Le théâtre, avant, c’était comment ?

Projecteurs surpuissants, rideaux électriques, microphones, haut-parleurs, décors… Le théâtre d’aujourd’hui bénéficie de moyens techniques importants. Aussi importe-t-il, lorsqu’on songe à des pièces plus anciennes comme celles de Molière ou de Racine, de se souvenir que, lorsqu’elles ont été jouées pour la première fois, au XVIIe siècle, ce n’était pas vraiment dans les conditions d’aujourd’hui. Alors, le théâtre, avant, c’était comment ?

Jean Mairet (Wikipédia)

Pour répondre à cette question, je m’appuierai sur les cours de Mme Hélène Baby, professeur de littérature française à l’Université Nice Sophia-Antipolis, et spécialiste du théâtre du XVIIe siècle. Ces cours portaient en particulier sur le théâtre baroque. Il s’agissait de déduire, à partir du texte et de données historiques concrètes, la mise en scène la plus probable d’une pièce de théâtre tragi-comique jamais plus jouée depuis le XVIIe siècle, à savoir la Virginie de Mairet.

Pas de micros ni de haut-parleurs

Avant l’ère de l’électricité, il n’y avait bien entendu aucun moyen de retransmettre le son de la voix. Il fallait donc que les acteurs fissent un effort particulier d’articulation. Le ton de la déclamation ne nous semblerait sans doute pas très naturel aujourd’hui, mais au moins cela permettait d’être entendu de tout le monde !

Pas de rideau

Une pièce jouée à l’hôtel de Bourgogne (Abraham Bosse, Metropolitan Museum of Art, source Wikipédia)

A l’époque où ladite pièce a été mise en scène au célèbre théâtre de l’Hôtel de Bourgogne, il n’y avait probablement pas de grand rideau. Selon Hélène Baby, le rideau n’est attesté qu’en 1641 au théâtre du Palais Cardinal de Richelieu. Aussi, en cas de changement de décor, tout devait se faire sous les yeux du public. C’est pourquoi il n’y avait généralement pas de changement de décor : le fond représentait alors l’ensemble des lieux où l’action était censée se passer, et il suffisait que les spectateurs fussent placés devant telle partie du décor pour que les spectateurs comprissent, par convention, que l’action avait lieu à tel endroit. C’est ce que l’on appelle un décor simultané. Celui-ci trouve son origine au Moyen-Âge, où l’on représentait les différents épisodes de la Passion du Christ sur un seul décor.

Pas de projecteurs

Jean de Rotrou, dramaturge du XVIIe siècle (Domaine public, via Wikimedia)

Bien évidemment, il n’y avait pas non plus de projecteurs. Impossible, donc, de braquer la lumière sur un seul personnage, de faire se déplacer un faisceau lumineux au gré des mouvements d’un acteur, ni même de concentrer la luminosité sur la scène. Les théâtres étaient éclairés à la chandelle. Et il n’y avait pas de distinction d’éclairage entre l’espace de la scène et l’espace du public.

Il n’y avait donc pas d’éclairagiste au sens moderne du terme, mais une armée de petites mains chargées de veiller à ce que les bougies ne s’éteignent pas et de les remplacer lorsqu’elles s’étaient totalement consumées.

Pas de metteur en scène

Décoration d’une tragi-comédie du XVIIe siècle, dans le Mémoire de Mahelot (source Wikipédia)

Enfin, il n’y avait pas non plus de metteur en scène, du moins au sens où nous l’entendons aujourd’hui. Cette notion est apparue, selon Hélène Baby, à la fin du XIXe siècle. Il n’y avait donc pas de réflexion scénographique proprement dite. Il y avait, à la place, un décorateur, chargé de fournir les accessoires et de réaliser les décors.

Or, l’un des décorateurs du XVIIe siècle a laissé de précieuses informations sur la scénographie de l’époque. Il travaillait à l’Hôtel de Bourgogne. Il s’appelait Laurent Mahelot, et il est l’auteur du Mémoire de Mahelot qui raconte quels ont été les décors, les choix scéniques, etc., opérés pour un certain nombre de pièces.

Si l’on en croit l’encyclopédie en ligne Wikipédia, l’image ci-dessus proviendrait du Mémoire de Mahelot. Cette image représenterait la décoration d’une tragi-comédie intitulée Lisandre et Caliste, de Pierre du Ryer, représentée pour la première fois vers 1630 à l’Hôtel de Bourgogne. Plus précisément, l’image serait extraite d’un ouvrage qui traiterait lui-même du Mémoire de Mahelot.


Pour en savoir plus

 

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