Enseigner les nouveaux programmes : ma progression

Pendant l’été, de nouveaux programmes scolaires sont parus au journal officiel. Comme je l’indiquais dans un précédent article, la presse s’en est fait l’écho, relayant en particulier le désarroi des enseignants qui n’auront que très peu de temps pour se mettre à jour. Voici donc quelques modestes pistes pour s’y préparer sereinement.

De nouveaux programmes

Contrairement à ce que le terme d’ajustements utilisé pouvait laisser penser, il ne s’agit pas simplement de quelques précisions mais bien d’une vaste réécriture des programmes. Tous les élèves du CP à la 3e sont concernés. L’arrêté d’application précise que ces ajustements annulent et remplacent les programmes de 2015, entrés en vigueur en 2016.

Les matières concernées sont le français, les mathématiques et l’éducation morale et civique (EMC). Je ne détaillerai ici que ce qui concerne le français, conformément à l’esprit du blog « Littérature portes ouvertes ».

Où trouver ces nouveaux programmes ? Ils ont été publiés sur le site du ministère de l’éducation nationale. Il s’agit de trois fichiers PDF, un pour chaque cycle. En voici les liens :

Ces programmes ne remplacent qu’une partie des programmes 2016. Ces derniers restent donc à consulter. Vous les trouverez ci-dessous :

Puisque j’y suis, voici également les liens vers les programmes de l’école maternelle (entrés en vigueur en 2015) et les anciens programmes 2008, qui ont été en vigueur jusqu’à l’année scolaire 2015-2016, à titre de comparaison :

Changements : Nouveaux programmes 2020
De nouveaux programmes sont parus pendant les vacances d’été 2020. Les changements sont notés en vert. Voici les liens vers les documents PDF disponibles sur Éduscol :
Programme 2020 cycle 3 comparatif
Programme 2020 cycle 2 comparatif
(Article édité le 07/08/2020)

Qu’est-ce qui change ?

  • On remarque en premier lieu de nombreux changements de formulation qui imposeront aux enseignants de revoir les intitulés de leurs documents de préparation (progressions annuelles, programmations de séquences, fiches de préparation, cahier journal).
  • On remarque en outre un retour à une nomenclature grammaticale traditionnelle en lieu et place des changements introduits par les programmes 2016 (« compléments du verbe », « compléments de phrase », « prédicat »). Tout le problème est que les manuels spécialement réédités pour se mettre en phase avec les programmes 2016 deviennent « périmés » avec les programmes 2018. Bien entendu, il ne serait pas raisonnable de faire réimprimer tous les manuels de France alors que ceux actuellement utilisés sont quasiment neufs.
  • Certains commentateurs pointent un accent mis sur la lecture-décodage plutôt que sur la lecture-compréhension. Cependant, cette dernière reste bien incluse dans les nouveaux programmes.

J’ai vu circuler sur Facebook l’intéressant travail de l’équipe de circonscription de Luxeuil qui a fourni une version comparative des programmes, avec l’ancien texte barré et le nouveau texte surligné en jaune. Cela permet de se rendre compte d’un seul coup d’œil de ce qui a le plus changé. Vous trouverez ces documents ici :

Proposition de progression du CE1 au CM2

Je me propose ici de fournir une progression en étude de la langue pour les quatre années du CE1 au CM2. L’année du CP est une année assez particulière, je donnerai quelques indications dans un autre article. Je traiterai ici que de grammaire, de conjugaison et d’orthographe, préférant également consacrer un article spécifique au vocabulaire. Quant à la lecture et la littérature, de même, je n’en parlerai pas aujourd’hui.

Mes sources

Outre les documents officiels dont j’ai indiqué les liens plus haut, je vais également me fonder sur le précieux travail fourni par Nathalie Leblanc et Maryline Cortes sur le site de la « mission étude de la langue » (DSDEN des Alpes-Maritimes). En effet, elles proposent un décodage des programmes 2016 avec de très riches propositions d’activités. Il ne me reste donc qu’à adapter ce formidable travail aux nouveaux programmes 2018.

