L’intelligence des arbres

On m’a offert pour Noël un fort intéressant essai : il s’agit de La vie secrète des arbres, de Peter Wohlleben, aux éditions des Arènes, paru en mars 2017. Compte-rendu de lecture.

Peter Wohlleben est un forestier allemand. Il a d’abord géré les forêts comme on le lui avait appris, c’est-à-dire avec l’objectif de maximiser les rendements et les profits. Mais à force de vivre au contact avec les arbres, il s’est souvenu que les arbres n’étaient pas seulement du bois, mais bien des êtres vivants. Il dirige à présent « une forêt écologique ».

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Une châtaigne (Pixabay)

L’intérêt majeur de l’ouvrage de Peter Wohlleben est de s’appuyer sur des travaux scientifiques récents. Ces derniers permettent à l’auteur de prouver que, lorsqu’il peint les arbres comme des êtres sensibles, ce n’est pas par sensiblerie romantique, mais bien parce que c’est la vérité.

L’immobilité apparente des végétaux nous fait parfois oublier qu’ils sont bien davantage que des éléments d’un paysage ou des décorations naturelles. Les dernières avancées scientifiques mettent pourtant en évidence des stratégies adaptatives, des capacités sensorielles, des modes de communication qui amincissent la frontière entre le végétal et l’animal.

Le langage des végétaux

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Champignons (Pixabay)

Il est ainsi surprenant d’apprendre que les arbres, et plus largement les végétaux, sont capables de communiquer. En vérité, les végétaux utilisent de concert plusieurs modes de communication différents :

  • Ils utilisent des odeurs (des phéromones) pour prévenir leurs congénères de la présence de prédateurs. J’étais déjà au courant du phénomène au sujet des acacias en Afrique qui s’avertissent de la présence de girafes. Mais il s’agit en fait d’une situation assez courante dans le monde végétal.
  • Ils se transmettent des informations chimiques et électriques par l’intermédiaire de leurs racines, parfois via le réseau de mycélium des champignons présenté comme un réseau Internet naturel. Ces communications, efficaces en milieu naturel, sont très affaiblies en ce qui concerne les plantes cultivées, ce qui expliquerait en partie leur plus grande fragilité.
  • Ils communiquent également avec des sons, comme l’a montré une étude australienne. Non seulement les végétaux émettent des sons, mais les plantes réagissent en s’orientant dans la direction du bruit. Ce qui semble indiquer que les végétaux seraient capables de communiquer par des sons.

Un autre regard sur les arbres

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Un pommier (pixabay)

Loin d’être des organismes isolés, les arbres ont une forme de vie sociale. Ils s’entraident les uns les autres en échangeant des nutriments par leurs racines. Comme ils vivent très lentement, nous ne nous en rendons pas toujours compte, mais ils ont adopté des stratégies de survie fort intéressantes à découvrir. Finalement, le lecteur acquiert un autre regard sur les arbres.

Considérer les végétaux comme des êtres sensibles a, bien entendu, des implications philosophiques. Depuis plusieurs décennies déjà, la frontière entre l’humain et l’animal a été bien émoussée, invitant ainsi à repenser l’image cartésienne d’un homme « maître et possesseur de la nature ». L’homme redécouvre qu’il est un animal parmi d’autres, et qu’il n’est pas aussi extérieur à la nature qu’il voudrait bien le croire.

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Le jardin des Collettes, à Cagnes-sur-Mer (Wikipédia)

Ce livre nous fait faire un pas de plus. A partir du moment où les végétaux sont considérés comme des êtres sensibles, il devient impossible de les considérer uniquement du point de vue du profit matériel que l’on peut en tirer.

L’auteur montre que l’exploitation habituelle des forêts ne tient guère compte des besoins des arbres, et en particulier de la nécessité pour eux de vivre en communautés reliées. Aussi prône-t-il un mode de gestion plus respectueux de la nature. Il nous rappelle que les plantations en ligne d’arbres identiques ne sont pas de véritables forêts, et ne sont donc pas aussi résistantes.

Espérons que nous saurons à l’avenir mieux préserver nos forêts. La tentation du rendement maximal nous a fait oublier que les arbres peuvent atteindre un âge vénérable. Les exigences esthétiques des touristes nous ont fait oublier que les arbres morts ont une utilité dans l’écosystème auquel ils appartiennent. Nos vies trépidantes nous ont fait oublier la vie plus lente des arbres, qui ne sont pas des objets mais bien des êtres sensibles.

10 commentaires sur « L’intelligence des arbres »

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