Qu’est-ce que le slam ?

Le slam est une pratique poétique plutôt récente, puisqu’il serait né en 1987 à Chicago, dans un quartier défavorisé où une troupe de poètes décide de tenir une scène ouverte à tous. L’idée du poète Marc Smith était de démocratiser la poésie. Selon le magazine Auféminin, le mot « slam » viendrait d’un mot anglais signifiant « claquer la porte », à moins qu’il ne s’agisse d’une déformation de « chelem » au sens de « tournoi de poésie ». Je ne suis pas du tout spécialiste de slam, mais comme je vais participer à une scène ouverte de slam mercredi soir, je me suis un peu renseigné. Voici ce que j’ai trouvé.

1. De quoi parlent les slammeurs ?

Toujours selon ce magazine, les thèmes du slam sont souvent les suivants : « immigration, intégration, politique, racisme, violences de la vie urbaine, jeunesse à la dérive, vie dans les cités, exil ». C’est ainsi que, pour le site « Slam Valais », le slam a souvent une dimension contestataire. Ces thèmes font penser au rap. Cependant, il existe en réalité une grande diversité de slammeurs, qui ne puisent pas tous leur inspiration dans le monde des quartiers défavorisés.

Marc Alexandre Oho Bambe en 2016 (Source : image Wikipédia, par Lamiot, CC) (image recadrée)

Personnellement, j’apprécie beaucoup la façon dont Marc Alexandre Oho Bambe déclame des textes simples mais forts, porteurs d’un message humaniste universel, dont l’enjeu semble être de ramener le public, ne serait-ce que le temps d’une soirée, vers une forme d’innocence retrouvée, dans l’oubli temporaire des soucis et des tracas du quotidien. Il s’agit en somme, pour le dire autrement, de rendre chaque spectateur à nouveau sensible à une beauté et une joie qui étaient de toute manière déjà là, mais comme masquées par notre vie stressante et trépidante. De nous rappeler que la poésie est là, que nous sommes vivants, que nous sommes ensemble. On peut y voir une façon de s’en prendre à l’individualisme qui gangrène notre société. Comme si la poésie en était le remède.

De façon plus générale, le site Auféminin précise que la dimension populaire du slam ne doit pas faire croire à un art de seconde zone, à un art du pauvre que les élites intellectuelles seraient fondées à regarder avec condescendance. Bien au contraire ! Et l’article d’évoquer la présence de rien moins que Toni Morrison à une manifestation culturelle au Louvre. On peut aussi rappeler que l’Académie française a récompensé d’un prix le travail de Marc Alexandre Oho Bambe.

2. La pratique du slam est-elle régie par des règles précises ?

Vous pourrez trouver un ensemble de règles sur le site de la Fédération Française de Slam-Poésie. Celui-ci proscrit tout accompagnement musical, mais il faut savoir que des artistes issus du slam aiment à s’accompagner de musique.

Pour parler du seul poète slammeur dont j’ai suivi attentivement le travail, j’ai assisté à plusieurs représentations où Marc Alexandre Oho Bambe était accompagné du musicien Alain Larribet, qui jouait de divers instruments, notamment de l’harmonium, dont il tirait des mélodies envoûtantes.

Une autre règle est l’imposition d’un temps limité dont le dépassement implique une pénalité. C’est une règle qui semble en effet nécessaire lorsque les personnes désireuses de monter sur scène sont nombreuses. Personnellement, je pense que, si personne ne se bouscule pour monter sur scène, on peut être plus souple, mais cela n’engage que moi.

3. Pouvez-vous citer des noms de slammeurs célèbres ?

C’est une question qui est difficile pour moi, qui ne suis pas spécialiste du sujet, mais on peut évidemment associer Grand Corps Malade au genre du slam, de même que le poète Marc Alexandre Oho Bambe dont je vous ai déjà parlé. Le site Auféminin ajoute un autre nom, celui de Shein B, qui a été gymnaste avant de devenir slammeuse.

4. Quelle différence avec le rap ?

Ces deux formes d’art ont des points communs. Comme l’indique Corinne Tyszler dans un article paru dans le Journal Français de Psychiatrie en 2009, et disponible sur la plate-forme Cairn, il s’agit dans les deux cas d’une forme d’expression qui accorde une grande importance à l’oralité. L’autrice parle de rythme, de souffle, de phrasé.

Je me permets de citer ici la définition que propose Corinne Tyszler du rap :

« Le rap, étymologiquement, est un rétro-acronyme des expressions « Rythm and Poetry » et « Rock Against Police ». Apparu au début des années 1970 aux États-Unis, le rap a d’abord appartenu au mouvement culturel hip-hop. Rapidement, le rap va cumuler un aspect festif et contestataire. Il peut contenir des paroles souvent virulentes à l’égard des symboles du pouvoir, encore qu’il ne faille pas systématiquement l’entendre au sens littéral. La plupart du temps, l’aspect contestataire se limite à une dénonciation du racisme, de l’exclusion, du chômage. Le rap se rapproche de la culture africaine et le chant scandé de ceux qu’on appelle les maîtres de cérémonie, « MC », peut évoquer le griot chroniquant la vie quotidienne. C’est dans les années 1980 que le rap essaime partout dans le monde et devient une « musique populaire de rue ». »

Corinne Tyszler affirme un peu plus loin que « to rap signifie en américain : frapper à coups rapides et secs, ou bien, dans son acception argotique : bavarder sur un support rythmique ». Voici à présent ce qu’elle indique à propos du slam :

