Comment classer les subordonnées ?

On m’a récemment demandé un petit article indiquant comment classer les subordonnées. Il est vrai que, parmi les questions de grammaire, c’est l’une des plus difficiles. Je vais essayer d’être à la fois le plus complet et le plus clair possible. N’hésitez pas à me demander des éclaircissements dans les commentaires.

Phrase simple, phrase complexe

  • Une phrase simple est une phrase qui ne comporte qu’une seule proposition. Elle n’a qu’un seul verbe conjugué, un seul prédicat.

ex1

  • Une phrase complexe est une phrase qui comporte plusieurs propositions. Elle contient plusieurs verbes conjugués, plusieurs prédicats.

ex2

Chacune des phrases ci-dessus possède deux verbes conjugués, surlignés en jaune.

Proposition indépendante, principale, subordonnée

  • Lorsque les différentes propositions sont placées sur le même plan, qu’elles soient coordonnées ou juxtaposées, on dit qu’elles sont indépendantes. C’est le cas dans l’exemple (1).
  • Lorsque les propositions dépendent les unes des autres, on parlera de subordination. C’est le cas dans les exemples (2) et (3). On parlera de proposition principale (ou matrice) et de proposition subordonnée (ou enchâssée).

On notera que la proposition subordonnée fait partie de la proposition principale, au sens où elle en est un constituant. Ainsi, dans l’exemple (2), la subordonnée joue le rôle de complément circonstanciel de concession, et, dans l’exemple (3), elle fait partie du groupe nominal dont le mot-tête est « voiture ».

On notera également qu’on entend l’idée de dépendance ou d’indépendance d’un point de vue syntaxique, et non d’un point de vue sémantique. Dans certains exemples, il y a indépendance syntaxique mais dépendance sémantique : on parlera alors de subordination implicite.

ex3

Dans l’exemple (4), la phrase comporte deux propositions indépendantes, coordonnées par la conjonction de coordination et. Cependant, d’un point de vue sémantique, il y a bien un rapport de cause à conséquence entre les deux parties de la phrase. On parlera donc de subordination implicite.

Comment classer les subordonnées ?

On a dit qu’il y avait une relation de dépendance entre la proposition subordonnée et la proposition principale. Dès lors, dans la mesure où il y a plusieurs types de relations de dépendance, il y a aussi plusieurs types de subordonnées. Cela suppose de classer les subordonnées. Et tout classement implique un critère.

Il y a plusieurs classements possibles :

  • un classement selon la nature des différentes subordonnées : les relatives, les complétives, les circonstancielles, etc. C’est le classement le plus traditionnel.
  • un classement selon la fonction des différentes subordonnées : celles qui sont des constituants d’un groupe nominal et ont donc à peu près la fonction d’un adjectif, celles qui ont une fonction équivalente à celle d’un groupe nominal (sujet, complément du verbe, complément de phrase) ou d’un adverbe (complément de phrase).
  • un classement selon le point d’incidence de la proposition : les propositions qui se rapportent à un nom, celles qui se rapportent à un verbe, celles qui se rapportent à la phrase entière.
  • un classement selon la nature du mot subordonnant. C’est le classement que proposaient, lorsque j’étais étudiant, mes professeurs de grammaire. C’est aussi le classement que l’on trouvera ci-dessous.

Un classement possible

Plutôt que de reproduire ici des extraits de mes notes de cours ou de manuels, je vais tenter de présenter ce dernier classement sous la forme d’une carte mentale. J’espère que ce support visuel vous aidera à mieux comprendre.

On distinguera :

  • les subordonnées sans mot subordonnant, qu’il s’agisse de l’absence totale de tout mot introducteur (propositions infinitives et participiales), ou bien de la présence d’un mot introducteur non considéré comme subordonnant (propositions interrogatives indirectes, introduites par des adverbes interrogatifs),
  • les subordonnées introduites par un pronom relatif et que l’on appelle, de façon tout à fait logique, des subordonnées relatives,
  • les subordonnées introduites par une conjonction de subordination, qu’il s’agisse des conjonctives complétives pures ou des propositions circonstancielles.

Je voudrais préciser qu’au-delà des exemples explicites choisis par les grammairiens pour illustrer leurs manuels, il est des phrases pour lesquelles il est légitime d’hésiter entre une interprétation ou une autre. Ce sont ces phrases-là qui rendent la grammaire intéressante, puisqu’il faut alors s’interroger, se questionner, argumenter pour ou contre telle ou telle interprétation grammaticale. Il existe, de fait, plusieurs écoles de grammairiens, plusieurs façons de décrire les mêmes phénomènes, plusieurs interprétations différentes des mêmes phrases.

J’ai essayé, dans la carte mentale ci-dessous, d’être le plus clair possible, et j’espère ne m’être pas trompé. N’hésitez pas à me poser toute question qui vous passerait par la tête. Mes prochains billets de grammaire détailleront ce qui n’est présenté ici que de façon très résumée.

carte-mentale-subordonnees

Je me rends compte que, une fois postée sur le site, l’image est rétrécie, et qu’il faut s’arracher les yeux pour lire les explications. En principe, en cliquant sur l’image, vous devriez pouvoir l’agrandir.


Sources

  • L’ouvrage qui me sert systématiquement de référence est la Grammaire méthodique du français de Martin Riegel, Jean-Christophe Pellat et René Rioul, éditée aux Presses Universitaires de France (1994, rééd. 2009). Cet ouvrage n’adopte pas le même plan que le mien.
  • J’ai également utilisé des notes que j’avais prises en tant qu’étudiant à l’Université de Nice. Je voudrais donc ici remercier mes professeurs et en particulier Mme Anna Jaubert et Mme Marie-Albane Watine.
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5 réflexions au sujet de « Comment classer les subordonnées ? »

  1. Bonjour, merci pour cette synthèse ! Cependant, je m’interroge sur l’exemple suivant : « J’ai l’espoir que la guerre finira bientôt. » Vous parlez de proposition subordonnée conjonctive complétive et de conjonction de subordination, ce qui suppose que la subordonnée complète un verbe. Or vous donnez comme fonction CDN « espoir », donc complément de nom. N’est-ce pas contradictoire ? Est-ce la forme du verbe qui autorise cela ? Au secours ! Et merci d’avance pour votre éclairage.

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    1. Je dirais que la proposition subordonnée complète la locution figée « avoir espoir ». Je ferai peut-être un article spécifique sur ce genre de phrases.

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