Baudelaire, toujours

Le poète contemporain Jean-Michel Maulpoix dit de Baudelaire, Rimbaud, Verlaine et Mallarmé qu’ils sont les quatre pieds de sa table d’écriture. C’est rappeler que la poésie d’aujourd’hui, y compris la plus récente, continue de s’ériger sur un socle bâti par ces quatre fondateurs. Certes, depuis le XIXe siècle, bien des choses ont changé, néanmoins le mouvement qui s’y est initié continue aujourd’hui de se ramifier sous différentes formes. C’est pourquoi je voudrais aujourd’hui vous entretenir plus particulièrement de Baudelaire.

1. Que retenir de la biographie de Baudelaire ?

  • Charles Baudelaire, par Carjat (Wikimedia Commons)

    1821 : Naissance à Paris le 9 avril.

  • 1839 : Reçu bachelier à l’âge de dix-huit ans.
  • Il entreprend un voyage jusqu’aux Indes qu’il interrompra à l’île Bourbon. Ayant rapidement dilapidé la moitié de son héritage, sa mère le fait placer sous tutelle. Il conservera toute sa vie des difficultés financières.
  • v. 1842 : Rencontre avec Jeanne Duval.
  • 1857 : Parution des Fleurs du Mal. Six poèmes sont condamnés par la justice pour outrage à la morale publique.
  • 1860 : Publication des Paradis artificiels.
  • 1861 : Réédition des Fleurs du Mal dans leur version expurgée.
  • 1866 : Alors qu’il visitait une église à Namur, il perd connaissance. Il devient aphasique et hémiplégique.
  • 1867 : Mort de Charles Baudelaire le 31 août, à l’âge de quarante-six ans.

Les volumes parus de son vivant se limitent aux Fleurs du Mal, aux Paradis artificiels, aux Salons et à ses traductions de Poe. Le reste est paru en revue.

Sources :
► John E. Jackson, "Charles Baudelaire", dans Michel Jarrety (dir.), Dictionnaire de poésie de Baudelaire à nos jours, Paris, Puf, 2001.
► Wikipédia, article "Charles Baudelaire".

2. Que devons-nous à Baudelaire ?

Paris en 1889 (source Wikipédia)

On peut citer, dans le désordre :

  • l’entrée de la poésie française dans la modernité,
  • l’inscription dans la poésie de la vie urbaine,
  • l’invention du poème en prose après Aloysius Bertrand,
  • un indéniable renouvellement dans le traitement des thèmes de l’amour et de la mort,
  • une lecture aiguë de la sensibilité de son siècle, à travers notamment la notion de spleen, l’atmosphère crépusculaire de maints poèmes, la critique d’art,
  • des traductions de Poe qui demeurent aujourd’hui encore une référence et qui sont réellement des œuvres d’art,
  • et enfin, tant il est vrai que les grands poètes finissent par devenir une sorte de mythe qui les dépasse, il reste aussi une certaine image du poète, à la fois dandy élégant et poète maudit, à la fois épris d’idéal et mélancolique. John Jackson montre bien dans son article comment se mêlent chez Baudelaire une dimension élitiste, aristocratique, et simultanément une grande sensibilité au tragique humain, attribuant une dimension sociale à son œuvre.
Sources :
► John E. Jackson, "Charles Baudelaire", dans Michel Jarrety (dir.), Dictionnaire de poésie de Baudelaire à nos jours, Paris, Puf, 2001.

3. Quels sont les poèmes des Fleurs du mal les plus connus ?

Frontispice de la première édition des Fleurs du mal annotée par le poète (source Wikipédia)

Je m’étais amusé, il y a quelque temps, à compter le nombre de pages référencées par Google pour chacun des poèmes des Fleurs du Mal. C’est un moyen, certes non rigoureux, d’appréhender la notoriété de ces poèmes aujourd’hui.

Le problème est que certains de ces titres peuvent renvoyer également à des thèmes et des motifs baudelairiens, donc à des textes qui parleraient de l’œuvre de Baudelaire de façon globale sans faire précisément référence à des poèmes particuliers. Ainsi, apparemment, « La Beauté » arriverait en tête du classement, mais il est difficile de dire s’il s’agit du poème intitulé « la Beauté » ou du thème de la beauté chez Baudelaire.