« Je ne le séparerais pas du rap puisqu’il est un « cousin » de celui-ci, au sens qu’il emprunte au hip-hop le rythme, le tempo, la mélodie du phrasé. La différence avec le rap, c’est que les rimes n’y sont pas obligatoires et qu’il n’y a pas de musique instrumentale, en tout cas pas nécessairement. C’est le slameur qui crée son propre rythme selon la récitation du poème qu’il fait. […] Le slam est une discipline oscillant entre poésie et performance théâtrale. […] « Spoke and word », comme il était initialement nommé, est devenu aujourd’hui poésie urbaine. »

En dépit de ce « cousinage », il y a bel et bien des différences. On peut déjà noter que l’autrice parle essentiellement de musique pour définir le rap, alors qu’elle évoque le théâtre lorsqu’il est question du slam. Un peu plus loin dans son article, Corinne Tyszler ajoute que, dans le slam, « la pulsation donne, dans son temps syncopé, une allure de scansion plus urgente, semble-t-il, que dans le rap. Avec cette pulsation, le souffle propre à la langue, à chaque langue, se fait mieux entendre. » Corinne Tyszler relie cette importance de l’oralité à la notation biblique du rythme selon Henri Meschonnic.

Mais, dans l’ensemble, le but de l’article n’est pas de définir de façon précise des différences entre ces deux formes d’art qui restent finalement envisagées de façon globale. En revanche, le site « Cris & Poésie » propose un point de vue beaucoup plus tranché dans un article intitulé « Rap et slam, la pénible comparaison ». L’article s’en prend à des « clichés persistants » qui tendraient à entretenir la confusion. L’auteure reproche aux artistes d’un bord de chercher à s’associer à ceux de l’autre. En découle, selon l’article, une conception réductrice du slam dans l’esprit du grand public, qui n’y verrait qu’une forme de rap assagi. Je cite : « soit tu es gentil et tu slames l’amour et le printemps, soit tu es méchant et tu rappes la haine et la délinquance ». Cette confusion partisane serait entretenue par les rappeurs qui y verraient un moyen de se poser en seuls authentiques contestataires.

Un autre article du même site, intitulé « Le slam, petites précisions sur le sujet », est également intéressant en ce qu’il affirme que l’engouement médiatique pour le slam s’accompagne d’une représentation limitée et édulcorée de ce qu’est profondément le slam. Selon cet article, le slam n’est pas un genre artistique, c’est plus simplement un cadre, la scène ouverte, laquelle peut se prêter à différentes formes d’expression. Surtout, le slam est essentiellement subversif, en ce qu’il constitue un moyen pour des personnes marginalisées par la société de se réapproprier un art « noble » et élitiste : la poésie. Je cite :

« De fait, le Slam est intrinsèquement contre culturel car il fait face à des pratiques artistiques dominantes. Se pencher uniquement sur le propos pour juger du rôle contestataire du Slam ne permet pas d’en prendre la mesure. On risquerait de réduire l’acte de résistance à un ‘nique la police’ et de ne promouvoir qu’une rébellion de convention. Sans façon. » (Source : Cris et poésie)

D’accord, mais alors où se trouve la différence ? D’un point de vue plus formel, on dira, suivant en cela le site « On est tous des artistes », que le rap est plus musical, s’inscrivant dans une structure rythmée et rimée, alors que le slam correspond à une diction plus libre, où le rythme naît sans autres règles que celles du souffle que le performeur a voulu lui donner.

5. Peut-on faire slamer des élèves à l’école ?

C’est une bonne idée, et ce n’est pas si compliqué à mettre en place. J’ai eu la chance d’assister, à l’ÉSPÉ de Nice, à une formation de Nathalie Leblanc dont le slam était l’une des propositions.

  • D’abord, il faut se souvenir que l’on n’écrit pas à partir de rien. On peut demander à des élèves de piocher des mots dans des textes lus ou entendus, de façon à constituer un répertoire lexical qui leur servira de source d’inspiration.
  • Ensuite, on fait écouter plusieurs musiques différentes, exprimant des émotions bien distinctes, aux élèves. Il peut être utile de faire verbaliser aux élèves le nom des émotions ressenties.
  • Vient ensuite une phase de rédaction par groupes. Les élèves doivent écrire un poème, en se servant des mots piochés, et qui soit en accord avec la musique choisie. Travailler par groupes semble indispensable car on ne pourra pas faire passer 30 élèves à l’oral, leurs camarades n’ayant pas une patience suffisante pour attendre leur tour en demeurant attentifs.
  • Enfin arrive le moment du passage à l’oral. Les groupes volontaires se placent devant leurs camarades et récitent leur texte sur l’une des musiques qu’ils auront choisie. Au sein du groupe, les élèves se répartissent des tours de parole afin que chacun puisse s’exprimer.
  • Chaque intervention est suivie d’un échange rapide avec le public : le texte était-il en accord avec la musique choisie ?

Pour en savoir plus : nos sources


J’espère que ce petit article vous aura permis de mieux comprendre ce qu’est le slam. Rendez-vous dans un prochain article, où je vous raconterai ma visite à la Cave Romagnan, mercredi 7 mars au soir.

Si vous souhaitez apporter des précisions ou poser des questions, n’hésitez pas à réagir en commentaire, c’est fait pour ça !

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6 réflexions au sujet de « Qu’est-ce que le slam ? »

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