour le dire autrement, les « mots grammaticaux » servent davantage à assurer la cohésion du langage — à faire en sorte que ça « tienne bien » — qu’à apporter des informations.

On remarquera qu’en règle générale, ces mots appartiennent à des séries relativement limitées. Il y a des milliers de noms, d’adjectifs, de verbes. En revanche, les mots grammaticaux sont moins nombreux. Ils appartiennent aussi à des catégories fermées, au sens où il n’y a plus guère de création lexicale. Les nouveaux mots sont, pour l’essentiel, des substantifs et des verbes. On ne crée pas de nouveaux mots de liaison.

Tous ne sont pas invariables, mais ce trait est malgré tout partagé par un nombre non négligeable de mots grammaticaux. C’est que ceux-ci ne nous parlent pas des réalités du monde, dont le nombre et le genre est variable, mais ne servent qu’à structurer le langage.

Quels sont les « mots grammaticaux » ?

On peut procéder par élimination. Les noms communs, les adjectifs et les verbes sont des catégories tout à la fois vastes et ouvertes : ce ne sont donc pas des mots grammaticaux. La question se pose de l’adverbe : certains d’entre eux ont un emploi très proche d’un mot grammatical, mais il est indéniable qu’il s’agit cependant d’une catégorie assez vaste. Nombreux sont les adverbes qui ont un sémantisme fort (en particulier les adverbes en -ment), mais il en est qui se rapprochent de mots grammaticaux (très, ne, etc.).

• Les déterminants

On peut classer les déterminants dans la grande famille des « mots grammaticaux » dans la mesure où leur sémantisme est très réduit et où ils servent essentiellement d’outils. On dit que les déterminants actualisent le nom : ils font que ce nom n’est pas seulement un concept (« table ») mais une réalité de ce monde (une table, la table).

La plupart des déterminants sont variables en nombre et en genre. Aussi les a-t-on parfois rapprochés de la catégorie de l’adjectif. En effet, les déterminants sont, comme l’adjectif qualificatif épithète, des satellites du nom au sein d’un groupe nominal.

Mais il y a une différence importante entre les déterminants et les adjectifs qualificatifs. Ces derniers décrivent le nom et se révèlent dispensables. Ce sont des satellites accessoires du nom. On les appelle des caractérisants purs.

Les déterminants, eux, ont un sémantisme plus réduit. On distingue :

  • les quantifiants purs, qui n’apportent d’autre information que de genre et de nombre (le, la, un, une, les…) ;
  • les quantifiants caractérisants qui apportent une information supplémentaire, par exemple les possessifs (mon, ma, mes, ton, ta, tes…), les démonstratifs (ce, cette…).

La tradition grammaticale parle d’adjectif possessif et d’adjectif démonstratif, ce qui montre la proximité de la catégorie du déterminant quantifiant-caractérisant avec celle de l’adjectif. De nos jours, les grammairiens préfèrent parler de déterminant possessif et de déterminant démonstratif. En faisant cela, ils distinguent plus nettement les catégories de déterminant et d’adjectif. On peut dire qu’il y a un continuum entre le déterminant et l’adjectif, où les déterminants anciennement appelés adjectifs constitueraient une sorte d’entre-deux.

D’ailleurs, il est des langues comme l’italien ou le nissart où les possessifs et démonstratifs sont pleinement adjectifs et non déterminants, dans la mesure où ils s’ajoutent à l’article. On dit par exemple « il mio cane » (mon chien).

Au niveau de la scolarité primaire, s’il importe de savoir identifier un déterminant, c’est surtout parce que c’est lui qui, dans les faits, indique l’accord dans le groupe nominal. En effet, à l’oral, c’est le seul déterminant qui porte la marque de pluriel (l’enfant calme, les enfants calmes). C’est pourquoi l’on peut faire entourer les déterminants aux élèves, puis tracer les flèches d’accord vers le nom et l’adjectif qualificatif.

• Les conjonctions de coordination

Les conjonctions de coordination sont vraiment des mots-outils. Une petite phrase mnémotechnique permet d’en retenir aisément la liste : mais, ou, et, donc, or, ni, car (« Mais où est donc Ornicar ? »).

Ils permettent de relier des mots, des groupes de mots ou des propositions. On distinguera les emplois internes à une proposition (« Pierre, Paul et Jacques sont partis ») et les emplois qui permettent de coordonner des propositions indépendantes (« J’ai perdu les deux premières parties mais j’ai remporté la troisième »).

Les puristes recommandent d’éviter d’employer une conjonction de coordination en début de phrase, probablement parce qu’un tel emploi ne lui fait plus rien coordonner. Il faut cependant admettre que cet emploi est devenu courant, en particulier en ce qu’il s’agit de et, de mais ou de donc.

