Tout ce qu’il faut savoir avant de lire l’Odyssée

L’Iliade et l’Odyssée sont des textes fondateurs de notre littérature. Ces récits, extrêmement anciens, content la guerre de Troie et le difficile retour du héros Ulysse en sa patrie d’Ithaque. Il s’agit là d’une lecture passionnante, mais peut-être d’un abord quelque peu difficile. Voici donc ce qu’il faut savoir avant de lire l’Odyssée.

1. De quand datent les récits homériques ?

Homère (Wikipédia)

Un article paru en juillet 2018 sur le site Internet de la RTBF (la radio et télévision belges) relatait la découverte de fragments très anciens de l’Odyssée. Les quelques vers qui ont été retrouvés dateraient du IIIe siècle après Jésus-Christ, ce qui en ferait probablement les plus anciens fragments retrouvés.

L’écriture des épopées attribuées à Homère serait antérieure. Elles auraient été rédigées au VIIIe siècle avant Jésus-Christ. Il s’agit donc d’un texte vieux de 2800 ans. On comprend donc qu’on ne possède pas le texte original. Nous lisons l’Iliade et l’Odyssée à partir de copies.

2. Quelle traduction de l’Odyssée choisir ?

Ulysse et les sirènes (Marsyas, Wikipédia, CC)

L’Odyssée a été écrite en grec ancien. Il faut donc bien être conscient du fait que, à moins d’être helléniste, c’est une traduction que vous lirez. Il existe de nombreuses traductions différentes de l’Odyssée. Laquelle choisir ?

  • Vous trouverez sans peine sur Internet des traductions anciennes, par conséquent tombées dans le domaine public. Cela peut être un moyen de découvrir gratuitement les épopées homériques. Mais il faut savoir que la traduction est un art qui évolue. Par exemple, on trouvera sur Wikisource plusieurs traductions datant du XIXe siècle.
  • Vous trouverez également dans le commerce différentes traductions. Il en existe de bilingues, ce qui peut être intéressant, même si l’on n’a jamais étudié le grec, pour juger de l’écart entre l’original et la traduction. Je possède, pour ma part, une traduction unilingue, celle de Victor Bérard parue aux éditions Armand Colin en 1931 et rééditée en livre de poche en 1972.
  • Généralement, les traductions sont en prose, ce qui peut faire oublier que le texte original était en vers. Il existe cependant une traduction plus « poétique », celle du grand poète contemporain Philippe Jaccottet, qui est en vers, comme le rappelle le site « Odyssée 2013 ». Si mes souvenirs sont bons, il me semble que Gérald Purnelle, dans une conférence donnée à Nice sur les formes de la poésie contemporaine, avait indiqué que Jaccottet avait fréquemment rendu les hexamètres dactyliques grecs par des vers français de quatorze syllabes, donc des tétradécasyllabes, élargissant ainsi la palette du poète français qui s’arrête en principe à douze.

3. Que veut dire le mot « Odyssée »  ?

Ulysse et les Sirènes (Wikipédia)

Le titre de l’épopée d’Homère se rapporte au nom de son héros, Ulysse, ou Odysseus. L’Odyssée, c’est donc l’histoire d’Ulysse, l’homme aux mille ruses. Dès les premiers vers du poème, Ulysse est en effet dit πολύτροπον, polytropon, de poly- qui signifie le grand nombre et tropon, le tour, la ruse.

4. Le livre suit-il un plan chronologique ?

Non. Il y a des allers et retours dans le temps, qui font que les épisodes de l’histoire d’Ulysse ne sont pas contés dans l’ordre chronologique. Il y a des retours en arrière, dus au fait que certains épisodes du récit sont enchâssés dans des discours rapportés.

Pour restituer la chronologie des épisodes, on peut se reporter à la carte géographique incluse dans le PDF de la Bibliothèque Nationale de France.

L’ordre chronologique est alors le suivant :

