De la détresse enseignante

Depuis que je suis sur Facebook, je me suis inscrit à plusieurs groupes d’entraide entre enseignants. C’est l’occasion pour des profs de toutes disciplines, de tous niveaux et de tous horizons, d’échanger des conseils, des idées, des solutions pratiques. Or, il est très fréquent qu’en plus des questions techniques ou des demandes d’aides ponctuelles, on lise de véritables appels au secours, qui témoignent d’une détresse parfois grande. Cela ne peut pas laisser indifférent.

Un métier difficile

Homme portant un livre (Pixabay)

Même quand tout se passe bien, enseigner reste un métier difficile, aussi passionnant qu’il est prenant. La mission des enseignants implique une immense responsabilité, puisque ce sont des êtres humains, des enfants, ce qu’une nation a de plus précieux, qu’on leur confie, avec le devoir de les aider à grandir, à apprendre, à évoluer.

Parfois, cette difficulté est accrue par des circonstances particulières qui rendent l’exercice du métier encore plus ardu : éloignement du lieu de travail par rapport au domicile, fractionnement du travail sur plusieurs établissements, effectifs trop chargés, insuffisance des aides permettant la prise en charge du handicap physique et mental, manque de dialogue au sein de l’équipe enseignante, mauvais rapports entre les parents et les enseignants, forte présence de violence et de misère dans le quartier, enfants ingérables…

À ces conditions parfois difficiles s’ajoute un discours ambiant culpabilisant. Les idées reçues sur les professeurs, souvent présentés comme des privilégiés qui ne devraient pas se plaindre, comme des fainéants qui en font le moins possible, compliquent les relations entre les enseignants et les familles, alors même que, bien souvent, les professeurs ne comptent pas leurs heures.

Des choses simples à mettre en place

Alors, que faire ? Que peut-on mettre en place pour éviter d’en arriver à cette grande détresse exprimée par les enseignants sur les réseaux d’entraide ? Bien évidemment, les solutions sont spécifiques aux conditions particulières. Néanmoins, je crois qu’il n’est pas inutile de regrouper ici quelques-uns de ces « trucs » qui n’ont rien de magique, qui ne sont certainement pas des solutions-miracles, mais qui peuvent malgré tout aider, ne serait-ce qu’un peu, à exercer ce métier avec davantage de sérénité.

Je n’ai choisi que des choses que j’ai moi-même testées dans ma classe et dont je peux, par conséquent, parler. Je ne prétends pas que cela soit toujours efficace, mais en tout cas ce sont des dispositifs que j’aime bien.

L’énigme du matin

Quand mes élèves de CE1/CM1 arrivent en classe, ils trouvent projetée au tableau un diapositive PowerPoint qui leur pose une question.

  • Le lundi, c’est une énigme orthographique, par exemple : « Je suis bleue, suis-je la mer ou le ciel ? ».
  • Le mardi, c’est une énigme mathématique, par exemple : « J’ai 15 dizaines, 12 centaines et 3 unités. Quel nombre suis-je ? »
  • Le jeudi, c’est une énigme artistique, sous la forme d’une question ouverte autour d’une œuvre d’art (tableau, sculpture, dessin…). Par exemple : « Trouve un titre à ce tableau. »
  • Le vendredi, c’est une question scientifique, en rapport ou non avec ce qui est fait pendant la période en sciences. Par exemple : « De quel côté la balance va-t-elle pencher ? »

L’objectif de ce dispositif est de permettre aux élèves rapides à s’installer de se mettre d’emblée dans une posture d’élève, en faisant preuve de réflexion. Ils doivent écrire ce qu’ils en pensent sur leur ardoise, sans déranger les autres. Pendant que les élèves réfléchissent, j’ai le temps de noter les absents ou de préparer la suite des apprentissages. Un bref temps d’échange collectif permet ensuite de faire le point sur la solution et la manière d’y parvenir, étant entendu qu’il n’y a pas toujours une réponse unique.

Les limites de ce dispositif sont que les élèves ne sont pas toujours conscients, même après qu’on le leur ait expliqué, que ce moment de réflexion fait pleinement partie du travail scolaire. Une fois que l’attrait de la nouveauté s’est émoussé, certains enfants ont tendance à laisser les autres réfléchir et à négliger cette activité au profit d’occupations plus bruyantes.

L’écoute musicale en début d’après-midi

Musique classique (Pixabay)

De la MS au CM2, cela fait du bien de commencer l’après-midi par un petit moment d’écoute active de morceaux de musique.