Je vais en outre me baser sur les progressions des manuels utilisés dans mon école. Il s’agit des manuels Interlignes, aux éditions Sed. Ceux-ci me conviennent bien, en particulier pour leurs intéressants problèmes de découverte. Cependant, je m’en détache souvent en proposant mes propres exercices.

J’aime bien, en effet, sortir du cadre peu motivant de l’exercice pour proposer des activités de manipulation pour asseoir la compréhension. Cependant, je tiens à proposer aussi des exercices traditionnels, mais un peu plus tard dans la séquence, afin d’assurer la mémorisation par la répétition, une fois que la compréhension est acquise.

En outre, la proposition de progression que vous trouverez ci-dessous a été pensée pour convenir à des cours multiples, puisque tel est actuellement mon cas (j’aurai en principe l’an prochain un CE1/CE2/CM2). Je cherche donc à tirer profit de cette disposition en partant parfois d’un point de départ commun, avec ensuite une montée en difficulté pour les élèves les plus âgés. Cela permet d’asseoir de solides bases tout en explicitant les liens entre ce qui est censé être déjà su et les nouveaux apprentissages de l’année.

Voici, donc, cette progression, dont je détaillerai les deux premières périodes en-dessous avec des exemples d’activités. Il ne s’agit en aucun cas d’un modèle parfait de progression, mais simplement de ce que j’ai réussi à faire dans un temps raisonnable. Celle-ci peut donner l’impression que certains points essentiels ne sont travaillés qu’à un moment de l’année : cela correspond en fait au moment où une séquence spécifique met l’accent dessus, mais les séances quotidiennes et ritualisées d’étude de la langue permettent de s’entraîner toute l’année à écrire correctement.

1. Période 1 : Septembre-Octobre

C’est un fait, d’une année sur l’autre, d’une école à l’autre, les classes ne se ressemblent pas. Parfois, les élèves qui arrivent en début de CE1 sont majoritairement bons lecteurs et ont déjà bien entamé leur entrée en grammaire pendant l’année de CP (notions de verbe, de nom…), parfois au contraire, l’acquisition du code a pris davantage de temps au CP, n’est pas encore bien maîtrisé en CE1, et les premières notions grammaticales ne sont pas encore assises. C’est bien pour cette raison que les programmes réfléchissent en termes de cycles. Aussi la progression qui va suivre n’est-elle qu’indicative, et peut nécessiter des adaptations au vu des capacités des élèves.

1.1 Grammaire

Intitulé des compétences grammaticales (programmes 2018)
  • Se repérer dans la phrase simple
  • Maîtriser l’orthographe grammaticale de base

Ces deux compétences remplacent des intitulés tels que « Identifier les principaux constituants d’une phrase simple en relation avec sa cohérence sémantique », « Raisonner pour résoudre des problèmes orthographiques, d’accord essentiellement « .

Pistes de progression
  • Séquence 1 : Qu’est-ce qu’une phrase ?

Sous-compétence (programmes 2018) : identifier la phrase, en distinguer les principaux constituants et les hiérarchiser.

Objectif : Comprendre qu’une phrase est une unité de sens. Elle veut dire quelque chose. Elle commence par une majuscule et se termine par un point.