  1. Troie, théâtre de la guerre de Troie dont Ulysse était l’un des héros. Il y a joué un rôle décisif en ayant l’idée de la ruse du cheval de bois. Après la guerre, les différents rois grecs vainqueurs repartent chacun dans leur contrée avec leur armée. Mais les bateaux d’Ulysse s’égarent à la suite d’une tempête.
  2. L’épisode des Cicones n’est pas le plus connu. Ulysse et les siens accostent sur une île où ils combattent les Cicones. Le héros grec recommande d’épargner le prêtre de la ville. Ce dernier lui offre alors des outres de vin.
  3. Les Lotophages, ou mangeurs de Lotos, constituent le troisième épisode du périple d’Ulysse. Cette curieuse nourriture a des effets psycotropes qui imposeront à Ulysse de ramener de force ses compagnons sur le bateau.
  4. Ulysse et ses hommes accostent ensuite dans une contrée peuplée de Cyclopes. Pris au piège dans la grotte du cyclope Polyphème, Ulysse, qui a eu l’idée de se présenter sous le nom de « Personne », parvient à se sauver en plantant un pieu enflammé dans l’œil unique du monstre, endormi à force d’avoir été enivré de vin. Les autres cyclopes ne viennent pas au secours de Polyphème, puisque « Personne » ne lui a fait de mal. Les Grecs se dissimulent sous les moutons pour sortir de la grotte sans être tâtés par le cyclope aveugle.
  5. Le cinquième épisode est celui d’Éole, le dieu des vents. Celui-ci fait souffler une brise favorable tout en offrant une outre qu’il ne fallait pas ouvrir. Hélas, un Grec trop curieux commet le geste irréparable, et tous les vents mauvais s’échappent de cette outre, entraînant le navire bien loin de sa destination.
  6. Ulysse rencontre ensuite les Lestrygons,
  7. puis la magicienne Circé,
  8. puis les terribles Sirènes, des créatures mi-femmes mi-oiseaux, dont le chant ensorcèle tous les marins qui l’entendent. Le rusé Ulysse demande à ses compagnons de se boucher les oreilles pendant que lui seul entendra le chant, attaché au mât du navire.
  9. Ulysse et ses hommes passent ensuite de Charybde en Scylla, deux monstres marins qui se situeraient de part et d’autre du détroit de Messine, entre la Sicile et la pointe de l’Italie continentale.
  10. Après un passage sur l’île du Soleil, où la consommation de vaches sacrées déplaît aux dieux,
  11. Ulysse est retenu par Calypso,
  12. puis, libéré, atteint la contrée des Phéaciens,
  13. avant d’enfin retrouver l’Ithaque natale d’Ulysse.

Ce long voyage aura duré dix années, soit autant que la guerre de Troie elle-même. Ulysse a donc été séparé de sa femme Pénélope pendant vingt ans…

L’ordre homérique n’est pas du tout le même. D’après le résumé fourni par la Nouvelle Encyclopédie autodidactique illustrée, l’ordre des épisodes serait le suivant :

  • Ulysse est retenu par la nymphe Calypso, mais les dieux décident que sa détention a assez duré. Athéna révèle à Télémaque, fils d’Ulysse, que son père est vivant. Télémaque obtient un navire pour quitter l’île d’Ithaque et partir à la recherche de son père. (Chants I et II)
  • Télémaque rend d’abord visite à Nestor puis à Ménélas. Nestor raconte ce que sont devenus les chefs grecs et c’est chez Ménélas que Télémaque apprend que son père est retenu par Calypso. Pendant ce temps, Pénélope doit subir les outrages des prétendants, mais elle rêve qu’Ulysse reviendra (Chants III et IV).
  • Calypso laisse partir Ulysse qui, sur son radeau de fortune, atteint tant bien que mal la côte des Phéaciens où il est recueilli par Nausicaa. Ulysse est reçu au palais d’Alcinoos. Lors du festin, l’aède Démodocus chante les exploits des Grecs et en particulier d’Ulysse. (Chants VI à VIII)
  • Interrogé par Alcinoos, Ulysse conte alors son histoire, et c’est seulement là que nous avons les premiers épisodes du voyage : les Cicones, les Lotophages, le Cyclope, Eole, les Lestrygons (géants anthropophages), Circé, les Cimmériens (voyage au pays des morts), les Sirènes, Charybde et Scylla, et l’arrivée chez Calypso (le récit d’Ulysse s’arrête donc là où l’Odyssée commence). (Chants IX à XII)
  • Les chants XIII à XXIV sont consacrés à l’arrivée d’Ulysse à Ithaque et à la façon dont il retrouve son statut de roi, de père et d’époux, en vainquant les prétendants de Pénélope.

5. Vais-je trouver l’épisode du cheval de Troie dans l’Odyssée ?

Aussi surprenant que cela paraisse, oui, mais pas au début. D’après l’article de Wikipédia sur le cheval de Troie, l’épisode apparaît très brièvement aux chants IV et VIII. Cet épisode de la guerre de Troie sera ensuite développé par Virgile dans l’Enéide et par Paléphatos de Samos dans ses Histoires incroyables. C’est étonnant d’apprendre qu’un épisode aussi célèbre ne tenait en réalité dans le texte original qu’en quelques vers.

