Souvenirs de lecture

Je vais essayer aujourd’hui de répondre à cette question : d’où me vient ma passion pour la littérature ? Ce sera l’occasion d’une grande remontée dans le temps, de la première enfance jusqu’à nos jours, à travers mes souvenirs de lecture… Ce sera aussi l’occasion de parler de livres qui ne sont pas forcément consacrés comme de la grande littérature, mais qui ont contribué à forger mon plaisir de lire.

L’un de mes plus anciens souvenirs de lecture

Un enfant qui lit (Pixabay)

Sans remonter jusqu’à Babar et Marmouset, je voudrais partager un souvenir de lecture très ancien, celui d’un album illustré qui, plus que d’autres, m’a laissé une forte impression, mais cependant un souvenir évasif, car nous ne le possédions pas à la maison. L’ouvrage était probablement emprunté à la bibliothèque. Je considère ce souvenir comme celui de la première fois où, à l’intérêt suscité par l’intrigue, s’est ajouté un plaisir esthétique. Cet album illustré, dont je ne saurais indiquer ni le titre ni l’auteur, m’avait particulièrement marqué par la puissance de son inventivité. Quel que fût son nom, l’auteur n’avait pas seulement imaginé une belle histoire, mais un monde, un univers d’animaux creusant des galeries sous la terre pour conquérir des royaumes ennemis.

Je ne suis pas sûr qu’il y eût tellement d’histoire, peut-être pas même de texte, mais simplement ces dessins d’une précision extraordinaire, où, sous des paysages de neige, s’enchevêtraient des galeries à l’intérieur desquelles progressaient des animaux dotés de casques pointus. Une excavatrice ornée d’une vis sans fin leur permettait de percer les lignes ennemies par des voies souterraines. Il y avait le Nord comme une direction mythique, inconnue et inquiétante. Je vois confusément comme des cartes d’état-major et des drapeaux, des animaux en uniforme, des lettres gothiques, des armées de fourmis, de scarabées et de lucanes dirigées par des hiboux. Les illustrations étaient de celles que l’on prenait du temps à regarder, parce qu’on y trouvait mille détails à observer.

En y repensant maintenant, je me dis que cet univers animalier était peut-être en fait une métaphore de la seconde guerre mondiale.

Je me souviens d’un soir d’hiver où, en vacances chez mes grands-parents, mon père avait pris un cahier de dessin à couverture rouge, et dessiné à son tour une histoire que nous inventerions ensemble, sur ce même modèle d’album sans texte. Assis sur ses genoux, j’imaginais avec lui l’histoire d’une petite souris qui, passant par la bonde de la baignoire, accédait à un autre monde, autrement plus étrange et mystérieux que le nôtre.

Albums de littérature enfantine

J’ai en revanche un souvenir beaucoup plus précis de mes premières lectures :

  • Le gentil petit facteur de Janet et Allan Ahlberg, avec ses enveloppes qui s’ouvrent dans lesquelles se trouvent les lettres ;
  • Barbichu et la machine à fessées d’Arnaud Alméras et Jean-François Martine, un livre très drôle qui devrait plaire à tous les enfants ;
  • Les lettres de Biscotte-Mulotte d’Anne-Marie Chapouton, où les élèves d’une classe correspondent avec le rongeur qui habite dans l’épaisseur du mur ;
  • la jubilatoire Belle Lisse Poire du Prince de Motordu de Pef, qui permet de jouer avec la langue ;
  • Armeline Fourchedrue de Quentin Blake, où une cycliste excentrique n’a de cesse d’inventer des accessoires pour sa bicyclette ;
  • Jean Baptiste Nicolas Letoummou, l’histoire d’un petit garçon vraiment très mou ;
  • La pastèque chantante, une histoire légère dont le titre évoque assez bien le propos.

J’ai découvert une bonne partie de ces livres grâce à ma mère qui fut aussi ma maîtresse de CE1.

Romans de jeunesse

Puis j’ai commencé à lire des romans. Je crois avoir lu presque toute la série du Club des Cinq d’Enid Blyton, quelques Fantômette et un grand nombre de Alice détectice de Caroline Quine, que je lisais pour me divertir sans qu’ils m’aient laissé un souvenir mémorable.

Louis Armstrong a inspiré plus d’une page du roman « Le roi du jazz » (image Wikipédia).

D’autres romans m’ont davantage marqué. Un rallye-lecture en CM2 m’a permis de découvrir Augustin et Amandine d’Emmanuel Cerisier et Geneviève Le Moal, dont l’action se déroule si je me souviens bien au Moyen-Âge, et surtout Le Roi du jazz d’Alain Gerber, que nous avions mis en scène et présenté devant d’autres écoles à l’occasion de ce rallye-lecture, en retraçant l’histoire du grand Louis Armstrong.