  • Chaque lundi, je propose l’écoute d’un nouveau morceau, suivi d’un bref temps d’échange sur le ressenti instinctif des élèves.
  • Le mardi, les élèves ont pour consigne supplémentaire d’identifier les instruments, les structures musicales (accélérations, augmentations d’intensité, retours de phrases musicales…), les émotions dégagées.
  • Le jeudi, j’apporte des informations sur le titre, l’auteur, la période, tout en invitant les élèves à se rappeler de ce qui a déjà été dit les deux jours précédents.
  • Le vendredi, je fais écouter un morceau différent qu’il s’agira de comparer au premier. Par exemple, après une semaine passée sur L’été de Vivaldi, je leur ai fait écouter une version rock. Après avoir écouté Ainsi parlait Zarathoustra de Strauss, nous avons comparé avec le thème de Superman de John Williams.

C’est un moment généralement agréable pour les élèves comme pour l’enseignant. J’ai fini par tolérer que les enfants dessinent silencieusement et librement pendant ce temps d’écoute, car certains élèves ne parviennent pas à ne rien faire qu’écouter. J’ai pu me rendre compte que cela n’impliquait pas nécessairement une moins bonne écoute. En revanche, les bavardages sont interdits.

Il importe également de ne sélectionner que des extraits musicaux relativement courts. Je ne dépasse que rarement les trois minutes. Au-delà, trop d’élèves finissent par faire tout autre chose, et l’activité perd de son sens.

Les moments de transition

Passer d’une activité à l’autre n’est pas évident pour les élèves. Il importe de veiller à ce que le matériel de l’activité précédente soit rangé avant d’entamer la séance suivante. J’aime bien demander à ce qu’il n’y ait plus rien sur les tables, en comptant jusqu’à dix afin de limiter la durée de ce temps de rangement. Les élèves les plus rapides sont alors récompensés en gagnant un point sur l’échelle du comportement.

Je propose aussi régulièrement des jeux de rythmes à reproduire, en tapant dans ses mains, sur ses genoux, etc. En début d’année scolaire, tous mes élèves se sont plu à essayer de reproduire les rythmes. En fin d’année, seuls les plus jeunes restent motivés, tandis que les CM1 ont tendance à trouver cette activité trop infantilisante.

Le tétra-aide

Le tétra-aide (Source : académie de Dijon)

J’ai également eu recours à ce que l’on appelle, par jeu de mots, le « tétra-aide ». Il s’agit d’un tétraèdre de papier, que les enfants construisent par pliage et collage, indiquant selon un système de couleurs le degré d’urgence avec lequel les élèves ont besoin que le maître se rende auprès d’eux pour les aider.

Cela permet à l’enseignant d’établir des priorités dans les aides à fournir, et aux élèves de se demander s’ils sont capables de différer la demande d’aide en essayant d’abord de s’en sortir seuls. Surtout, cela permet d’éviter d’être continuellement apostrophé par des appels à l’aide bruyants. Plusieurs sites Internet mentionnent cet outil, dont celui de l’académie de Dijon.

Cependant, l’habitude étant, comme on sait, une seconde nature, il est extrêmement difficile pour certains élèves de ne pas héler directement l’enseignant, surtout lorsque, comme c’est mon cas, on accourt rapidement à l’aide de certains élèves, même lorsqu’ils n’ont pas demandé cette aide avec le silence requis…

La clochette du silence et la musique du calme

J’ai acheté chez Nature et Découvertes une petite clochette au son très doux, qui est actionnée lorsque le bruit devient trop fort. Un tel dispositif est utilisable à tous les niveaux d’enseignement, de la petite section au collège, voire au-delà.

En début d’après-midi, je passe un temps assez long à distribuer les travaux corrigés. En effet, ma classe à fort effectif ne me permet que rarement de corriger « en direct » chaque élève, et les longs embouteillages que je dois traverser chaque jour ne me permettent pas toujours d’avoir le temps de corriger du jour pour le lendemain. Aussi arrive-t-il certains jours que je doive distribuer plusieurs copies d’affilée.

Ce temps de distribution et de rangement, peu pédagogique, peut devenir bruyant et agité pour peu qu’il dure un peu plus que prévu. La seule astuce que j’aie trouvée est la diffusion d’une musique douce : si les élèves ont du mal à entendre la musique, c’est qu’ils font trop de bruit.

La relaxation

Lorsque je sens mes élèves un peu tendus, j’utilise, comme beaucoup d’autres enseignants, la relaxation « Calme et attentif comme une grenouille », adaptée aux enfants. Prendre conscience de sa respiration, de son corps, de son état intérieur, permet de remarquer que, lorsque l’on n’y prend pas garde, une multitude de mouvements et de pensées parasitent notre calme intérieur. C’est un bon moyen de revenir au silence après une phase plus active.