Exemples d’activités :
Activités de tri, de classement : Distribuer des étiquettes sur lesquelles sont écrites des phrases ou des pseudo-phrases (phrases qui ne veulent rien dire, phrases sans majuscule, phrases sans point). Les élèves doivent coller uniquement les phrases. → Les activités de tri et de classement permettent de mettre l’accent sur l’intelligence naturaliste (théorie des intelligences multiples).
Fabrication de phrases par la manipulation : Remettre des mots (distribués sous forme d’étiquettes) dans un ordre tel qu’il permet de construire une phrase cohérente, ayant du sens, et correctement ponctuée (majuscule et point). Différenciation possible par le nombre de mots et/ou la présence d’intrus (des mots qu’il ne faut pas coller).
Activité coopérative en salle de sport : Même activité que précédemment, mais cette fois-ci avec de grandes étiquettes dans la salle de sport. Les élèves doivent collaborer. Cela favorise la motivation (aspect ludique) tout en faisant intervenir les intelligences interpersonnelles (collaborer) et motrices (agir avec son corps).
Segmenter les mots et ajouter la ponctuation : Distribuer un texte bref de deux ou trois phrases (CE1) voire quatre ou cinq (CE2), transformé de manière à ce qu’il n’y ait ni espaces entre les mots, ni majuscules, ni ponctuation. Les élèves doivent recopier le texte de façon à lui rendre sa cohérence. Une telle activité peut constituer un support d’évaluation après les activités précédentes.

Je proposerai cette séquence à mes CE1 comme à mes CE2 en utilisant mes CM2 comme des tuteurs à certains moments. Ces derniers démarreront la grammaire en allant plus rapidement vers des situations plus complexes (ci-dessous).

  • Séquence 2 : Les types de phrases

Sous-compétence (programmes 2018) : identifier la phrase, en distinguer les principaux constituants et les hiérarchiser.

Objectif : Comprendre qu’il existe plusieurs types de phrases : la phrase déclarative (qui sert à raconter quelque chose), la phrase interrogative (qui sert généralement à poser une question), les phrases exclamatives et impératives.

Différenciation : En CE1 et CE2, je rangerai les exclamatives et les impératives dans le même sac (les phrases qui ont un point d’exclamation), tandis que les élèves de CM2 seront capables, je pense, de faire la distinction, même si le mode impératif n’a pas été encore étudié.

Exemples d’activités :
Activité de recherche et de découverte par le tri et le classement : Donner des phrases de tous les types à classer en trois ou quatre catégories. Laisser les élèves réfléchir, mettre en commun les propositions et accepter tout ce qui a du sens même si ce n’est pas la réponse attendue. Puis montrer la réponse attendue.
Activités de rétablissement de la ponctuation, en lien avec la lecture (l’intonation, la voix qui monte et qui descend, qui gronde, etc.).
Activités de transformation : Passer d’un type à l’autre, observer les modifications en termes d’intonation. Pour les CM2 on pourra ajouter l’ordre des mots, l’inversion du sujet. En vocabulaire on verra les mots interrogatifs (pourquoi, quand, où, comment…).

  • Séquence 3 : La phrase négative

Sous-compétence (programmes 2018) : identifier la phrase, en distinguer les principaux constituants et les hiérarchiser.

Objectif : Savoir ce qu’est une phrase à la forme négative et être capable d’en produire par transformation. Préparer la séquence suivante sur le verbe.

Exemples d’activités :
Le jeu de l’âne têtu : L’âne têtu dit toujours le contraire de l’affirmation qu’il vient d’entendre. Comme lui, les élèves jouent oralement à dire le contraire de la phrase énoncée par un camarade. Observation des modifications induites par la transformation.
Activités de tri et de classement : Les élèves doivent coller des phrases en deux colonnes, en déduisant eux-même le principe de tri.
Activités de repérage : Dans un bref texte donné, les élèves entourent les mots négatifs.
Activités de transformation à l’écrit : Transformer une phrase affirmative en phrase négative, et inversement. Possibilité de jouer d’abord au tableau avec des étiquettes (l’élève interrogé doit placer les étiquettes « ne » et pas » au bon endroit), puis en situation individuelle écrite pouvant faire l’objet d’une évaluation.

Différenciation classes multi-niveaux : En CE1 on insistera surtout sur les marqueurs « ne » et « pas », sans se retenir d’aller plus loin si les élèves sont majoritairement dans la réussite. Les groupes de CE2 et, a fortiori, de cours moyen, découvriront et utiliseront d’autres mots négatifs (ne… plus, ne… jamais, ne… rien, etc.).

