L’éducation à Poudlard

Rarement œuvre de jeunesse n’aura connu un tel succès. Et pour cause. Non seulement les romans successifs développent-ils un univers fantastique susceptible de faire rêver les jeunes lecteurs, mais celui-ci se révèle suffisamment proche des préoccupations des enfants pour susciter leur identification. Ajoutez-y des personnages attachants et une intrigue haletante, et vous aurez quelques-uns des ingrédients du succès des romans de J. K. Rowling. Aujourd’hui, je voudrais vous parler plus particulièrement de la vision de l’école véhiculée par les romans.

L’univers de Poudlard

Gloucester (Pixabay)

Il me semble que Poudlard, la prestigieuse école de magie que fréquentent Harry Potter et ses amis, permet tout à la fois à J. K. Rowling de critiquer le système éducatif actuel tel qu’elle le conçoit, et simultanément de présenter ses propres vues sur l’éducation.

La bibliothèque John Rylands (Pixabay)

En outre, elle paraît avoir voulu construire un univers éducatif susceptible de susciter l’adhésion des lecteurs, en peignant un monde finalement pas si éloigné de la réalité de bien des élèves.

En inscrivant dans Poudlard quelques uns des problèmes socio-éducatifs majeurs de notre temps, J. K. Rowling a voulu faire de son école de sorcellerie autre chose qu’une utopie éducative. En d’autres termes, l’école de Poudlard n’a pas été pensée par son auteur comme une école parfaite. Au contraire, pour servir les besoins de l’histoire, Poudlard fourmille d’obstacles que les jeunes héros devront surmonter, dans un univers qui se fait de plus en plus sombre d’un roman à l’autre.

L’aura du professeur

Un pont ferroviaire en Ecosse (Pixabay)

Les livres comme les films qui en sont issus montrent des professeurs qui suscitent le respect par leur seule présence. Je pense ici en particulier au professeur McGonagall et au professeur Dumbledore. Ces deux enseignants sont unanimement admirés par les élèves. On peut dire que, par leur présence, par leur prestance, ils forcent le respect. Les élèves leur font entièrement confiance. Hermione dit même à Harry dans l’un des films : « Tant que le professeur Dumbledore sera là, nous n’aurons rien à craindre ».

La bibliothèque de Chethams (Pixabay)

Il est intéressant de noter que ces professeurs n’ont pas besoin d’être jeunes ni « cools » pour forcer le respect. Ils représentent un équilibre exemplaire entre la sévérité et la bienveillance. Les élèves n’en mènent pas large lorsqu’ils sont sermonnés par l’un ou l’autre de ces professeurs. Mais ces derniers sont aussi extrêmement bienveillants, au-delà même de ce que l’on pourrait attendre d’un professeur. C’est ainsi que McGonagall offre son premier balai à Harry. Quant à Dumbledore, il est presque un père pour Harry.

Une école où on manipule

Wood (Pixabay)

Un des points forts de la pédagogie de J. K. Rowling, tels qu’ils transparaissent dans ses romans, est l’importance accordée à la manipulation. Certes, au-delà de la bonne pratique pédagogique, il s’agit aussi d’un impératif narratif : il n’aurait guère été intéressant de raconter par le menu des cours passés à simplement écouter et écrire.

Les livres comme les films qui en ont été tirés le montrent bien : les élèves de Poudlard font beaucoup de travaux pratiques. Ils rempotent des mandragores en prenant bien soin d’avoir un casque sur les oreilles. Ils s’exercent à faire léviter des plumes. Ils s’entraînent à transformer des souris en verre à pied (là, pour le coup, on peut y voir aussi une critique concernant l’intérêt des exercices). Ils apprennent à approcher des hippogriffes. Ils concoctent des potions. S’il y a des cours plus théoriques, ceux-ci, sans doute moins intéressants à raconter, sont passés sous ellipse (ainsi en est-il des cours d’arithmancie, très succinctement évoqués).

Une île sur un lac (Pixabay)

Il semblerait que, pour l’auteur, il vaut toujours mieux se confronter à la réalité concrète des choses plutôt que d’en rester à une présentation théorique. C’est ainsi que le garde-chasse Hagrid est-il admiré par les jeunes héros, même si les activités pédagogiques qu’il propose ne sont pas toujours sans risque, alors que Dolorès Ombrage est détestée par sa volonté d’imposer un programme strictement théorique. Les deux frères Weasley, qui sabotent les examens par un feu d’artifice magique, apparaissent ainsi sous un jour positif.

La salle des potions de Poudlard (pixabay)

On peut même considérer le roman comme un véritable plaidoyer pour une éducation centrée sur le concret. En effet, l’expérience concrète de Harry Potter, qui a été contraint par ses aventures de se confronter avec les forces du Mal, est jugée d’un plus grand secours que les cours abstraits du professeur Ombrage. C’est ainsi que les élèves se réunissent en secret dans l’une des salles du château pour suivre l’enseignement de Harry. L’idée selon laquelle l’apprentissage théorique est insuffisant fait consensus chez les élèves.

Un harfang des neiges, comme Hedwige (Pixabay)

Les habitués de ce blog savent combien je suis favorable à la découverte des notions par la manipulation. J’ai déjà expliqué en particulier que j’utilise souvent des étiquettes à découper, ordonner, classer, pour enseigner l’orthographe, le vocabulaire et la grammaire. Je vous renvoie aussi à mon article intitulé « Enseigner la conjugaison ».

