Abrégé de grammaire française

Connaître quelques notions de grammaire est indispensable pour comprendre ce qu’on lit autant que pour s’exprimer correctement à l’écrit. Mais tout le monde n’a pas le temps ou la possibilité de se référer à d’épais manuels. Cet article a donc pour but de fournir un abrégé qui se veut agréable à lire, qui ne soit pas une leçon scolaire mais simplement un petit voyage dans notre langue.

Les fonctions du langage d’après Roman Jakobson

Depuis que l’homme est homme, il parle. Dès les temps préhistoriques, il parle des langues dont nous ne savons plus rien, antérieures mêmes à cet indo-européen que les linguistes tentent de reconstituer en comparant les langues anciennes et présentes. Et s’il parle, de façon sans doute plus complexe que ne le font les animaux, c’est pour communiquer.

Mais qu’est-ce que communiquer ?

  • Pour qu’il y ait langage, il faut qu’il y ait quelqu’un ou quelque chose qui produise du langage, donc un émetteur, généralement celui qui parle.
  • À moins que l’on parle dans le vide, ce qui arrive plus souvent qu’on pourrait le croire, il faut aussi un récepteur ou destinataire, c’est-à-dire, pour faire simple, quelqu’un qui écoute.
  • Il faut ensuite le message proprement dit, contenant ce que l’émetteur veut dire à son destinataire.
  • Il faut aussi un moyen pour ce message de parvenir au destinataire, autrement dit un support du message (l’écrit, l’oral, etc.), ou plus précisément un canal.
  • Ce message doit être compréhensible pour l’émetteur comme pour le destinataire. Il faut donc que tous deux partagent le même code. En l’occurrence, donc, la langue française.
  • Il faut enfin que ce message parle de quelque chose, il y a donc un référent ou contexte.

D’où le schéma suivant, d’après Roman Jakobson, tel que mis en forme dans l’encyclopédie Wikipédia :

Schéma de la communication générale selon Roman Jakobson (Wikipédia)

Ce schéma fait apparaître, entre parenthèse, les différentes fonctions du langage que ces différents éléments impliquent.

  • La fonction expressive du langage met l’accent sur le destinateur (l’émetteur) qui s’exprime lui-même. On l’appelle parfois la fonction émotive, parce que le destinataire indique son état d’âme. C’est, si l’on veut, la fonction smiley. « Qu’est-ce que cet article est intéressant ! »
  • La fonction conative met l’accent sur le destinataire (le récepteur) sur lequel on veut agir, en l’incitant par exemple à faire quelque chose. « Mettez-vous sur le parvis pour la photo ! »
  • La fonction phatique permet de s’assurer que le canal de communication fonctionne. Par exemple, « Allô ? » est un parfait exemple de la fonction phatique du langage.
  • La fonction méta-linguistique permet de se mettre d’accord sur le code que l’on emploie. Par exemple, « combien faut-il mettre de M à grammaire ? »
  • La fonction référentielle est celle par laquelle on insiste sur ce dont on parle, donc sur la fraction de monde (réel ou imaginaire) que l’on évoque dans l’énoncé en question. Par exemple, « La mariée était très jolie ».
  • La fonction poétique permet de mettre l’accent sur le message lui-même. Si elle concerne éminemment la poésie et la littérature en général, on la retrouve aussi chaque fois que l’on fait un effort particulier pour produire un effet.

Du bruit au langage, du son à la phrase

Lorsque les jeunes enfants apprennent à parler, ils émettent d’abord des borborygmes, des onomatopées, des sons plus ou moins articulés qui leur permettent de faire savoir leur besoin de manger ou d’être lavé. Viennent  ensuite des syllabes qui finissent par former des mots et même des phrases.

Qu’est-ce qu’une phrase ? Une phrase est un énoncé qui a un sens. Elle est un ensemble de mots qui fonctionnent ensemble pour produire du sens. Elle veut dire quelque chose. Elle est souvent un acte de langage, permettant de poser une question ou de donner un ordre, par exemple. On la délimite couramment en disant qu’elle commence par une majuscule et se termine par un point.

On peut identifier plusieurs types de phrases :

  • les phrases déclaratives qui permettent de dire quelque chose du monde qui nous entoure : « La mariée était jolie. »
  • les phrases interrogatives qui permettent de poser une question. On les repère à leur inversion du sujet, à leurs mots interrogatifs et à leur point d’interrogation. Par exemple, « Pourquoi les mariées sont-elles toujours vêtues de blanc ? »
  • les phrases exclamatives permettent d’exprimer des émotions, en particulier la surprise, l’étonnement, la colère, la joie. « Comme elle est jolie ! »
  • les phrases impératives (dites parfois aussi jussives) permettent de donner un ordre. « Fais attention à ta robe ! »

En outre, ces phrases peuvent être soit à la forme affirmative, soit à la forme négative, quel que soit le type de phrase. On peut ainsi former des phrases interro-négatives, par exemple : « Pourquoi n’est-elle pas entourée de ses témoins ? »

La bipartition fondamentale de la phrase

Une phrase sert généralement à dire quelque chose à propos de quelque chose. Il y a donc un thème et un propos (ou rhème), parfois également appelés sujet et prédicat. Ou, pour employer une nomenclature plus traditionnelle, un groupe sujet et un groupe verbal.