  • Séquence 4 : Identifier le verbe, l’observer et le définir

J’estime nécessaire de placer l’identification du verbe après les trois séquences précédentes sur la phrase, ne serait-ce que parce que l’un des outils les plus commodes pour trouver le verbe est précisément de la mettre à la forme négative.

Sous-compétence (programmes 2018) : identifier la phrase, en distinguer les principaux constituants et les hiérarchiser.

Objectif : Savoir ce qu’est un verbe et être capable de l’identifier.

Exemples d’activités :
Collecte de verbes : Que peut-on faire dans la classe ? Que peut-on faire dans la cour ? Cette séance, en lien avec l’EMC (les droits des élèves et leurs différences selon le lieu), permet aux élèves de donner des verbes. Un affichage permet de conserver la liste énoncée. Cela sera notre « réservoir de verbes ». Si un élève demande, plus tard dans l’année, ce qu’est un verbe, il sera alors facile de réactiver son souvenir en le renvoyant à cet affichage. → Il s’en dégage une première définition du verbe, comme support d’une action ou d’un état.
Repérage du verbe : découverte de l’astuce du passage par la forme négative. Transformer la phrase à la forme négative, entourer les mots négatifs, puis souligner le verbe. Possibilité de jouer d’abord au tableau avec des étiquettes ou avec le TNI avant passage à l’écrit.
Observer la variation du verbe : distinguer le verbe à l’infinitif (image du verbe avec son bonnet de nuit qui dort dans son dictionnaire) et les formes conjuguées. Pour les CE2 et les CM2, révisions sur passé/présent/futur et sur les variations du radical. → Vers la conjugaison.

Remarque : avec cette progression, la conjugaison proprement dite ne commence qu’en période 2. J’estime en effet qu’il n’y a aucun sens à mémoriser des conjugaisons si l’on n’a pas compris ce que sont une phrase et un verbe. Bien sûr, il faudra aller plus vite avec les CM2.

Séquence supplémentaire pour les CM2
  • Les CM2 participent à certaines séances proposées aux CE1 et CE2, qu’il s’agisse de leur faire faire des révisions ou de leur confier un rôle de tuteurs.
  • Une séquence spécifique est prévue afin de revoir l’essentiel de la grammaire acquise en CM1 (ce sont des élèves que je suis pendant deux ans) :
    1. la bi-partition fondamentale de la phrase. Si le terme de « prédicat » n’est plus utilisé, les ajustements des programmes indiquent dès le cycle 2 qu’il faut se poser la question « De quoi parle-t-on ? Qu’est-ce qu’on en dit ? », ce qui revient strictement au même, avec simplement le mot en moins.
    2. la présence de constituants obligatoires : le groupe sujet, le groupe verbal constitué du verbe et des compléments essentiels, jusqu’à présent appelés « compléments du verbe ». Il faudra cette année ajouter la distinction entre COD et COI pour se conformer aux programmes 2018 (peut-être seulement en cours d’année).
    3. la présence de constituants facultatifs : en période 1, on se contentera de les identifier et de les nommer « compléments circonstanciels » (programmes 2018) et non plus « compléments de phrase » (programmes 2016).
  • En outre, les CM2 travailleront la conjugaison de façon séparée (voir plus bas).
Remarque sur la terminologie utilisée dans les programmes

Citons les programmes 2018 qui parlent de « reconnaître les trois types de phrases : déclaratives, interrogatives et impératives ; – reconnaître les formes négative et exclamative et savoir effectuer des transformations ».