  • En me reportant au chant IV dans la traduction de Bareste, on peut voir l’épouse de Ménélas commencer au vers 235 une tirade où elle fait l’éloge du valeureux Ulysse, entré dans Troie sous l’apparence d’un mendiant. C’est alors que Ménélas renchérit sur l’héroïsme d’Ulysse, et narre l’épisode du cheval de bois (je cite la traduction Bareste telle que reproduite dans Wikisource) :

« Ce héros courageux osa s’introduire dans le cheval de bois au moyen duquel nous pénétrâmes, nous, les plus braves des Grecs, pour porter aux Troyens le carnage et la mort. Inspirée sans doute par un dieu qui voulait combler de gloire les Troyens, tu vins, ô Hélène, suivie du divin Déiphobe, près de nos creuses embûches, et tu en fis trois fois le tour en les touchant de tes blanches mains, et tu appelas par leurs noms les plus illustres des Grecs en imitant la voix de leurs épouses. Assis au milieu des guerriers, moi, Diomède et le divin Ulysse, nous t’entendîmes appeler. À ces accents, le fils de Tydée et moi nous nous élançâmes tout à coup pour sortir ou du moins pour répondre du fond de notre retraite ; mais Ulysse nous arrêta ; il contint notre ardeur, et tous les autres fils des Achéens gardèrent un profond silence. Anticlus seul voulut t’adresser la parole ; mais Ulysse de ses mains robustes lui ferma fortement la bouche et le retint jusqu’au moment où Minerve-Pallas t’éloigna de ces lieux. C’est ainsi que ce héros sauva l’armée. »

  • Si j’ouvre à présent le chant VIII à l’endroit où Wikipédia nous apprend que l’épisode du cheval de bois est à nouveau relaté, on trouve une conversation entre Ulysse et l’aède Démodocus. Celui-ci exhorte celui-là à conter l’épisode du cheval de bois :

« Maintenant poursuis ton récit et chante-nous l’histoire du cheval de bois que construisit Épéus avec le secours de Minerve, et qu’Ulysse, par ses ruses, conduisit dans la citadelle après avoir rempli les flancs de ce cheval de vaillants combattants qui renversèrent ensuite la ville d’Ilion. Si tu nous racontes fidèlement ces faits, je proclamerai alors devant tous les hommes qu’un dieu bienveillant t’a donné tes chants sublimes et divins. »

« Aussitôt Démodocus, inspiré par une divinité, commence son récit en chantant d’abord comment une partie des Argiens s’embarquèrent sur des navires aux beaux tillacs, après avoir livré les tentes aux flammes, et comment l’autre partie de ces guerriers, sous la conduite du vaillant Ulysse, furent, au milieu de la place publique, cachés dans le cheval que les Troyens eux-mêmes avaient traîné dans la citadelle. Tandis que le cheval de bois était sur la place, les habitants d’Ilion agitaient divers avis : les uns voulaient rompre avec le fer les cavités de cet édifice, les autres proposaient de précipiter l’animal du haut des rochers, et les troisièmes demandaient qu’il devînt une offrande expiatoire destinée à apaiser les dieux. Cette dernière résolution devait s’accomplir : car les immortels avaient décrété qu’Ilion périrait lorsque ses murs recèleraient un immense cheval où se cacheraient les plus illustres Argiens pour porter à leurs ennemis le carnage et la mort. — Démodocus chante ensuite comment les fils des Achéens, étant sortis du cheval, ravagèrent la ville de Troie ; il célèbre le courage de tous les héros qui détruisirent cette cité chérie, mais il glorifie surtout Ulysse qui, semblable au dieu Mars, marchait avec Ménélas vers les palais de Déiphobe, Ulysse, qui se précipitait dans les plus terribles mêlées et qui remporta la victoire, aidé par Minerve, la magnanime déesse. »

(Source : Homère, L’Odyssée, trad. Bareste, Wikisource)

6. Saviez-vous que La Fontaine a écrit sur Ulysse ?

Eh oui, les Fables de La Fontaine ne sont pas seulement des histoires d’animaux qui parlent, il y a aussi des poèmes inspirés de la mythologie antique. J’en parlais en juillet dans un précédent article.

7. Les Aventures de Télémaque sont-elles la suite de l’Odyssée ?

Oui et non. Les Aventures de Télémaque sont un récit écrit par Fénelon au XVIIe siècle pour faire l’instruction du Duc de Bourgogne, petit-fils du roi Louis XIV. Elles prennent certes pour base la trame imaginée par Homère. Mais on se place ici du point de vue de Télémaque, le fils d’Ulysse, parti à la recherche de son père disparu. L’ouvrage est cependant moins un roman d’aventures qu’un roman de formation, où Télémaque est amené à réfléchir à ce qu’est être un bon roi.

► Pour en savoir plus, lisez cet article sur le Télémaque de Fénelon.