Ah, et puis il y a eu ce roman qui m’a plongé dans un univers que je ne connaissais pas du tout, celui de la guerre de Sécession. Ce n’est pas un épisode de l’Histoire sur lequel on insiste, en France. Le roman raconte l’histoire d’une petite fille, Rose, qui, par je ne sais plus quel moyen, parvient à changer d’époque et à se retrouver projetée en pleine guerre de Sécession, où elle rencontre Susan et Will. Taper ces prénoms dans un moteur de recherches ne m’a pas permis de retrouver le titre de l’ouvrage, mais en fouillant dans ma bibliothèque, j’ai pu retrouver le livre en question : il s’agit de Le passage secret de Janet Lunn, chez Castor Poche Flammarion.

Découverte de la science-fiction

Et puis j’ai découvert la science-fiction. Ce sont les bibliothécaires de la médiathèques de Cagnes qui m’ont recommandé La Trilogie des Tripodes de John Christopher. Dans un monde imaginaire où les extraterrestres auraient conquis la Terre et assujetti le genre humain depuis plusieurs siècles, le jeune héros est le seul, dans son village, à penser que cet état des choses n’est pas une fatalité. Refusant d’être coiffé de la « résille » que les Tripodes placent sur la tête des humains pour mieux les contrôler, il fugue dans l’espoir de rejoindre la résistance. Après ce premier épisode, le deuxième tome, très différent, nous fait voir les extraterrestres de plus près, le héros acceptant une mission d’infiltration auprès d’eux. Cette proximité permet au regard sur les extraterrestres de se nuancer. C’est vraiment un bon roman de science-fiction pour la jeunesse.

Jules Verne par Nadar (Wikipédia)

Ensuite, je suis tombé dans Jules Verne, le premier auteur « classique » que j’ai lu pour moi-même, en dehors de toute injonction scolaire. Entre le collège et le lycée, j’ai lu Voyage au centre de la terre, dans les profondeurs du Sneffels islandais ; Cinq semaines en ballon, incroyable voyage au-dessus de l’Afrique ; De la Terre à la Lune, bien avant Hergé ; Les Enfants du Capitaine Grant, où l’on suit un parallèle tout autour du monde ; Une ville flottante et Les Forceurs de blocus ; Le Tour du monde en quatre-vingts jours, récit haletant de l’aventure de Phileas Fogg ; Michel Strogoff, où l’on traverse la Russie de Moscou à Irkoutsk dans une Sibérie en guerre ; Robur le Conquérant ; Le Château des Carpathes, que je vous recommande ; Le Sphinx des Glaces ; Le Secret de Wilhelm Storitz…

Mais, entre tous les romans de Jules Verne, mon préféré reste L’Île mystérieuse. Je m’identifiais volontiers à ces joyeux naufragés qui jamais ne perdent espoir et qui usent de toutes les ressources de la science pour survivre. Ce roman très pédagogique vous fera découvrir la faune et la flore exotiques, tout en instillant progressivement des événements inexplicables qui finissent par constituer un véritable mystère.

Les « classiques » de littérature

Parmi les lectures imposées par le collège et le lycée, il y a eu également de belles découvertes. Je conserve un assez fort souvenir de Le vieux qui lisait des romans d’amour de Luis Sepulveda, en troisième ; du Cid de Corneille, en quatrième ; d’En attendant Godot, sur lequel j’avais préparé un exposé en classe de seconde ; de La Curée de Zola également lu en classe de seconde.

Honoré de Balzac (Wikimedia Commons, libre de réutilisation)

Ma première approche de Balzac, que j’avais tenté de lire quand j’étais collégien sur les conseils d’une bibliothécaire, ne fut pas très fructueuse. En revanche, j’ai beaucoup aimé Les Chouans de Balzac, lu à la fin de l’année de Terminale en ignorant que son étude serait au programme en hypokhâgne, en parallèle avec celle de L’Espoir de Malraux, sublime roman sur la guerre d’Espagne. De Balzac, j’ai également lu avec plaisir La Peau de Chagrin, ainsi que plusieurs nouvelles, dont Massimila Doni qui se passe en Italie.