Il me semble déceler ici un flottement terminologique. Les types de phrase sont traditionnellement au nombre de quatre : les phrases déclaratives, interrogatives, impératives et exclamatives. Les formes de phrase sont traditionnellement au nombre de deux : les phrases à la forme affirmative et les phrases à la forme négative. Types et formes peuvent se combiner : une phrase peut, par exemple, être à la fois du type interrogatif et à la forme négative, c’est d’ailleurs ce qu’on appelle une phrase interro-négative.

1.2 Conjugaison

Au cycle 2, la compétence intitulée « Observer le fonctionnement du verbe et l’orthographier » n’existe plus, mais plusieurs sous-compétences relatives à la conjugaison interviennent dans la grande compétence intitulée « Maîtriser l’orthographe grammaticale de base ».

En période 1, comme je l’ai indiqué ci-dessus, je ne prévois qu’une entrée très progressive dans la conjugaison pour les élèves de CE1. En période 1, il s’agit avant tout de définir le verbe, de le localiser et d’observer ses changements (infinitif, formes conjuguées). Les élèves de CE2 et de CM2 auront, à plusieurs reprises, des missions de tuteurs, en plus de leur travail de révision les conduisant à réaliser des exercices adaptés (plus difficiles) que ceux des CE1.

En effet, le caractère spiralaire des programmes a inspiré aux manuels Interlignes, y compris en CM2, des séquences telles que « Situer les événements dans la chronologie », « La construction du verbe : radical et terminaison », « Les variations de radical », qui reprennent des notions déjà largement vues antérieurement, en y ajoutant de la difficulté.

C’est un point sur lequel je préfère insister car les parents d’élèves sont parfois étonnés des similitudes des apprentissages d’une année sur l’autre. Il faut alors leur expliquer qu’au-delà d’un objectif commun, la réalité du travail effectué est bien différente. Ainsi, les CM2 apprendront à orthographier le radical des verbes en -yer, -eler, -eter, là où les élèves de cycle 2 observeront simplement que les verbes à l’infinitif se terminent par -er, -ir ou -re.

1.3 Orthographe lexicale

Compétences (Programmes 2018) :

  • Passer de l’oral à l’écrit.
  • S’initier à l’orthographe lexicale.

Sous-compétences :

  • Connaître :
    – les correspondances graphophonologiques ;
    – la valeur sonore de certaines lettres (s – c – g) selon le contexte ;
    – la composition de certains graphèmes selon la lettre qui suit (an/am, en/em, on/om, in/im)
  • Mémoriser l’orthographe du lexique le plus couramment employé. Les programmes 2018 insistent sur le lexique de l’école et sur celui de l’univers familier de l’enfant.

Les intitulés officiels changent ainsi de formulation. « Maîtriser les relations entre l’oral et l’écrit » devient ainsi « Passer de l’oral à l’écrit ». Apparaît également la compétence « S’initier à l’orthographe lexicale » qui a l’avantage d’utiliser une désignation traditionnelle facilitant ainsi la communication avec les parents.

En CE1, je commencerai l’année par de l’orthographe lexicale, l’orthographe grammaticale ne prenant sens qu’une fois le programme de grammaire suffisamment entamé. En outre, tout au long de l’année, je veillerai à ce que les séquences consacrées à l’accord dans le groupe nominal soient toujours bien séparées temporellement des séquences consacrées à la conjugaison des verbes, de manière à éviter autant que possible les erreurs du type « Les garçont joues ».

Exemples d’activités envisageables :

  • D’une part des activités ritualisées : Énigme orthographique du matin, mini-dictée du jour, grande dictée du vendredi, copie de mots, jeux d’orthographe (ardoise), réutilisation des mots appris dans des phrases et dans des textes.
  • D’autre part des problèmes de recherche : Activité de tri d’étiquettes sur un critère oui/non (par exemple, j’entends ou je n’entends pas le phonème demandé) ; constitution de listes de mots présentant le même problème orthographique.
  • Lien avec les activités de lecture orale et de vocabulaire dans toutes les disciplines.
Un rituel de dictée quotidienne

Afin d’appliquer la préconisation d’une dictée par jour, j’instaurerai un rituel orthographique constitué d’une mini-dictée les lundi, mardi et jeudi, et d’une grande dictée le vendredi. Ce dispositif n’a rien d’innovant : il était déjà mis en place par ma maîtresse de CM1 dans les années quatre-vingt-dix.