8. Comment faire découvrir l’Odyssée à des enfants ?

Les ressources sont nombreuses ; voici celles que j’ai utilisées :

  • Pour des enfants de niveau primaire, je recommande Ulysse et le cheval de Troie en ce qui concerne la guerre de Troie proprement dite. En ce qui concerne le voyage de retour, j’ai bien aimé Le voyage d’Ulysse. Je donne les références de ces deux ouvrages dans mon article intitulé « Comment j’ai enseigné l’Iliade et l’Odyssée à mes élèves ».
  • Pour des élèves de niveau collège, je me souviens avoir étudié en sixième un ouvrage passionnant intitulé Les grands textes de l’Antiquité. Édité chez Magnard, ce livre, réalisé par Mmes Daudeville, Garrigue et Patarin, rassemble des extraits de la Bible (Ancien Testament et Nouveau), de l’Odyssée, de l’Énéide, et des Métamorphoses d’Ovide. Le dossier pédagogique apporte des renseignements complémentaires très utiles.

► Pour en savoir plus, voir mon article : « Comment j’ai enseigné l’Iliade et l’Odyssée à mes élèves ».

9. Peut-on encore écrire des épopées aujourd’hui ?

Tout dépend, bien sûr, ce que l’on entend par là. Il va de soi qu’on n’écrit plus aujourd’hui comme l’on écrivait il y a deux mille huit cent ans. Cependant, la poésie épique n’est pas morte. Bien des récits présentés comme des contes ou des romans pourraient être présentés comme des épopées. Même un grand classique Disney comme Le Roi lion remplit tous les critères de l’épopée.

Plus sérieusement, il y a au XXe siècle une permanence de la poésie épique. Certains poètes n’hésitent pas à user du souffle épique pour traduire en mots et en musique les souffrances du peuple auquel ils donnent voix. C’est précisément l’un des axes de recherche du professeur Patrick Quillier, qui est aussi un poète épique. Il vient de publier un livre dont je vous parlerai bientôt, et qui peut se lire comme une épopée de la première guerre mondiale.

► Pour en savoir plus, voir les articles : « Être épique aujourd’hui’ et « L’hommage épique de Patrick Quillier aux victimes du Bataclan ».


Voilà, j’espère que ces quelques points vous aideront à découvrir plus facilement ce magnifique poème qu’est l’Odyssée. Il n’a rien perdu de son actualité ni de son attrait, puisque vous y trouverez tout à la fois un roman d’aventures, un voyage extraordinaire à rendre jaloux Jules Verne, un conte merveilleux, en abordant les questions immortelles du courage, de la ruse, de l’amour, de la fidélité, de la mort…


Sources

  1. Homère, L’Odyssée, traduit et présenté par Victor Bérard, avec une préface de Fernand Robert, Paris, Librairie Générale Française, collection « Le Livre de Poche », 1972, d’après l’édition Armand Colin de 1932.
  2. Homère, L’Odyssée, traduit par Bareste, Paris, Lavigne, 1842, imprimé par Béthune et Plon à Paris. Le texte est reproduit par Wikisource dans une édition bilingue, contrairement à l’affichage du fac-similé de l’édition originale qui m’a l’air tout en français.
  3. Marie-Thérèse Daudeville, Anne Garrigue, Marie-Thérèse Patarin, Grands textes de l’Antiquité, éditions Magnard, coll. « Magnard Collèges », 1996. — Une très belle anthologie munie d’un dossier explicatif, rassemblant des extraits de la Bible, de l’Odyssée, de l’Énéide et des Métamorphoses d’Ovide.
  4. Christine Palluy, Ulysse et le cheval de Troie, illustré par Aurélie Guillerey, Toulouse, éditions Milan, coll. « Dès 7 ans ». — Une très belle version du célèbre mythe, contenant finalement plus de détails qu’on n’en trouve dans la seule Odyssée.
  5. Nicolas Cauchy, Le voyage d’Ulysse, illustré par Morgan, éditions Gautier-Languereau, 2007. — Cet autre album destiné à la jeunesse, magnifiquement illustré, est également un autre moyen de découvrir les aventures d’Ulysse. Celles-ci sont reproduites dans l’ordre chronologique et non dans l’ordre homérique.
  6. Hélène Mortardre, Ulysse et le cyclope, illustré par Nicolas Duffaut, Paris, Nathan, 2012. Cet ouvrage est un mini-roman à s’adressera donc plutôt à des enfants de cours moyen voire de collège.
  7. Collectif, Nouvelle encyclopédie autodidactique illustrée d’enseignement moderne, publiée en collaboration par un comité d’universitaires, Paris, Librairie Aristide Quillet, 1922.

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