Certains élèves s’impliquent fortement dans cette activité et apprécient ces moments reposants. Ils prennent conscience que l’on n’est pas obligé d’être en permanence en train de faire quelque chose. D’autres en revanche ont beaucoup de mal à être immobiles et silencieux. Certains semblent même mal à l’aise avec ce calme, comme s’ils n’avaient pas l’habitude de se retrouver seuls avec eux-mêmes, comme s’ils percevaient le silence comme un vide inquiétant.

C’est pourquoi je tolère que les enfants fassent des activités calmes comme du coloriage pendant ce temps de relaxation, du moment qu’ils ne parlent pas et n’empêchent pas les élèves qui le désirent de se concentrer sur leur respiration et leurs pensées. Ils n’ont pas le droit, à ce moment-là, de se lever ni de parler.

Les interventions de l’association Sève

Frédéric Lenoir à Genève en 2013 (Orizoninfini, Wikipédia, image recadrée)

Fondée par le philosophe Frédéric Lenoir, l’association Sève intervient dans de nombreuses écoles pour mettre en place des ateliers philosophiques. Lorsqu’il m’a été proposé de faire participer ma classe, j’ai sauté sur l’occasion. Il y a, pour l’instant, eu trois séances, centrées sur une question philosophique à laquelle les élèves sont invités à réagir en nuançant progressivement leur opinion et en dépassant le cas particulier pour aller vers le général et l’abstrait. Les sujets ont été : « Qu’est-ce qui rend heureux ? », « Est-il utile de respecter les règlements ? » et « Peut-on rire de tout ? ».

Les règles de la classe

Concernant les règles de la classe, je ne fais rien que de très classique : construction collaborative des règles en début d’année, sanctions prévues par les élèves eux-mêmes en fonction du degré de gravité, utilisation de couleurs du comportement avec des étiquettes-prénom passant de l’une à l’autre.

Pour ce qui est des sanctions, on m’a dit beaucoup de bien des rédactions de réflexion, où les élèves doivent mettre des mots sur ce qu’ils ont fait, expliquer en quoi ce comportement n’était pas adapté, et imaginer une meilleure façon d’agir. Cependant, je suis assez réservé sur cet outil qui, certes, est hautement pédagogique, mais qui tient très peu compte, je trouve, des difficultés que rencontrent certains élèves à rédiger. Du coup, il arrive que certains élèves n’écrivent rien, ou répondent par une pirouette.

Il me semble que la copie d’une leçon est une activité plus abordable, immédiatement compréhensible par les élèves, et malgré tout relativement pédagogique puisque l’on est en droit d’espérer que cette activité de copie favorise l’apprentissage de la leçon.

Souhaitant valoriser les comportements positifs plutôt que toujours sanctionner les comportements négatifs, j’ai mis en place, sur le modèle d’une collègue avec qui je partageais ma classe l’an dernier, un système de points du comportement. En début de semaine, les élèves ont tous 0 points : leurs étiquettes-prénom sont toutes fixées sur une feuille blanche. Les bons comportements leur permettent de monter dans la couleur verte (+1) ou bleue (+2), tandis que les moins bons comportements les feront descendre dans la couleur jaune (-1) ou rouge (-2). Le lundi matin, les scores de la semaine précédente sont reportés sur une feuille de suivi. Les élèves au meilleur comportement sont alors prioritaires pour se voir confier des responsabilités. À l’issue de chaque période, le ou les élèves qui ont obtenu le plus de points sont récompensés en recevant un petit livre à la rentrée suivante. Chaque semaine, les moins bons comportements sont également sanctionnés par un bref temps de réflexion pris sur la récréation.

Régler les disputes de cour de récré

Les enfants étant des êtres humains, il arrive qu’ils se disputent. Il importe alors de distinguer ce qui n’est qu’une chamaillerie sans gravité et ce qui relève de violences verbales plus graves, ce qui n’est d’ailleurs pas évident. Il importe que ces événements, qui finissent inévitablement par survenir comme en tout lieu concentrant un grand nombre d’êtres humains, ne parasitent pas les apprentissages. En effet, les émotions intenses telles que la colère ou la tristesse nuisent à la sérénité nécessaire aux apprentissages.