La suite de mon historique de lectures se confond peu ou prou avec les programmes de lectures imposés dans le cadre de mes études. Programmes denses, généralement intenables au sens strict, mais qui m’ont permis de faire de belles découvertes. À l’issue de cette formation assez « classique », au sens où elle privilégiait les grands monuments de la littérature française, j’ai eu envie de découvrir ce qui se faisait aujourd’hui en poésie. C’est ainsi que je me suis progressivement spécialisé dans l’étude de la poésie contemporaine…

Et vous, quels sont les livres qui vous ont marqué ?

N’hésitez pas à partager en commentaire vos souvenirs de lecture. Quels sont les livres qui vous ont fait aimer lire ?

39 commentaires sur « Souvenirs de lecture »

  1. Supers souvenirs ! Moi aussi j’ai un album qui m’a marqué enfant mais dont je ne saurais moi non capable d’identifier l’auteur ou le titre. De très belles illustrations et une histoire d’enfant, un petit garçon, et d’un camion. Les classiques de la bibliothèque rose avec les oui-oui, club des cinq, fantomette, des BD aussi avec Bob et Bobette, Heidi, Martine, les Schtroumpfs et le Scrameustache… plus tard, à l’école secondaire une révélation avec le style d’écriture et les histoires de Bernard Tirtiaux que j’ai découvert avec « Le passeur de lumière », et toujours à l’école Stephen King avec Cujo. Peu après, Bernard Werber avec les fourmis en lecture personnelle. Ce n’est qu’à partir de 20 ans que j’ai commencé à lire les romans pour ados 😂 et j’adore plein d’auteurs dans cet univers.

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  2. J’ai adoré Alice aux pays des merveilles, Le magicien d’Oz, les livres de contes, Les quatre fille du Dr March, L’appel de la forêt, La série des Sissi, les club des 5, les Fantomette, les Alice… Il y en a tellement… Mon premier livre de grande, c’était Autant en emporte le vent.

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  3. Même chose pour moi avec les Alice et le Club des 5. J’avais adoré les quatre filles du Dr March que je garde précieusement depuis des années en espérant que ma fille appréciera… Mon 1er livre de grande était Rebecca de Daphné du Maurier.

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  4. Le tout début de mon amour pour la lecture c’est la série de Marie O’Hara « mon amie Flicka », « Le fils de Klicka » et « L’herbe verte du Wyoming »

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  5. Vol à rebrousse temps. Mon premier livre de SF. Lu à l’école, je l’ai tellement aimé que j’avais demandé à mes parents de l’acheter. Je l’ai d’ailleurs vu dans la bibliothèque de l’école où je vais remplacer, je sens que je vais l’emprunter

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  6. Les contes de Grimm de Perrault des 1001 nuits
    Puis les bd Tintin Astérix cubitus iznogood (raison très personnelle) Léonard Gaston Lagaffe et un peu plus tard Ricochet
    Ado ce fut Roméo et Juliet et l’alchimiste

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  7. Enfance au Maroc, pas de TV en français, alors tous les Oui-Oui, Fantômette, club des cinq, clan des sept, compagnons de la croix rousse, tous, ils y sont tous passés !!! oups j’ai oublié les Alice .. Puis plus tard, en France, les Agatha Christie

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  8. Le club des 5, Les Quatre filles du Docteur March, tous les Tintin que j’ai lus et relus des dizaines de fois, la série des romans « La petite maison dans la prairie », …
    Ma première lecture sérieuse a été 1984 d’Orwell (une grande claque !)

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  9. En lectures d’enfance, la bibliothèque rose puis la bibliothèque verte étaient mes meilleures amies ! Le club des 5, le clan des sept, Fantômette…… un bonheur !

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  10. Le petit Prince de Saint Exupéry ! Ma première belle lecture… Un livre qui m’a fait découvrir la passion des livres.

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  11. Tous les livres de Philip K. Dick, le premier à 10 ans « Est ce que les Androids rêvent de moutons électriques ? » Ma première fiche de lecture pour le collège, on devait présenter dans cette fiche un livre qu’on avait aimé. Je l’avais lu plusieurs fois, j’avais adoré ! Elle a détonné au milieu des fiches sur le club des cinq !

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  12. Je lisais les livres de mon frère qui étaient restés dans sa chambre (nous avons 17 ans d’écart et donc j’ai occupé sa chambre lorsqu’il a quitté la maison). Il y avait ses BD de tintin. Puis à 8 ans j’ai ouvert ses classiques : le malade imaginaire et le barbier de Seville. Une histoire d’amour qui commençait….

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  13. Plusieurs portes pour un même chemin de livres… J’adore lire la diversité de ce qui nous a poussé vers la lecture… C’est la diversité de qui nous sommes et c’est aussi le lien entre nous. Je trouve ça extraordinaire. C’est une belle leçon de vie pour moi.

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