Pourquoi j’aime écrire

Je me souviens d’un soir d’hiver, dans la maison de montagne de mes grands-parents. Mon père, assis à la longue table de la salle à manger, avait devant lui un cahier de dessin grand format, à couverture rouge. J’étais assis à côté de lui, et, ensemble, nous inventions l’histoire extraordinaire de deux petites souris partant à la découverte de mondes souterrains insolites. Mon père dessinait les personnages étranges et les lieux mystérieux rencontrés par les deux héroïnes. D’autres jours, il représentait sous forme de bande dessinée les aventures temporelles du professeur Fireball, en me laissant le soin de terminer l’histoire. Je devais avoir entre cinq ans.

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L’histoire des petites souris (© Gabriel et Gérard Grossi)
Une base lunaire en Legos dans un décor de bac à sable (photo personnelle)

Plus tard, nous avons aussi utilisé les Legos comme support pour l’imagination d’une histoire plus élaborée, quand j’avais six ans. La base lunaire que nous avions construite servait de point de départ à une aventure racontée sous forme de roman photo. La petite figurine à tête jaune a ainsi été photographiée dans le jardin. Un tuyau en plastique figurait un tunnel souterrain percé par une excavatrice. Les bosquets de prêles représentaient une forêt cachée dans les entrailles de la Lune. Un dinosaure en plastique à été recouvert de pâte à modeler pour permettre au héros de se fixer sur son dos. Mon père m’a ensuite montré comment taper le texte à la machine pour le placer en regard des photos dans un petit album. Il m’a aussi enregistré lisant l’histoire tandis qu’il ajoutait bruitages et musiques de sa composition. Je me revois dans le garage, où se trouvait le matériel de musique de mon père, en train de lire notre récit devant le micro.

Un an plus tard, nous inventions l’histoire de Kiltor Dawson, archéologue britannique ayant trouvé dans les sous-sols de la Tour de Londres la carte d’un mystérieux château en Arabie. Des maquettes de 4×4 posées sur des photographies publicitaires ont permis d’illustrer le voyage de Kiltor dans le désert arabe. Mon père a ensuite créé tout un jeu de société reproduisant les différentes étapes de l’aventure de notre héros écossais.

Quelques années plus tard, l’été entre le CM2 et la sixième, mon père m’a proposé de réécrire cette histoire avec un degré d’exigence et un niveau de langue adaptés à mon plus grand âge. Mon père écrivait sous ma dictée sur des feuilles de classeur colorées. Nous venions d’acquérir un ordinateur. Je me revois en train de remettre au propre cette nouvelle version de l’histoire. Mon père a, de son côté, créé la couverture grâce à un logiciel de dessin vectoriel.

Puis, en sixième, ma prof de français m’a proposé de participer à un concours d’écriture poétique. Je me souviens de nombreux allers-retours de la copie, mon père et la prof réclamant des modifications, des améliorations. Le jeu en a valu la chandelle, puisque j’ai finalement obtenu le troisième prix avec un poème sur la mer intitulé « miroir ». Le poème à été publié dans un recueil intitulé « Le lézard amoureux », aux éditions L’Amourier. J’avais entre 10 et 11 ans. Au collège, d’autres concours ont suivi, proposés par ma prof de français.

Écrire reste pour moi, depuis cette époque, une activité indispensable. Plus que lire, j’aime écrire. J’aime inventer des histoires, jouer avec les phrases et les mots, trouver la façon de dire qui corresponde vraiment à ce que je ressens. Je ne compte plus les heures passées devant mon ordinateur, où je préférais le logiciel de traitement de textes aux jeux vidéos. Écrire aujourd’hui m’apparaît comme la continuation de ces moments privilégiés avec mon père. Alors, en ce jour de fête des pères, je voudrais lui dire merci.

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6 réflexions au sujet de « Pourquoi j’aime écrire »

  1. Merci infiniment ! Votre père est formidable !

    Un texte et un souvenir très émouvant qui me remémore les correspondances entre mon grand-père et moi pendant mon enfance. Nous habitions loin et échangions des courriers où nous glissions chacun notre tour des récits du quotidien et des dessins également. J’ai gardé ses lettres qui étaient magnifiques !
    Plus tard, vers 13 ans peut-être, mon grand-père m’a offert un simple cahier d’écolier intitulé « cahier de pensées ». J’y ai d’abord écrit des extraits de mes lectures, des chansons que j’aimais, ses lettres bien sûr, avant d’y consigner mes premiers poèmes.

    J’écris toujours, mon premier recueil est d’évidence intitulé « Correspondances ».

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