S’il suffit généralement d’une brève discussion entre les élèves concernés, certains enfants ont en revanche le plus grand mal à laisser de côté leurs rancœurs. Le problème est qu’il est parfois difficile de régler le différend d’une façon juste, en particulier lorsque l’enseignant ne possède pas de preuve tangible des faits, comme c’est généralement le cas lorsqu’il s’agit d’un échange de paroles. Les élèves restent alors obnubilés par la volonté de prouver qu’ils ont raison, que c’est l’autre qui a commencé. Ils doivent comprendre que la chronologie des faits ne saurait être une excuse, et que tout acte de violence est condamnable, même s’il intervient en réponse à une autre violence.

Anticiper les dysfonctionnements

Il est parfaitement normal que les séances que vous avez prévues ne fonctionnent pas toujours aussi bien que vous l’aviez espéré. Aussi est-il très utile d’anticiper les dysfonctionnements, afin de pouvoir les parer avant même qu’ils n’aient lieu. Prévoir des adaptations, penser à des aides supplémentaires à apporter à certains, réfléchir à la durée de chaque étape de la séance, permettent d’éviter bien des désagréments.

Dans l’organisation de la journée, on évitera ainsi de faire se succéder deux séances très exigeantes, telles que des séances de découverte demandant de se confronter à des difficultés nouvelles. Les formateurs parlent beaucoup des séance de découverte, des situations-problème, des activités de recherche par groupe, qui sont en effet des temps d’apprentissage très riches. À force, on a tendance à croire que l’école n’est qu’une succession de séances particulièrement riches et innovantes. Mais il ne faut pas oublier non plus de prévoir des séances plus modestes, moins intellectuellement coûteuses, moins difficiles et donc plus rassurantes pour les élèves. La copie, par exemple, est un moment calme et silencieux, qui fait du bien aux élèves parce qu’il n’y a rien à faire qu’ils ne sachent faire, et qui leur permet de se « poser ».

S’il est certain qu’une telle anticipation aide énormément à améliorer le climat de la classe, parce que tout est calibré pour que tout se passe bien, il est non moins certain qu’un tel degré de préparation est extrêmement chronophage. Cela peut représenter parfois des heures de travail en amont de la séance. Aussi est-il impossible d’avoir une gestion aussi minutieuse pour tous les instants de la journée, et il faut l’accepter.

En particulier, je pense que les enseignants stagiaires, qui débutent dans le métier, doivent prendre conscience que certains conseils donnés par les formateurs ne sont pleinement applicables qu’après plusieurs années d’exercice, et qu’il vaut mieux parfois réussir à mener des séances modestes, qu’échouer à conduire des séances ambitieuses et innovantes.

Oser échouer

C’est assez banal, mais je pense qu’il faut oser échouer. On ne trouve le juste équilibre, la bonne attitude, le bon geste professionnel, qu’en en testant successivement plusieurs, et en voyant lesquels réussissent, et lesquels ratent. Il ne faut pas désespérer si certaines pistes essayées ne fonctionnent pas.

Par exemple, j’ai récemment essayé de donner plus d’autonomie à mes élèves en littérature. Jusqu’à présent, je proposais un travail très guidé, où l’effort de compréhension était pour ainsi dire pré-mâché par des dispositifs tels que carte de récit, liste des personnages, passage par l’illustration, etc. Et là, en fin d’année, j’ai voulu laisser mes élèves comprendre seuls un chapitre de roman et répondre au questionnaire associé, pour voir un peu de quoi ils étaient capables sans assistance, sachant qu’un gros travail sur les première et quatrième de couverture était censé avoir levé les principaux problèmes de compréhension. Résultat : plantage total, les élèves ont rencontré beaucoup de difficultés, au point que certains ont même abandonné l’activité.

Dont acte : lors de la séance suivante, je suis arrivé avec des aides spécifiques pour assurer ce que C. Tauveron appelle la compréhension a minima. J’ai demandé aux élèves de retrouver le nom et le métier de chaque personnage, en indiquant explicitement le numéro des pages du roman concernées : cette aide était nécessaire pour certains élèves qui ont encore du mal à manipuler des textes longs de plusieurs pages, et considèrent comme insurmontable la tâche de faire des allers-retours dans le texte.

J’ai ensuite travaillé sur le lieu, en proposant aux élèves un schéma du lieu décrit dans le chapitre. Sous le schéma, j’ai réuni des citations numérotées du texte, correspondant à la description de certains aspects de ce lieu. Les élèves devaient placer le numéro des citations sur la bonne partie du schéma.

Bref, tout cela pour dire que c’est normal que toutes les séances ne soient pas optimales. Vous n’entendrez que rarement vos collègues raconter leurs échecs, ce qui peut risquer de vous enfermer dans l’idée que vous ne seriez pas à la hauteur. Rassurez-vous, des échecs, tous les profs en rencontrent, et il n’y a rien là que de très normal. L’essentiel étant d’être capable de rebondir en proposant ensuite les adaptations nécessaires.