Ce dispositif me permettra de varier les exercices dictés (dictées de mots, de groupes de mots, de phrases, de textes brefs) et les formes de dictée (dictée négociée, dictée sans erreur, etc.), conformément aux recommandations de Nathalie Leblanc.

La question de la correspondance grapho-phonologique

Je n’établirai précisément ma progression en orthographe grammaticale que lorsque j’aurai pu évaluer l’avancement de mes nouveaux élèves de CE1. La question se pose en effet de déterminer que revoir en ce qui concerne la correspondance grapho-phonologique. Qu’est-ce qui a besoin d’être revu ? Cette année 2017-2018, j’ai insisté uniquement sur les cas « complexes », c’est-à-dire les cas où il y a plusieurs lettres pour un son ou inversement plusieurs sons pour une lettre, le reste étant déjà acquis.

Je prévois d’insister sur les points suivants, peut-être dès la période 1 si je n’ai pas besoin de revoir des phonèmes plus simples, ou alors en période 2 :

  • s ou ss
  • c ou ç (pas juste à la suite du point précédent pour éviter les confusions)
  • g, ge, gu
  • m devant m, p, b

Il pourra être utile de compléter pour certains (ateliers différenciés, APC) avec la discrimination entre [b] et [d] par exemple. Les périodes suivants seront l’occasion d’aborder les nasales (an, in, on, un), et certains sons complexes comme [j] (y, ill), [aj], [ej], [uj], etc.

Quels mots demander aux élèves d’apprendre ?

Je pense utiliser un petit carnet où je ferai copier aux élèves les mots dont ils doivent apprendre l’orthographe. Dispositif très classique mais que je n’avais pas encore mis en place les années précédentes. La question se pose alors de savoir quels mots choisir. Conformément aux recommandations de Nathalie Leblanc, nous élaborerons des listes de mots, d’abord par phonème (correspondant aux sons travaillés), mais aussi par familles (radical identique) en lien avec les séances de vocabulaire, et par ressemblance orthographique. En revanche, il ne s’agira pas de rapprochements sémantiques.

Les élèves pourront eux-mêmes trouver les listes de mots. « Trouvez-moi des mots qui contiennent le son [s] et qui s’écrivent avec un seul S. » Les propositions des élèves sont ensuite listées au tableau puis copiées dans le carnet.

Une règle d’or

La règle d’or en orthographe est d’insister sur les régularités avant d’aborder les irrégularités. Cela paraît logique, mais trop souvent on a tendance à penser le cas simple et général comme acquis, et à rapidement en venir aux exceptions et autres irrégularités, au risque de semer la confusion dans l’esprit des enfants. Or, s’il est vrai que l’orthographe française n’est pas simple, elle présente malgré tout des régularités dont il serait dommage de ne pas prendre conscience, car sans celles-ci on est obligé d’apprendre tous les mots par cœur, individuellement, en estimant que le choix entre deux graphies relève du hasard.

D’où la progression suivante pour la période 1
CE1

 

• Correspondances grapho-phonologiques dans des cas simples
• s ou ss
• g ou gu
• m devant m, p, b

CE2

 

• s ou ss (révisions)
• g ou gu (révisions)
• m devant m, p, b (révisions)
• c ou ce ou ç (révisions)
• Les homophones (1) : les prépositions à, là, de

CM2

 

• Les accents sur la lettre e
• La consonne finale des noms et des adjectifs (révision)
• Les noms terminés par -é ou -ée
• Les liaisons à l’oral et leur aide pour orthographier

2. Période 2 : Novembre-Décembre

2.1 Conjugaison

Le travail préparatoire conduit lors de la première période en grammaire permet aux élèves de CE1 d’entrer véritablement dans la conjugaison lors de la période 2.

