La Tinée sous les étoiles

Pascal et Florent ne sont pas seulement des collègues sympas, rencontrés quand j’enseignais à l’école de Levens, mais aussi des artistes qui méritent, chacun dans leur domaine, d’être davantage connus. Ils viennent de publier un magnifique ouvrage à quatre mains, intitulé Sous les étoiles de la Tinée, Contes et légendes. Quelques mots sur ce livre qui est aussi un bel objet.

La Tinée mystérieuse

La couverture du livre de Pascal Colletta et Florent Dubreuil

On oublie parfois que les Alpes maritimes ne se réduisent pas à l’étroite frange littorale que Stephen Liegeard baptisait « côte d’Azur » il y a plus d’un siècle. Il suffit de s’enfoncer de quelques kilomètres à l’intérieur des terres pour qu’apparaisse un paysage de collines qui deviennent très vite de hautes montagnes.

Le Var, principal fleuve du département, se subdivise, lorsqu’on remonte son cours, en plusieurs rivières qui ont donné leur nom à autant de vallées : le Var lui-même, la Vésubie, et la Tinée. C’est ce territoire de la Tinée — célèbre notamment pour ses stations de ski dont celle d’Isola 2000 — que Pascal Colletta et Florent Dubreuil nous dévoilent de façon plus intime, l’un, en contant ses légendes, l’autre, en photographiant ses villages sous la nuit étoilée.

Vision nocturne d’un village de la Tinée (photo Florent Dubreuil)

Saint-Dalmas-le-Selvage, Saint-Étienne-de-Tinée, Roure, Rimplas, Ilonse, Marie, Clans, Bairols, Tournefort… C’est une vie rurale et alpine que récits et photographies mettent en évidence. Les contes portent la mémoire d’une époque où il n’était guère facile de se déplacer d’un village à l’autre, sinon à dos de mulet. Le nom même d’Isola dit assez le caractère retranché de ces villages haut perchés, où vivre était une conquête de chaque instant pour apprivoiser la nature.

Textes et photographies rappellent aussi que ces villages sont porteurs d’une histoire multi-séculaire, parfois même millénaire. Je me souviens qu’en visitant une église de Valdeblore, je lus avec surprise qu’elle datait de l’an mil, ce qui n’est pas si fréquent. Et la presse vient récemment de se faire l’écho de fouilles archéologiques témoignant d’un important site gaulois au cœur de la Tinée.

La nuit comme écrin

Le village de Bairols dans « Sous les étoiles de la Tinée » (photo Florent Dubreuil)

La nuit est un temps propice à la rêverie, à l’introspection, à la contemplation des étoiles, à l’écoute de contes et de légendes lors de veillées tardives au coin du feu. Des contes, Pascal Colletta en a recueilli un bon nombre, auprès des anciens des villages de la Tinée. En les retranscrivant, l’auteur, natif d’Ilonse, permet à ce patrimoine oral de connaître une nouvelle vie, et de faire connaître à un plus grand public une culture montagnarde qui lui est chère.

Ces légendes alpines trouvent un écho dans les photographies féériques de Florent Dubreuil, qui donnent à voir les paysages nocturnes sous la voûte étoilée, en lumière naturelle. En effet, le photographe a obtenu des municipalités qu’elles éteignent, le temps d’une nuit, leur éclairage public, de manière à laisser luire la lune et les étoiles.

La nuit est ainsi un véritable trait d’union entre les contes et les photographies. L’ouvrage est particulièrement réussi en ce qu’il s’agit véritablement d’un livre à quatre mains, où l’image et le texte se font face à parts égales, et non simplement d’un livre illustré.

Des contes et légendes du temps passé

Les contes recueillis par Pascal Colletta sont savoureux par leur simplicité et leur merveilleux. Ici des fées, là des loups, peuplent les nuits de la Tinée. L’âne et le mulet ont également une place importante. Et puis il y a le « masch », le sorcier…

Loin de se contenter de simplement retranscrire les légendes rapportées par les anciens des villages, l’auteur a su nous les livrer dans une langue simple, débarrassée des scories de l’oral, tout en parvenant à préserver toute la fraîcheur de leur oralité. On apprend ainsi que les étrangers à la Tinée sont appelés des « doryphores », du nom d’un insecte nuisible pour les cultures.

Surtout, Pascal Colletta a fait l’excellent choix de rapporter certains discours directs en langue gavote, le dialecte local encore un peu parlé ici ou là, avec bien entendu la traduction en bas de page. Le lecteur a ainsi accès à la saveur originelle de ces contes et légendes, prenant de ce fait connaissance d’un pan de culture qui, sans ce travail, risquerait bien de rapidement se perdre.

Des images féériques

La table d’orientation à Ilonse (photo Florent Dubreuil)

Ces contes et légendes sont associés, grâce aux photographies de Florent Dubreuil, aux paysages qui les ont vu naître. Les différents récits sont en effet classés selon le village où ils ont été recueillis, si bien que parcourir l’ouvrage revient à sillonner le territoire de la Tinée.

Les photographies, tournées vers le ciel, donnent à voir les clochers et les ruelles sous les étoiles, mais aussi les villages recroquevillés au pied de sommets enneigés. Les poses longues permettent à la couleur de se révéler avec intensité.

« J’aime bien voir mes photos comme une nuit idéale, une nuit rêvée, explique Florent Dubreuil. On voit les étoiles, les paysages en couleur comme en plein jour, mais on a le calme et le côté mystérieux qu’offre la nuit. »

Toutes les photographies qui illustrent cet article sont de Florent Dubreuil, qui m’a aimablement autorisé à les reproduire. Je vous laisse admirer la belle luminosité qui se dégage de ces paysages nocturnes sublimés par le talent du photographe. Je vous invite aussi à consulter la page Instagram de l’artiste, ainsi que les pages Facebook intitulées « Villages sous les étoiles » et « Sous les étoiles de la Tinée ».

Autoportrait sur la Cime de la Bonette. #nightscape #sonyalpha

Une publication partagée par Florent Dubreuil (@flodubreuil) le

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Renseignements pratiques

  • Références de l’ouvrage : Pascal Colletta, Florent Dubreuil, Sous les étoiles de la Tinée, Contes et légendes, Saint-Laurent-du-Var, éditions Mémoires Millénaires, avril 2018. ISBN : 978-2-919056-62-0. Prix : 18 €.
  • Actualité des auteurs : Dans le cadre du festival du livre de Nice, les auteurs dédicaceront le livre au jardin Albert Ier, à Nice, les 2 et 3 juin. • Vous retrouverez ensuite Florent Dubreuil le samedi 16 juin, à 15 h, à Mouans-Sartoux, pour une expo-rencontre-dédicace qui se tiendra au forum Arts et Livres. L’exposition durera du 6 au 23 juin. • Enfin, notez que des « photos rencontres » auront lieu à Saint-Sauveur-sur-Tinée les 14 et 15 juillet prochains.
  • Par ailleurs, vous serez peut-être intéressé par les articles de ce blog traitant de cultures occitanes et niçoises, notamment celui sur le parler tendasque qui est l’un des tout premiers articles de ce blog.

 

3 commentaires sur « La Tinée sous les étoiles »

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