Dans les exemples suivants, la barre oblique permet de séparer le thème et le propos, qui sont souvent dans cet ordre, même si ce n’est absolument pas une loi générale.

  • La mariée voilée de blanc / avançait lentement jusqu’à l’autel.
  • Les nombreux invités / s’étaient assis sur les bancs de l’église.
  • Le curé / imposa le silence en levant les mains.

► Voir mon article intitulé « Le prédicat, qu’es aco ? »

Au commencement était le verbe

Maintenant que nous savons en gros ce qu’est une phrase, entrons à l’intérieur pour voir comment elle fonctionne. On se rend compte que les mots qui la composent n’ont pas tous la même fonction.

Il est de bonne méthode de commencer par le verbe, parfois présenté comme « pivot » ou « base » de la phrase. On peut proposer plusieurs définitions du verbe :

  • Une définition sémantique : les verbes permettent d’évoquer des actions et/ou des états. Une définition insuffisante, car il y a aussi des noms d’action : la catégorie du substantif peut donc également permettre de désigner des actions.
  • Une définition morphologique : les verbes se conjuguent. Ils sont variables en nombre et en genre (comme les noms) mais aussi en temps, en personne et en diathèse (la voix active ou passive).
  • Une définition syntaxique : si les phrases étaient des systèmes solaires, les verbes seraient des soleils. D’où cette idée de « pivot » ou de « base » de la phrase.
  • Une définition pratique : pour trouver le verbe, mettez la phrase à la forme négative, le verbe se trouve alors entre « ne » et « pas ».

Voir aussi mon article sur la conjugaison.

Le sujet

Ce verbe « travaille » avec un sujet généralement exprimé (il ne l’est pas à l’impératif, par exemple). Une définition, là encore simpliste, du sujet, est que le sujet « fait » l’action indiquée par le verbe. De façon plus correcte, on pourra montrer que le lien entre le sujet et le verbe se manifeste sur le plan morphologique par l’accord.

On prendra soin d’éviter de laisser croire aux élèves, par le choix de nos exemples, que les sujets sont nécessairement des êtres animés (humains ou animaux). Aussi faut-il inclure des exemples tels que Le réveil sonne, la pluie tombe, etc.

Le sujet peut être :

  • un pronom personnel sujet (je, tu, il, elle, on, nous, vous, ils, elles)
  • un pronom indéfini (quelqu’un, personne, l’autre, quelque chose, rien…)
  • un nom propre (Nicolas, Monsieur Durand, l’Islande)
  • un groupe nominal (le petit chat de mon frère ; l’inconnu en blouson qui rôdait dans la ruelle ; la grande porte de chêne sombre qui barrait l’entrée du bâtiment austère)

Le groupe nominal

Nous venons de parler de groupe nominal. Un groupe nominal, c’est, tout simplement, un groupe de plusieurs mots dont le « chef » est le nom. Vous trouverez parfois l’expression de syntagme nominal qui veut dire à peu près la même chose, mais en plus savant. Avouez que ça fait quand même plus intello.

Donc, dans ce groupe nominal, vous avez le nom. Bon. Mais ce nom n’est pas seul et il a autour de lui des satellites (oui, les grammairiens aiment bien l’astronomie) :

  • le déterminant permet d’actualiser et de quantifier le nom,
  • l’adjectif permet de caractériser et de décrire le nom,
  • le complément du nom permet de préciser le nom à l’aide d’un autre nom, ce dernier étant introduit par une préposition,
  • la proposition subordonnée relative permet également de préciser le nom, mais sous la forme d’une phrase qui dépend de ce nom (qu’on appellera l’antécédent). Elle est introduite par un pronom relatif.

Le groupe verbal

De même que le groupe nominal est un groupe de mots commandé par un nom, le groupe verbal est un groupe de mots dont le « chef » est le verbe. Ça paraît plutôt logique. Pour faire simple, on peut dire que le groupe verbal est composé du verbe et de ses compléments.

Les compléments du verbe

Les compléments du verbe sont, comme leur nom l’indique, dépendants du verbe. Ils servent à le compléter. Ils ne sont en principe ni déplaçables, ni supprimables. On peut en revanche les remplacer par un pronom. Ces trois tests (non-déplacement, non-suppression, pronominalisation) permettent d’identifier à coup sûr les compléments du verbe.