Et quand tout ça ne marche pas ?

Les dispositifs de gestion de classe présentés plus haut marchent bien chez la plupart des élèves. En revanche, n’espérez pas que cela ait la même efficacité sur des élèves en très forte opposition, en conflit avec les adultes, en proie à des troubles psychologiques… Ceux-là ont besoin d’aides spécifiques.

Je crois qu’il est important pour un enseignant d’accepter que certaines situations dépassent son domaine de compétences. C’est important pour le maintien de son estime de soi, laquelle est indispensable à l’équilibre personnel autant qu’à un exercice serein du métier. Il faut accepter de ne pas toujours réussir à amener les élèves là où l’on voudrait.

Aussi est-il important de savoir demander de l’aide et des conseils, sans chercher à tout vouloir résoudre seul dans son coin. Les collègues de l’école sont les premières ressources : ils connaissent parfois vos élèves pour les avoir déjà eus dans leur classe, ils peuvent vous conseiller. Il ne faut également pas hésiter à faire appel au psychologue scolaire, lequel est apte à identifier des troubles psychologiques ou cognitifs qui dépassent la compétence d’un enseignant seul. Le problème est que, généralement, ceux-ci sont bien trop peu nombreux pour permettre un suivi efficace.

Demander de l’aide n’est pas un aveu de faiblesse mais au contraire une marque de sagesse. Parfois, l’on n’a besoin de rien d’autre que d’une oreille bienveillante : voyez qui, parmi votre famille ou vos amis, peuvent jouer ce rôle. Parfois, la situation appelle des conseils plus techniques : il faut alors savoir se tourner vers des collègues, des supérieurs, des psychologues… Lorsqu’il s’agit de problèmes graves, tels que des phénomènes de violence, d’insultes, d’incivilité, etc., il n’y a guère de solution que collective, décidée en équipe.

Savoir se préserver

Si vous ne vous sentez pas à l’aise pour rencontrer un parent en colère, n’hésitez pas à faire appel au directeur de l’école ou à un autre enseignant. Dans certaines situations, il peut être utile de faire appel à un syndicat ou à l’Autonome de Solidarité Laïque.

S’il vous arrive fréquemment d’aller à l’école avec de fortes angoisses, vous pouvez également en parler à votre médecin. Obtenir quelques jours de repos n’est parfois pas du luxe. N’écoutez pas ceux qui ne manqueront pas de vous accuser de paresse, et pensez d’abord à retrouver vos forces.

Il importe également de ménager des plages de temps où vous ne pensez pas du tout à la préparation de vos cours. L’enseignement est un métier particulier dans la mesure où il empiète énormément sur la vie personnelle. Nous sommes toujours en train de penser à des idées de leçons, à de nouvelles façons de faire, à des adaptations à proposer… Le métier d’enseignant implique une grande inventivité, au point que l’on peut dire que tout enseignant est un enseignant-chercheur…

D’où l’importance de savoir se « couper » de temps en temps de l’école, de ménager des horaires exclusivement consacrés au loisir, quitte à ce que certaines préparations n’atteignent pas le plus grand degré de perfection, quitte à ce que certaines corrections soient rendues avec quelques jours de délai. Il importe aussi de ne pas se laisser hanter par des enfants pénibles, des parents exigeants ou colériques… Si je fais parfois la classe en costume-cravate, c’est aussi pour avoir le moyen, en me changeant de retour chez moi, de « couper » symboliquement le lien avec l’école.

*

Voilà, j’espère que cet article aura permis de répondre aux questions les plus courantes et viendra en aide à un grand nombre d’enseignants. Pour toute question, remarque ou complément d’informations, n’hésitez pas à laisser un petit commentaire ci-dessous. Merci de commenter directement sous cet article, plutôt que sur Facebook, afin que vos questions et remarques puissent être accessibles par tous les lecteurs de l’article.

10 commentaires sur « De la détresse enseignante »

  1. Très vrai et je prends quelques idées 😊 certaines autres sont déjà appliquées. En ce qui concernent les « sanctions » je convoque les enfants concernés et leur demande à tous de trouver une façon de faire autrement pour éviter que le problème se reproduise… je leur laisse 3/4 min pour réfléchir. Ça marche sur tous les groupes d’enfants de mon école.

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  2. Excellent article surtout en fin d année où l on est fatiguée, jamais satisfaite totalement de ce que l on a fait malgré le temps et l énergie consacrés. De vraies pistes qui serviront à démarrer à la rentrée. Merci à l auteur et aux collègues qui ont partagé.

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