Revue de presse : que penser des ajustements des programmes ?

L’Éducation nationale a fait savoir que des « ajustements aux programmes » vont entrer en vigueur à la rentrée prochaine. Pour savoir de quoi il retourne exactement, je vous propose une petite revue de presse. Que dit-on dans les médias à ce sujet ?

Ce que disent les médias nationaux

  • Le Monde

L’article du Monde interroge successivement Souâd Ayada, présidente du Conseil Supérieur des Programmes, et Michel Lussault, son prédécesseur à cette fonction, qui a dirigé l’élaboration des nouveaux programmes de 2016. Une représentante du syndicat Snu-ipp a également été interrogée, nommée Francette Popineau.

On peut résumer l’article en disant que cet ajustement des programmes émane d’une volonté de les clarifier en intégrant les orientations voulues par l’actuel ministre de l’éducation. Sont présentés comme des points forts de ces ajustements la suppression de la notion de prédicat, la dictée quotidienne, la présence des quatre opérations dès le CP, l’imposition d’un nombre minimal d’œuvres intégrales à lire. Il y a également des repères beaucoup plus précis en Éducation Morale et Civique, pointés par Michel Lussault comme un retour à un programme plus vertical en lieu et place des avancées des nouveaux programmes en termes de réflexion personnelle. Pour Francette Popineau, il y a également un recul de la notion de cycle, qui permettait de lisser des apprentissages sur plusieurs années.

  • Le Point

L’article du Point est constitué par une interview de Souâd Ayada, qui défend ces ajustements de programmes face aux « pédagogistes ». L’article fait de cette dernière une représentante du « bon sens », tandis que ses opposants sont considérés comme des amateurs de « notions jargonneuses ». L’article a donc le mérite d’exposer explicitement, dès les premières lignes, son parti-pris en faveur de ces ajustements.

L’article présente les programmes de 2016 comme un texte pétri de notions incompréhensibles. En particulier, la notion de prédicat occupe une part importante de l’article, présentée comme inutile à un niveau scolaire. De même, la présidente du Conseil Supérieur des Programmes annonce avoir préféré le terme de « grammaire », familier pour tous, à celui d’ « observation réfléchie de la langue », présenté comme émanant des programmes 2016 alors qu’il me semblait que cette formulation était plus ancienne. Vérification faite, l’expression « observation réfléchie de la langue » ne se rencontre pas dans les programmes 2016, où l’on trouve plutôt celle de « étude de la langue », terme qui englobe non seulement la grammaire mais aussi la conjugaison, l’orthographe et le vocabulaire.

La présidente du CSP affirme haut et fort que « la grammaire n’est pas négociable », et c’est cette expression qui est reprise pour donner un titre à l’article. Elle insiste également sur le retour d’un apprentissage complet du passé simple dès le CE2, là où les programmes actuels étalaient son apprentissage de façon progressive sur plusieurs années, en commençant par l’étude des seules troisièmes personnes, qui sont celles que l’on rencontre effectivement dans les récits.

Il est en outre question de l’écriture cursive, de la nécessité de limiter l’utilisation des outils informatiques (tablettes, ordinateurs), de l’apprentissage de la Marseillaise. Le recours aux Rectifications orthographiques de 1990 est supprimé. Souâd Ayada revient ensuite sur le nombre d’ouvrages intégraux à lire par année.

  • Europe 1

Le site Internet de la radio Europe 1 s’est également emparé de cette question. On apprend que c’est le 12 juillet que ce texte sera examiné par le Conseil Supérieur de l’Éducation, pour une entrée en vigueur dès la rentrée de septembre. Deux responsables syndicaux sont ensuite interrogés : Claire Krepper (SE-Unsa) et Francette Popineau (Snu-ipp).

Celles-ci pointent l’extrême rapidité avec laquelle sont arrivés ces  ajustements, ne laissant pas le temps aux nouveaux programmes de 2016 d’être évaluables. Ce « yo-yo » législatif donne en outre du fil à retordre aux enseignants. En outre, la dictée quotidienne existait déjà. L’article avance également l’idée selon laquelle il aurait été plus logique de maintenir l’apprentissage de la Marseillaise en CM1, où les élèves étudient la Révolution française, plutôt que de l’avancer en CE1 comme le proposent ces ajustements.

À la fin de l’article, les syndicalistes interrogées se demandent si ces ajustements ne sont pas davantage destinés à flatter l’opinion publique plutôt qu’à réellement faire progresser les élèves.

  • Libération

L’article paru dans Libération le 15 juin insiste avant tout sur l’inquiétude des syndicats et des enseignants face à de nouveaux programmes dont le contenu, à la date de publication de l’article, n’était pas encore officiellement dévoilé, et qui ne laisserait donc aux enseignants que les vacances d’été pour s’y préparer. Cette précipitation est jugée d’autant plus surprenante que les programmes de 2015, entrés en vigueur en 2016, ne sont pas encore pleinement appliqués.