Je vous communique, malgré tout, la tête du classement, tout en vous rappelant que ceci n’a rien de scientifique :

  • La beauté,
  • La musique,
  • Le soleil,
  • Le chat / les chats (plusieurs poèmes ont ce titre),
  • Le jeu,
  • Correspondances,
  • L’idéal,
  • Au lecteur,
  • Confession,
  • Tout entière,
  • L’ennemi,
  • L’homme et la mer,
  • L’invitation au voyage,
  • Les bijoux.

Je me suis fondé sur la table des matières de l’édition de 1857, aussi ne s’étonnera-t-on pas de ne pas trouver un poème aussi célèbre que « A une passante », absent de cette édition. Pour ce poème, Google trouve 46900 résultats, ce qui le placerait entre « le chat » et « le jeu ».

4. Quels sont les poèmes des Fleurs du mal les moins connus ?

On peut également s’intéresser à la fin du classement, pour déceler quels sont les poèmes du recueil qui sont moins connus ou qui, du moins, peuvent sembler moins souvent évoqués sur Internet. Il s’agirait de :

  • Brumes et pluies,
  • Le vin du solitaire,
  • Le tonneau de la haine,
  • Le mauvais moine,
  • L’aube spirituelle,
  • Le flambeau vivant,
  • Franciscæ meæ laudes,
  • A une dame créole,
  • Les deux bonnes sœurs,
  • A une mendiante rousse.

L’une des rubriques de mon blog s’intitule « Le poème d’à côté », afin de faire connaître des poèmes situés dans leur recueil d’origine juste avant ou juste après un poème très célèbre. C’est dans cet esprit que j’ai déjà consacré plusieurs articles à ces poèmes dont on peut penser qu’ils pourraient bien être moins connus que d’autres, même si ma rapide recherche sur Google ne suffit bien sûr pas à l’attester de façon certaine.

5. Que penser des Petits poèmes en prose ?

« Le port », poème en prose manuscrit par le poète (source Wikipédia)

Le Spleen de Paris, également intitulé Petits poèmes en prose, a été pensé par Baudelaire comme un pendant aux Fleurs du Mal. Aussi de nombreux thèmes sont-ils communs avec le célèbre recueil de poèmes versifiés, mais avec une différence de ton que permet l’emploi de la prose. C’est vraiment un ouvrage qu’il faut lire, et qui fait découvrir un Baudelaire qui n’est ni tout à fait un autre, ni tout à fait le même.

L’adoption de la prose autorise un traitement moins grandiloquent, parfois même prosaïque, de thèmes chers au poète. Certains préféreront sans doute la beauté formelle des poèmes rimés, mais ces poèmes en prose sont pourtant vraiment agréables à lire, davantage narratifs, et complètent avantageusement les Fleurs du Mal. Certains poèmes sont véritablement une version en prose de poèmes versifiés, tandis que la majeure partie retrouve des thèmes communs avec les Fleurs du Mal tout en développant une inspiration propre.

Je ne crois pas, à vrai dire, qu’il faille chercher à préférer l’un ou l’autre des deux ouvrages qui sont réellement complémentaires. Ne considérer que les vers, c’est sans doute rester dans une image plus classique de Baudelaire, et se priver de belles découvertes. Placer la prose au-dessus des vers de Baudelaire, cela me semblerait une posture un peu snob, un élitisme consistant à préférer ce que le grand public connaît le moins. Baudelaire parle lui-même de Petits poèmes en prose, et cet adjectif dit assez que le dessein du poète n’était pas de surpasser les poèmes versifiés.

Il n’en reste pas moins que le Spleen de Paris est une œuvre incontournable. C’est, bien davantage que Gaspard de la nuit d’Aloysius Bertrand, le véritable acte de naissance du poème en prose, promis au bel avenir que l’on sait. Je conserve un fort souvenir des cours de Daniel Caro sur cet ouvrage. Cela reste une lecture très marquante pour moi, et je ne peux que vous recommander très vivement la lecture de cet ouvrage.

4 commentaires sur « Baudelaire, toujours »

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