Mon premier colloque

Aujourd’hui, j’ai décidé de vous raconter mon premier colloque. C’était en 2011, du 3 au 10 septembre. J’avais vingt-quatre ans. Il s’agissait du colloque de Cerisy-la-Salle consacré à Marie-Claire Bancquart. J’en conserve un très fort souvenir…

Cette semaine passée à Cerisy a été, pour moi, riche en premières fois : première fois que je me rendais en Normandie, première fois que je donnais une conférence en public, et première fois que je rencontrais Marie-Claire Bancquart, poète et professeur émérite à l’Université de la Sorbonne.

Le trajet jusqu’à Cerisy

La petite commune de Cerisy-la-Salle ne compte qu’un millier d’habitants. Ce village du département de la Manche est cependant réputé pour les colloques qui se tiennent chaque été dans son château du XVIIe siècle.

La façade du château de Cerisy, côté jardin (photo personnelle)

Pour moi qui habitais les Alpes Maritimes, le voyage jusqu’en Normandie fut assez long. Il y eut d’abord le trajet en avion jusqu’à Paris. Puis la liaison en taxi de l’aéroport jusqu’à la gare Saint-Lazare, où je devais rejoindre Béatrice Bonhomme, ma directrice de thèse, pour faire ensemble le reste du trajet.

Je devais ensuite prendre deux trains, un TGV d’abord jusqu’à Caen, puis un train régional jusqu’à la gare de Carantilly. Il s’agissait d’une toute petite gare, qui n’était plus desservie que les jours de colloque. Nous fûmes enfin acheminés jusqu’au Château de Cerisy, imposante bâtisse du XVIIe siècle dominant les prés avoisinants, où paissaient de paisibles vaches.

Le bocage normand aux environs du château (photo personnelle)

Je traînais derrière moi une valise à roulettes contenant mes vêtements, et portais un sac à dos renfermant notamment mon ordinateur portable. Chacun de ces deux bagages contenait un exemplaire papier de ma conférence : je voulais ainsi m’assurer que la perte éventuelle de l’un des deux bagages ne m’empêcherait pas de prononcer cette communication sur laquelle j’avais planché tout l’été.

Sur le trajet, nous vîmes défiler devant nos yeux le bocage normand, avec ses prés très verts encadrés d’épaisses haies de buissons. Un paysage faussement plat, modérément vallonné, très dépaysant pour un habitant du Midi habitué à des garrigues desséchées et un relief beaucoup plus accentué.

Une atmosphère conviviale

Le réfectoire et son imposante cheminée (photo personnelle)

Arrivés en soirée, nous n’eûmes pas le temps d’explorer le domaine qui entourait le château et fûmes rapidement conduits au réfectoire. Cette grande pièce comportait deux tables longues et une immense cheminée sur laquelle étaient accrochées d’antiques casseroles couleur cuivre. Ce serait là que, à chaque repas, nous seraient servis de délicieux plats de tradition normande, cuisinés à partir d’ingrédients locaux, dont une partie provenait du domaine du château lui-même.

Ce premier soir, il y eut notamment au menu une soupe au tapioca. Je me souviens que, pendant cette semaine, les légumes traditionnels, panais, salsifis, topinambour, furent à l’honneur. Si j’insiste sur ces détails culinaires, c’est parce que je n’avais jamais goûté auparavant à toutes ces choses, si bien que les repas firent partie de ces éléments qui rendirent cette semaine assez dépaysante pour moi. J’en profite pour préciser que les petits déjeuners n’étaient pas en reste, avec du beurre et des confitures locales dont je me régalais chaque jour.

Ces repas furent des moments d’une grande convivialité, en contraste avec le ton nécessairement plus solennel des conférences en elles-mêmes. Jeunes comme plus âgés, nous étions tous réunis autour de la même table, ensemble. J’écoutais avec plaisir les anecdotes des uns et des autres.

Ma chambre était dans le moulin de l’étang (photo personnelle)

Nous fûmes ensuite rassemblés dans le grenier du château, pour une sorte de veillée tardive lors de laquelle nos hôtes se présentèrent, et racontèrent brièvement l’histoire de ce lieu particulier qu’est le château de Cerisy. A la suite de Paul Desjardins qui organisait des « décades » à l’abbaye de Pontigny, en Bourgogne, ses successeurs ont à ce jour permis à plus de cinq cent colloques d’avoir lieu à Cerisy.

Ensuite, chaque intervenant se vit attribuer une chambre. La mienne se trouvait à l’extérieur du bâtiment principal, dans une charmante maison appelée « Moulin de l’étang », située, comme son nom l’indique, à côté de l’étang, un peu à l’écart, donc, de la plupart des autres participants, logés soit dans le château lui-même, soit dans les « Escures », soit dans les Granges, soit dans l’Orangerie.

« Les Escures », une dépendance du château (photo personnelle)

Premières conférences

La salle du colloque (photo personnelle)

Le lendemain, dimanche 4 septembre, marqua le véritable commencement du colloque. Celui-ci se tenait dans une salle du premier étage du château, tandis que, simultanément, un autre colloque, consacré à un tout autre sujet, à savoir celui de la gestion des risques, se tenait dans la grande bibliothèque du rez-de-chaussée.