On distingue :

  • les compléments d’objet directs qui ne sont pas introduits par une préposition. Par exemple, Son père précédait la mariée jusqu’à l’autel. On notera cependant que Il mangeait du pain est bien un complément d’objet direct (« du » étant ici article partitif).
  • les compléments d’objet indirects qui sont introduits par une préposition. Il parle à Pierre ; Il parle de Marie.

Certains parlent en outre de complément d’objet second lorsqu’il y a plusieurs compléments du verbe. Je ne trouve pas cette notion utile.

Un complément d’objet peut être :

  • un pronom : Je le vois. Il te parle. Nous en discutons.
  • un groupe nominal : Pierre parle de ses vacances à tous ses amis.
  • un verbe à l’infinitif : Nous aimons lire.
  • une proposition complétive : Nous voulons qu’il se taise.

On notera en outre qu’une catégorie assez proche fonctionnellement du complément d’objet est l’attribut du sujet : Il est intelligent. Elle demeure indécise. Là encore, à moins de parler comme maître Yoda, vous ne pouvez ni déplacer, ni supprimer, et vous pouvez pronominaliser : Il l’est ; elle le demeure.

Les compléments circonstanciels

Il est en outre des compléments qui ne se rattachent pas directement au verbe mais plutôt à la phrase elle-même. On dit que leur point d’incidence est la phrase. C’est pourquoi les grammairiens actuels parlent de compléments de phrase, là où la grammaire traditionnelle utilisait le terme de « complément circonstanciel ».

On reconnaît les compléments circonstanciels au fait qu’ils sont déplaçables, supprimables, et non-pronominalisables.

  • La nuit, mon chat sort par la fenêtre pour se promener sur les toits.

La grammaire traditionnelle identifie différents compléments circonstanciels classés selon qu’ils renseignent sur le temps, le lieu, le but, la cause, le moyen, l’accompagnement, la comparaison, le but, la concession, la matière, la fréquence, l’absence… Bref, un nombre tellement étendu de sous-catégories qu’il finit par n’avoir plus de sens.

C’est pourquoi les grammairiens actuels préfèrent recourir à d’autres types de classement, par exemple selon le degré de mobilité effectif de ces compléments.

  • Remarque : On notera que, dans Je vais à la plage, le groupe souligné ne saurait être considéré comme un complément circonstanciel, dans la mesure où il n’est ni supprimable, ni déplaçable, et qu’il est en revanche pronominalisable (j’y vais). Il s’agit donc d’un complément du verbe (eh oui, il y a des compléments du verbe qui ne sont pas des compléments d’objet). Certains parlent de locatif, d’autres de complément essentiel de lieu.

Les compléments circonstanciels peuvent être :

  • des adverbes : Je parle lentement.
  • des groupes nominaux (ou pronominaux) : Chaque matin, je dois me lever tôt.
  • des verbes à l’infinitif ou au gérondif : Il faut manger pour vivre. Il parle en mangeant.
  • des propositions subordonnées : Il mange peu parce qu’il est malade.

► Voir aussi mon article concernant les compléments, et mon article détaillé sur la question parfois épineuse du locatif.

La phrase complexe

Une phrase complexe est une phrase qui a plusieurs verbes conjugués, donc plusieurs propositions. Il y a plusieurs façons d’associer des propositions :

  • la juxtaposition : Il marche, il court, il s’arrête.
  • la coordination : Je pense donc je suis. Vous vous moquez mais je n’en ai cure.
  • la subordination : L’homme que j’ai vu est sorti par l’arrière. Je le dis parce que je le pense. Chaque fois que je passe devant une boulangerie, l’odeur du pain me fait saliver.

On peut bien entendu combiner ces différentes associations dans une même phrase :

  • L’homme qui est entré en premier est sorti par l’arrière et l’homme qui le suivait est resté plusieurs minutes dans la pièce. → La phrase coordonne deux propositions indépendantes qui chacune contiennent en outre une proposition relative (soulignée).

► Voir mon article concernant le classement des propositions subordonnées.

Pour conclure

Il me semble que ces indications certes très simples pour ne pas dire simplistes constituent cependant un bon point de départ pour s’aventurer ensuite dans des aventures grammaticales plus complexes. Mon objectif premier était d’être simple, aussi ne s’est-on pas aventuré dans les cas particuliers, les contre-exemples, les cas litigieux. Il ne s’agissait pas de présenter la nomenclature grammaticale la plus exhaustive, mais simplement les outils qui me paraissent nécessaires et suffisants. Il s’agit d’une présentation toute personnelle, que j’ai voulue agréable et très légèrement teintée d’humour, et non d’un véritable cours de grammaire.

Ceux qui voudraient aller plus loin pourront consulter, outre les articles déjà indiqués ci-dessus, les articles suivants :

Pour toute question, n’hésitez pas à utiliser l’espace des commentaires. Et si l’article vous a plu, pensez à le partager sur les réseaux sociaux, cela ne prend qu’une seconde, mais cela m’aidera à faire connaître ce blog…

5 commentaires sur « Abrégé de grammaire française »

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