♦ Conjuguer au présent de l’indicatif est une compétence à travailler du CE1 au CM2 et, j’ai envie de dire, jusqu’à la Troisième. Mais, évidemment, pas avec les mêmes attentes.

Exemples d’activités envisageables :
Observation de régularités à partir d’un corpus de phrases adapté à l’âge des élèves (les CE2 incluront les verbes du 2e groupe, les CM2 ajouteront également les verbes du troisième groupe, et les variations de radical à tous les groupes : je pèle, nous pelons).
Tri d’étiquettes selon un critère donné (classer les 6 personnes dans des colonnes différentes, par exemple).
Associer des pronoms, des radicaux et des terminaisons pour former des phrases.
Transformer des phrases en demandant aux élèves de changer la personne (ou de changer le tiroir verbal pour les plus âgés qui connaissent déjà plusieurs temps verbaux).

Exemple de progression pour la période 2
Le présent de l’indicatif
– le présent de l’indicatif des verbes en -er (CE1, CE2, CM2)
– le présent de l’indicatif des verbes comme finir (CE2 et CM2)
– le présent de l’indicatif des verbes du troisième groupe (CM2) : les formes en -s, -s, -t et les formes en -ds, -ds, -d.
– le présent de l’indicatif des verbes à changement de radical (CM2) : verbes en -eler, -eter, -yer.
L’imparfait de l’indicatif
– L’imparfait de l’indicatif dans les cas simples (CE1, CE2, CM2)
– Les cas complexes (CM2 uniquement, et seulement si le reste est bien acquis) : les verbes avec -ii-

2.2 Grammaire

La phrase a été la notion-phare de la période 1, celle de la période 2 sera le verbe, en appui des séances de conjugaison.

Notions travaillées :
– Identifier le verbe dans une phrase simple, brève, où l’ordre traditionnel des mots est respecté (CE1, CE2)
– Pour les CM2 : Commencer à identifier le verbe dans des phrases soit complexes (plusieurs verbes conjugués), soit dans des phrases simples plus longues, soit dans des cas où le GS n’est pas au début de la phrase (présence d’un CC en tête de phrase, sujet inversé, etc.).
– Classer des phrases en passé, présent, futur. S’appuyer dans un premier temps sur les indices lexicaux (adverbes de temps…) puis dans un deuxième temps insister sur les informations apportées par la terminaison du verbe.
– Identifier le temps verbal d’un verbe (CE2 et CM2) : présent, futur, passé composé, imparfait ; + passé simple pour les CM2
– Observer les variations du verbe : le radical (le verbe « tout nu » sans ses vêtements) et les terminaisons (les différents t-shirts du verbe). Pour les CM2, constater que le radical est aussi parfois sujet à variations.
– La notion de groupe sujet et d’accord entre sujet et verbe. Tracer les flèches d’accord.
– Les pronoms personnels sujets : je, tu, il, elle, on, nous, vous, ils, elles
– La substitution d’un GN sujet par un pronom personnel, et le lien avec l’accord du verbe.

Activités de recherche :
– Exercices de classement, de tri en plusieurs catégories (utilisation d’étiquettes).
– Exercices de remise des mots dans l’ordre pour constituer des phrases correctement orthographiées.
– Devinettes orthographiques portant sur les accords sujet-verbe.
–  Dictées de phrases, dictées négociées

Activités de renforcement et d’automatisation :
– Exercices traditionnels de grammaire (souligne le sujet, entoure le verbe)
– Exercices de transformation (remplacer le sujet GN par un pronom ou inversement)

2.3 Orthographe grammaticale

Objectif 1 : Orthographier le verbe conjugué.