L’article rappelle aussi que l’entrée en vigueur des programmes de 2015 s’est accompagnée de l’impression de nouveaux manuels mettant en œuvre ces programmes. Les écoles et collèges ont donc dû s’équiper de ces nouveaux ouvrages, ce qui a eu un coût non négligeable. Faudra-t-il à nouveau renouveler les manuels, alors que les livres actuels n’ont connu que deux rentrées scolaires ?

  • Boulevard Voltaire

Le site d’informations Boulevard Voltaire, « fréquemment classé à l’extrême droite » selon Wikipédia, se félicite au contraire de l’introduction de ces nouveaux programmes présentés comme un retour au bon sens. Ce site qualifie en effet d’ « aberrants » les programmes élaborés sous la présidence de François Hollande. L’article se félicite de ce que la « philosophie de Souâd Ayada » soit « résolument conservatrice ».

  • Mediapart

L’article de Catherine Chabrun, blogueuse pour Mediapart, manifeste son opposition à ces nouveaux programmes. La conclusion de l’article est, en ce sens, explicite : « L’enseignant est un exécutant qui forme des exécutants. On est loin de l’enseignant-chercheur et de l’enfant-chercheur qui ensemble lient et relient leurs découvertes et leurs connaissances. La classe n’est plus un espace humain coopératif, mais un espace où se juxtaposent des élèves dirigés par un enseignant qui suit une partition sans se permettre une seule note créative ! »

Ce que disent les sites spécialisés

  • Demain l’école

Le blog Demain l’école, qui affiche ouvertement dès son en-tête son soutien à Najat Vallaud-Belkacem, paru le 27 juin 2018, se lance dans une comparaison plus précise de ce qui changera avec des « ajustements ». Notons qu’à la date où cet article est paru, la version officielle de ces ajustements n’était pas encore publiée.

L’auteur de l’article pointe la plus grande place accordée à la lecture comme déchiffrage du « code », c’est-à-dire au fait d’apprendre la correspondance entre les sons et les lettres qui les transcrivent à l’écrit, au détriment de la lecture-compréhension (qui est pourtant celle où les lacunes sont les plus importantes d’après une conférence à laquelle j’ai assisté). Au cycle 3 également, les programmes concernant la lecture ont été raccourcis, se faisant beaucoup plus imprécis concernant les méthodes qui favorisent une meilleure compréhension.

De même, toujours selon cet article, la plus grande place accordée à la copie efface la mention, présente dans les programmes 2016, selon laquelle cette activité doit avoir du sens, et n’évoque qu’assez peu la production d’écrits. Les ambitions en termes d’expression écrite semblent ainsi revues à la baisse.

Cet article fustige également le retour à une nomenclature grammaticale traditionnelle, au détriment des propositions des programmes de 2016 qui avaient été pensés pour être plus accessibles. Exit, donc, les « compléments du verbe » et les « compléments de phrase », et bonjour aux COD, COI, compléments circonstanciels.

  • Le SNUipp

Le syndicat publiait fin juin un billet sur le sujet, où il s’étonnait de la rapidité avec laquelle ces « ajustements » seraient mis en place (publication en juillet pour une application en septembre) ainsi que du relatif secret dans lequel leur préparation s’est faite, le syndicat affirmant que peu de renseignements avaient été donnés à cette date. Le SNUipp parle ainsi d’une « mise en place à marche forcée ».

  • Le SNE

Le syndicat national des écoles ne semble pas avoir spécifiquement consacré d’article à ces « ajustements » parus pendant l’été. En revanche, il se montre favorable aux options pédagogiques prises par le ministre dans ses « priorités » publiées en avril et dans son guide pour le CP. Il note toutefois que, sans des soutiens financiers massifs permettant de donner du sens à cette politique, celle-ci restera lettre-morte.

Pour conclure

Cette revue de presse montre que de nombreux articles parus dans les médias nationaux et dans la presse spécialisée se sont fait l’écho d’un grand étonnement face à une réforme ressentie comme précipitée. Les professeurs seront en effet contraints de revoir la formulation de leurs progressions, de leurs fiches de préparation, de leurs contenus pédagogiques, dans un temps très court, tout en élaborant des passerelles pour leurs élèves, afin que ces derniers puissent notamment passer sans heurt d’une nomenclature grammaticale à l’autre.

Je reviendrai, dans un prochain article, sur le contenu même de cette réforme, en proposant des pistes permettant d’être à jour à la rentrée, sans pour autant y passer tout son été.

 

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