On notera également que certains font de la conjonction donc un adverbe. Ayant déjà consacré un article à cette question, je me contenterai ici d’y renvoyer. Il est indéniable que certains emplois de donc sont adverbiaux (employé comme le serait la locution « par conséquent »), cependant il est un exemple célèbre où la fonction coordonnante me semble particulièrement claire : Je pense donc je suis.

• Les conjonctions de subordination

Les conjonctions de subordination mériteraient à elles seules un article entier. Contentons-nous ici de les distinguer des conjonctions de coordination en affirmant qu’elles ne placent pas les deux éléments qu’elles rapprochent sur un pied d’égalité. La conjonction de subordination relie une proposition principale et une proposition subordonnée. Cependant, attention, toutes les subordonnées ne sont pas introduites par une conjonction de subordination.

J’aime bien le terme d’enchâssement qui fait de la phrase complexe une sorte de poupée russe, où certaines propositions (les subordonnées) sont incluses dans d’autres (les principales). Bien souvent, on demande aux élèves de souligner de couleurs différentes les principales et les subordonnées, alors qu’en réalité, la subordonnée est un élément de la principale. (Pour plus de détails, je vous renvoie à mon article « Comment classer les subordonnées ? »)

C’est ce que doit retenir la personne qui m’a écrit pour comprendre la différence entre les conjonctions de coordination et de subordination. La différence tient dans la nature du lien que le mot-outil établit entre deux éléments : un lien d’égal à égal dans le cas de la coordination, un lien de supérieur à inférieur dans le cas de la subordination.

• Les prépositions

Là aussi, en ce qui concerne les prépositions, il y aurait de quoi écrire un article entier. Contentons-nous aujourd’hui de les définir de la manière la plus simple possible : comme leur nom l’indique, les prépositions sont « posées devant ». Elles se trouvent en effet en tête de groupes nominaux, que l’on peut alors appeler des groupes nominaux prépositionnels. Elles servent à introduire des syntagmes substantivaux. Exemples : à, de, sur, dans

• Les pronoms

Les pronoms sont une vaste famille : pronoms personnels sujets, objets, pronoms relatifs, pronoms indéfinis… Entrer dans le détail de tout cela nous porterait bien loin. On peut les définir de façon simple en disant que les pronoms sont généralement mis pour remplacer un groupe nominal ou un nom propre.

Cependant, cela n’est pas toujours vrai. Les pronoms déictiques je, tu, nous, vous ne peuvent être exactement paraphrasés par aucun groupe nominal. Si je remplace le pronom « je » par mon nom propre, je ne dis plus la même chose puisque je me mets à parler à la troisième personne.

• Les adverbes

Comme je le disais en introduction, je ne suis pas sûr que tous les adverbes soient des mots grammaticaux. Les adverbes en -ment, en particulier, sont suffisamment nombreux et porteurs de sens lexical pour qu’on ne puisse pas les traiter comme de simples mots-outils. En revanche, certains adverbes ont bien cette fonction purement grammaticale.

L’adverbe modifie généralement le verbe (Je mange beaucoup / peu / vite) mais il peut aussi être un modifieur de l’adjectif qualificatif (Elle est très jolie). Les deux fonctions mériteraient d’ailleurs, je trouve, d’être distinguées par un nom différent.

Les difficultés de classement

Comme si tout cela n’était pas suffisamment compliqué, il est parfois difficile de classer un mot-outil dans l’une ou l’autre des catégories ci-dessus mentionnées. Ainsi de a-t-il des emplois prépositionnels et des emplois qui se rapprochent davantage du déterminant. De même, il y a plusieurs « que » : pronom relatif, pronom interrogatif, conjonction de subordination, et j’en oublie. Comme souvent, c’est une observation minutieuse des occurrences à analyser qui permet de trancher entre ces emplois.

J’espère sincèrement que cet article vous a plu et qu’il vous a apporté les renseignements que vous cherchiez. N’hésitez pas à poser une question en commentaire, mais aussi à nous faire part de vos connaissances si vous souhaitez aller plus loin. Je vous invite également à consulter les autres articles de la catégorie « Langue française » de ce blog.

6 commentaires sur « Les mots grammaticaux »

  1. Merci beaucoup pour cet article sur les mots grammaticaux, pour ma génération (j’ai 63 ans), il y a eu une grosse évolution dans la terminologie de la grammaire, et le fait que vous fassiez le pont entre l’ancienne et la nouvelle est très utile. Bravo en général pour ce que vous publiez sur votre blog que je suis depuis quelques années !

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