Qu’est-ce qu’un roman d’aventures coloniales ?

Faire de la recherche en lettres, c’est généralement se spécialiser dans l’étude d’un genre, d’un thème, d’une période. Cherchant à faire connaître ce domaine passionnant auprès d’un plus large public, je vais aujourd’hui vous parler des recherches de Jean-Marie Seillan, professeur émérite à l’Université de Nice. Il s’est en effet intéressé au roman d’aventures coloniales, un genre en pleine expansion au XIXe siècle.

Redécouvrir des auteurs tombés dans l’oubli

Bien des auteurs de cette période, qui connurent une certaine célébrité à l’époque, sont aujourd’hui complètement tombés dans l’oubli. S’intéresser à ce que fut le roman d’aventures coloniales au XIXe siècle, c’est donc exhumer une littérature qui n’est plus lue, ni même éditée, depuis plus de cent ans. Seuls quelques auteurs de talent, comme Jules Verne, ont su s’inscrire dans la postérité.

Une littérature populaire

Si ces auteurs demeurent peu étudiés, c’est aussi parce qu’ils ressortent d’une littérature populaire, longtemps méprisée par les chercheurs en littérature au profit d’œuvres d’une plus grande tenue littéraire. Étudier ces œuvres mineures n’est cependant pas sans intérêt, ne serait-ce qu’en raison de la grande popularité de ces ouvrages, qui paraissaient d’abord sous forme de feuilletons dans les journaux, et divertissaient ainsi une grande masse de Français. Je me souviens que Jean-Marie Seillan comparait volontiers ces romans-feuilletons aux séries télévisées d’aujourd’hui.

Les clichés d’une époque sur une Afrique fantasmée

On le sait, la France, comme la plupart des autres pays européens, chercha, au XIXe siècle, à accroître son domaine colonial. Or, la plupart des Français, qui vivaient en France métropolitaine, n’avaient, bien souvent, qu’une vague idée de ces territoires souvent très éloignés, et leurs connaissances sur les habitants de ces contrées se bornaient à quelques stéréotypes. Si les romanciers populaires voulaient, pour une part, instruire leurs semblables, ils étaient aussi, pour partie, les véhicules de certains clichés, d’une vision très européenne de l’Afrique, pour ne pas dire, parfois, de certaines idées racialistes.

Catégoriser les romans d’aventures coloniales

Pour y voir plus clair dans ce vaste ensemble de plusieurs centaines de romans, Jean-Marie Seillan a tenté d’établir une typologie des romans d’aventures africaines à la fin du XIXe siècle. Il a finalement retenu quatre catégories, quatre types de romans, qui reflètent aussi différents moments de l’histoire coloniale.

Sa première catégorie s’intitule ainsi « Les explorateurs ». Elle rassemble les romans qui évoquent des territoires inconnus. Nous sommes ici, si l’on veut, plutôt au début du projet colonial : le territoire reste largement inexploré, et il s’agit de le découvrir pour la première fois. Aussi les héros de ces romans sont-ils des explorateurs, géographes, ethnologues, qui cherchent avant tout à connaître, à découvrir, à comprendre. Ils sont animés par le savoir. Un exemple est Cinq semaines en ballon de Jules Verne.

Viennent ensuite « Les aventuriers ». Ici, la fiction cherche avant tout à divertir. Les ouvrages sont moins descriptifs et davantage narratifs que dans la première catégorie. Jean-Marie Seillan parle d’ « hypernarrativité ». Les territoires où se déroule l’action sont avant tout considérés comme « un espace de jeu pour adultes ». Les personnages sont des globe-trotters, des chasseurs, des prédateurs.

Une fois le territoire plus ou moins exploré, c’est au tour des « politiques » d’intervenir. Cette catégorie rassemble des romans plutôt mus par l’objectif de faire réfléchir. Les personnages sont des diplomates et des militaires qui cherchent à négocier, à combattre, à vaincre.

Lorsque le territoire est sous contrôle, on peut l’exploiter. De fait, la quatrième catégorie d’ouvrages dans la typologie de Jean-Marie Seillan est « Les fondateurs ». Dans ces ouvrages, les personnages sont des ingénieurs, des médecins, des agronomes, qui cherchent à se sédentariser, à cultiver, à produire, à légiférer, bâtir et gouverner.

Pour conclure

J’espère, en ayant ainsi présenté en quelques lignes ce qui nous fut expliqué pendant tout un semestre, n’avoir pas trop déformé la pensée de Jean-Marie Seillan. Mon but a été simplement de faire connaître un aspect de ce que peut être la recherche en littérature. Pour aller plus loin, je ne peux que vous recommander la lecture des ouvrages de Jean-Marie Seillan, à commencer par Aux sources du roman colonial : l’Afrique à la fin du XIXe siècle, paru aux éditions Karthala en 2006.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s