Les trois organisateurs du colloque — Béatrice Bonhomme, Jacques Moulin et Aude Préta de Beaufort — prirent en premier lieu la parole, afin de présenter la poète Marie-Claire Bancquart qui se trouvait avec nous. Ses recueils de poésie seraient au cœur des échanges, pendant toute la semaine. Les différents intervenants se succéderaient au rythme de deux par demi-journée.

Un timide rayon de soleil tentait de percer les nuages (photo personnelle)

Voici concrètement comment cela se passait : chaque intervenant était brièvement présenté par un président de séance, chargé de distribuer les tours de parole. Ils étaient assis derrière une longue table de bois, face à une assistance relativement nombreuse, essentiellement composée des autres participants, mais aussi de quelques passionnés venus assister au colloque. Un temps assez long de questions, de dialogue et d’échanges était prévu à la suite de chaque communication. C’était aussi l’occasion pour Marie-Claire Bancquart de livrer son propre point de vue. L’atmosphère était certes solennelle et studieuse, mais aussi tout à fait cordiale, chaque participant n’hésitant pas à livrer son propre point de vue et ses impressions à la suite de chaque communication.

J’avais déjà rencontré certains participants : Béatrice Bonhomme, ma directrice de thèse ; Arnaud Villani, qui fut mon professeur de philosophie en khâgne ; Filomena Iooss, PRAG à la fac de Nice ; Arnaud Beaujeu, que j’avais déjà croisé à Nice ; Aude Préta-de Beaufort, qui avait co-organisé un colloque sur Jean-Michel Maulpoix à la Sorbonne pour lequel j’avais rédigé un article… D’autres, en revanche, furent de nouvelles connaissances : il serait trop long de tous les citer.

La salle où se tenait le colloque (photo personnelle)

Ce jour-là, après déjeuner, nous fûmes invités par nos hôtes à une visite guidée du château et de ses dépendances. Les autres jours, le temps de pause était marqué par un café sur la terrasse, ou au sous-sol en cas de pluie. Les caves, spacieuses, qui donnaient sur les douves, comportaient notamment des tables de ping-pong qui furent également utilisées le soir.

Veillées poétiques et promenades

Promenade dans le parc du château (photo personnelle)

L’ambiance particulièrement chaleureuse de ce colloque s’expliquait également par les moments de détente qui permettaient aux convives de converser et de se retrouver en dehors du temps plus solennel des conférences. J’aimais la promenade du tour de l’étang, où je pouvais admirer en particulier de somptueux arbres multicentenaires. Nous avons fait également quelques pas sur la route qui longeait le domaine.

Le mercredi après-midi, laissé libre, fut l’occasion pour quelques-uns d’aller jusqu’à l’océan ; je suivis quant à moi quelques participants jusqu’à Coutances, où nous avons admiré une immense église gothique.

Le château vu depuis l’étang (photo personnelle)

Le soir, nous nous réunissions dans la bibliothèque, pour des moments de partage moins formels autour de la poésie de Marie-Claire Bancquart. En particulier, un flûtiste nous permit de découvrir la musique d’Alain Bancquart, célèbre compositeur contemporain et époux de la poète, tandis que la comédienne Frédérique Wolf-Michaux mettait en voix les poèmes.

Le jour J

Le château de Cerisy, côté cour (photo personnelle)

Mon tour vint de présenter ma propre communication. Ce fut le vendredi 9 septembre, en fin de matinée. On m’invita à m’asseoir à la grande table de bois, face à l’assemblée. Marie-Claire Bancquart était assise à moins d’un mètre de moi, au premier rang. Je parlai du tressage de deux dimensions, fondamentales selon moi, de la poésie de Marie-Claire Bancquart, à savoir la simplicité du quotidien et le surplomb du mythe. Je montrais notamment que chacune de ces deux dimensions se teintait de certaines des qualités de l’autre : ainsi les mythes antiques étaient-ils profondément remaniés et réécrits sous un jour plus simple, plus humain, tandis que certains faits du quotidien, banals en apparence, se chargeaient d’une dimension universelle, voire cosmique.

Le départ

Des livres au château de Cerisy

Le dernier jour, avant le départ, Marie-Claire Bancquart voulut nous remercier par la lecture d’un de ses poèmes, moins connu. En effet, il n’était pas édité dans un livre, mais écrit sur un rouleau. Ce ne fut pas sans émotion que nous nous séparâmes à l’issue de ce colloque. Nous avions vécu ensemble, réfléchi ensemble, mangé ensemble. Les mots de Marie-Claire Bancquart avaient résonné entre les murs du château pendant toute une semaine. Une semaine riche en échanges, en discussions, en partages de point de vue. Une vision idéale de ce que peut être la recherche en littérature.

Le château de Cerisy, façade côté jardin (photo personnelle)

Pour en savoir plus…

  • Sur le château de Cerisy et ses colloques, je vous conseille le site du Centre Culturel International de Cerisy (Association des Amis de Pontigny-Cerisy).
  • Sur ce colloque consacré à Marie-Claire Bancquart, je vous renvoie aux actes parus aux éditions Peter Lang sous le titre Dans le feuilletage de la terre, la poésie de Marie-Claire Bancquart. La table des matières est reproduite dans la revue en ligne Loxias.
  • Sur la diversité de ce que peut être la recherche en littérature, je vous renvoie à une présentation de quelques exemples parue sur ce blog.
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