En lien avec les séances de grammaire, on étudiera en orthographe grammaticale l’accord sujet-verbe. Les objectifs purement « orthographe grammaticale » pourront être insérés dans les séances de grammaire : on ne peut pas faire de l’orthographe grammaticale sans faire de grammaire. On le voit, c’est aussi un travail de conjugaison. Il y a ici tout intérêt à décloisonner ces sous-domaines de l’étude de la langue.

Objectif 2 : Les homophones grammaticaux : suite (CE2 et CM2)

Rappel : le travail sur les homophones grammaticaux évite de les opposer en demandant aux élèves de choisir entre l’un ou l’autre homophone.

2.4 Orthographe lexicale

  • Poursuite des objectifs de la période 1 : mémoriser l’orthographe de mots courants à travers l’établissement de listes, les dictées quotidiennes, etc.
  • Ajout d’un objectif : les mots invariables. En particulier, on travaillera en CE1 l’orthographe des pronoms personnels sujets (en lien avec la conjugaison et la grammaire). Utiliser les listes de mots invariables du manuel Sed.
  • Phonèmes à travailler en CE1 : poursuivre les phonèmes de la période 1 s’ils sont encore mal acquis, puis travailler les nasales an, in, un, on, en lien avec un rappel de la règle m devant m, p, b.
  • Les lettres muettes (CE1 et CE2)
  • Les homophones lexicaux (CE2 et CM2)

Des questions, des remarques ?

Si vous avez des remarques, des questions, des conseils, au sujet de cet article, n’hésitez pas à laisser un commentaire, si possible directement sur le blog plutôt que sur les réseaux sociaux. J’essaierai de vous répondre le plus rapidement possible. Je vous invite également à consulter les autres articles de ce blog qui traitent de l’enseignement du français. J’espère que cet article vous aura été utile.

17 commentaires sur « Enseigner les nouveaux programmes : ma progression »

  1. Bonjour,
    Question un peu bête mais je suis tellement prise dans la lecture des programmes depuis 48h que je n’y vois plus clair:
    Je ne vois jamais le cm1 mentionné, ma logique me dit que c’est parce que les compétences sont les mêmes du ce2 au cm2 à des degrés différents. Mais je préfère être certaine.
    En tout cas, merci pour ce travail qui permet de gagner un temps précieux.

    Aimé par 1 personne

    1. C’est tout simplement parce que, l’an prochain, j’aurai une classe de CE1/CE2/CM2, donc pas de CM1. Pour les compétences de CM1, on est dans du cycle 3, donc le programme officiel est le même qu’en CM2 et qu’en 6e, avec bien sûr des adaptations de manière à assurer la progressivité des apprentissages.

      J'aime

  2. Bonjour,
    étant PES j’ai une visite de ma CPC très bientôt. Ce jour-là je voudrais commencer une séquence sur les les homophones grammaticaux (en CE1) mais je vois que cela ne fait pas partie de vos progressions pour ce niveau-là. Dans les programmes de 2018 la notion d’homophones n’apparaît pas de façon explicite mais on me dit que je dois tout de même le traiter.
    Savez-vous alors à quelle compétence cela fait référence dans les nouveaux programmes ? Et est-ce qu’il y a une raison particulière à ne pas le traiter en CE1, d’après vos progressions.
    Merci !

    Aimé par 1 personne

    1. Votre question est intéressante, je vais y réfléchir. J’ai déjà écrit un article sur les homophones, vous êtes allée voir ? Je vous ferai une réponse plus détaillée un peu plus tard.

      J'aime

  3. J’épluche depuis une bonne semaine votre blog (que j’avais déjà découvert pendant le confinement) et je suis épatée par la précision de vos documents mis à disposition. J’ai vu que pendant le confinement vous aviez mis des leçons d’histoire pour le niveau CM1. Y a t-il quelque part dans le blog une publication avec d’autres documents d’histoire? Merci beaucoup de nous permettre d’utiliser tout cela. Bon weekend.

    Aimé par 1 personne

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