Cependant, comme en toutes choses, il convient de se garder des excès. Comme un récent débat télévisé l’a bien montré, l’importance des savoir-faire, des compétences, ne doit pas occulter les savoirs, les connaissances. Dans un article paru dans les colonnes du Monde, Ilias Yocaris, maître de conférences à l’Université de Nice, montrait que le roman discrédite certains enseignements en les présentant comme soporifiques, en particulier les cours d’histoire de la magie (et, aussi, les cours de divination). L’auteur cherche ainsi à susciter l’identification du lecteur en lui présentant des apprentis-sorciers qui sont certes des héros de romans, mais qui ne sont pas pour autant toujours des élèves-modèles, et qui avouent s’ennuyer parfois en cours.

Une école de la compétition

Dans son article, Ilias Yocaris a montré combien l’un des aspects essentiels de la pédagogie poudlardienne est la compétition. Système de points, opposition entre les « maisons », concours entre écoles, joutes sportives, duels magiques… La compétition est rude entre les élèves. Si une saine émulation est parfois justifiée, on peut sans doute émettre des réserves quant à cette pratique lorsqu’elle est mise en place de façon aussi systématique.

Une école qui reflète les problèmes du monde réel

Oxford (image Pixabay)

Alors, oui, la saga Harry Potter a permis à son autrice de montrer des situations pédagogiques intéressantes, où les élèves se confrontent à la réalité concrète, dans une école qui ne connaît pas le manque de moyens ni de matériel. Cependant, il serait faux d’affirmer que Poudlard représente une école idéale pour J. K. Rowling. Celle-ci a en effet voulu que l’école de sorcellerie reflète certains problèmes de notre temps.

Les différents romans sont ainsi l’occasion d’aborder les questions de la violence entre les jeunes, du racisme (les élèves issus de « moldus » ont tendance à être discriminés par certains élèves qui se prétendent de « sang pur »), du respect des différences (une élève comme Luna Lovegood reçoit des moqueries). Oui, il n’est pas toujours facile d’être élève à Poudlard.

J. K. Rowling ne peint pas un univers éducatif idéal. Ainsi Gilderoy Lockart fait-il un bien piètre professeur de défense contre les forces du mal, puisque, malgré sa célébrité usurpée, il se révèle incapable de faire ce qu’il demande à ses élèves de faire, à savoir maîtriser des lutins de Cornouailles. Quand au professeur Slughorn, on peut lui reprocher de ne s’intéresser qu’aux élèves brillants, qu’il réunit dans son « club », au détriment du reste des élèves. Surtout, l’autrice ne manque pas d’égratigner un ministère de la magie éloigné de la réalité des classes, dirigé par un ministre qui s’entête à imposer sa vision des choses quand tout lui donne tort.

Un passage en particulier fait froid dans le dos, où l’on assiste à une immixtion du ministère dans les affaires de l’école. Les enseignants comme les élèves sont alors très étroitement surveillés : on assiste à un durcissement du régime en réaction à la menace de plus en plus forte des Mangemorts. La référence aux « heures les plus sombres de notre histoire » est explicite. Dolorès Ombrage, la « grande inquisitrice », prend alors les commandes de l’école en lieu et place du directeur Dumbledore. Au-delà des questions strictement scolaires, l’ouvrage pose ainsi la question de la réponse politique qu’il convient d’adopter face à une grande menace, avec l’idée que les mesures exceptionnelles prises pour protéger des valeurs n’ont aucun sens si elles impliquent de renier ces mêmes valeurs.

*

C’est finalement un univers assez complexe qu’a peint J. K. Rowling. Un monde qui n’est ni tout noir, ni tout blanc. Un monde qui, par conséquent, ressemble au nôtre. On peut sans doute y voir une sorte de miroir déformant de notre société, avec ses qualités et ses défauts. L’école de Poudlard a, on l’a vu, des défauts, il ne s’agit pas d’une école idéale, et elle n’a pas été voulue telle par son auteur, mais elle reste, malgré tout, pour les personnages, un repère dans un univers magique qui devient de plus en plus hostile. Un peu comme l’école d’aujourd’hui qui a certes des problèmes, qui est travaillée par les tensions de la société, mais qui demeure, malgré tout, un lieu de culture et d’apprentissage dont nous pouvons être fiers.


La parole est à vous

Et vous, auriez-vous aimé être élève à Poudlard ? Auriez-vous aimé y enseigner ? Laquelle des matières magiques vous attire le plus ? Aimeriez-vous que l’école réelle ressemble à Poudlard ?

31 commentaires sur « L’éducation à Poudlard »

  1. Les deux ! Élève chez Grifondor en même temps qu’Harry puis prof de potions ! Mais dans une belle salle aérrée et lumineuse pas dans celle de Rogue ! 😂 bon ok j’me réveille !

    Aimé par 1 personne

  2. Prof en section pro à Poudlard, option bijouterie. Pour leur apprendre à forger un anneau pour les gouverner tous. Un anneau pour les trouver. Un anneau pour les amener tous et… Merde je me trompe d’univers.

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  3. Oh oui ! Pouvoir visiter la fameuse bibliothèque et rencontre cette Mme Pince (histoire de voir si elle est si terrible que dans les livres).

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  4. A la rencontre de Irma Pince : quiconque aurait l’imprudence de déchirer, lacérer, tordre, plier, abîmer, dégrader, souiller, tacher, jeter, laisser tomber ou détériorer ce livre de quelque manière que ce soit, de le maltraiter ou de lui manifester le moindre manque de respect, devra en subir des conséquences que je m’efforcerai de rendre aussi douloureuses que possible.. grrrrrrrrrrr

    Aimé par 1 personne

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