Non, le subjonctif n’est pas toujours introduit par « que »

Au hasard de mes pérégrinations sur les réseaux sociaux, je me suis rendu compte que certains pensent qu’il ne peut y avoir de subjonctif sans être introduit par « que ». Il est vrai que ce morphème signale généralement le mode subjonctif, au point que, dans certains tableaux de conjugaison, il est ajouté avant le verbe. Pourtant, on peut très bien rencontrer des subjonctifs sans « que ». Quelques exemples…

(1) « Je voudrais lui trouver un cadeau qui lui fasse plaisir et qui soit en même temps utile. »

Dans ce premier exemple, le subjonctif n’est pas introduit par « que ». Alors, vous me direz, il y a un « qui ». Certes, mais ce n’est pas la même chose, et ce n’est pas cela qui déclenche l’usage du subjonctif. Après tout, je peux très bien dire :

(2) « Je lui ai trouvé un cadeau qui lui a fait plaisir et qui était en même temps très utile. »

L’exemple (2) est à l’indicatif, puisque le premier verbe en gras est au passé composé, et que le suivant est à l’imparfait. Ce deuxième exemple permet bien de comprendre, par contraste, la différence avec le premier.

La Grammaire (Paul Sérusier, Wikimedia Commons)
La Grammaire (Paul Sérusier, Wikimedia Commons)

En (2), il s’agit d’une situation réelle, qui a effectivement eu lieu. Un cadeau a réellement été trouvé, acheté puis offert, et son heureux destinataire en a éprouvé un plaisir tout aussi réel.

En (1), au contraire, il s’agit d’une situation potentielle. Le cadeau dont on parle n’a pas encore été trouvé, et il n’est pas même certain que l’on en trouvera un. La personne qui parle décrit les caractéristiques idéales du cadeau. Bref, on est dans le virtuel.

Pour Gustave Guillaume, d’après la Grammaire méthodique du français, on emploie le subjonctif « chaque fois que l’interprétation l’emporte sur la prise en compte de l’actualisation du procès, lorsque s’interpose entre le procès et sa verbalisation l’écran d’un acte psychique (sentiment, volonté, jugement) ».

C’est bien ce qu’il se produit ici dans notre exemple (1) : la personne qui dit « je » imagine les qualités du cadeau idéal. L’acte psychique interprétatif importe davantage que les faits réels. « Le subjonctif exprime une sélection dans un ensemble de référents possibles » (un cadeau parmi un ensemble de cadeaux possibles), comme si l’on parcourait l’ensemble des possibles pour en sélectionner un.

La Grammaire méthodique du français cite également J.P. Confais, pour lequel « le subjonctif sert à annuler ou à désamorcer le potentiel déclaratif de la séquence concernée ».

Cela ne fait pas pour autant du subjonctif un mode de l’irréel. On peut très bien dire : « Je regrette qu’il soit venu », au subjonctif donc, et il s’agit d’un fait bien réel, mais ici, on ne se contente pas de déclarer l’existence de ce fait, ce qui importe avant tout est l’interprétation que l’on a de ce fait. D’où l’idée d’ « écran psychique ».

Autres exemples, trouvés dans la Grammaire méthodique du français, sans le fameux « que »:

« Vive le roi ! »
« Dieu vous bénisse ! »
« Plût au ciel que nous connussions la grammaire ! »
« Soit un triangle équilatéral ABC… »
« Vienne la nuit, sonne l’heure »
« Je ne sache pas que… »

Dans un registre plus familier :

« Grand bien lui fasse ! »

Et, pour terminer sur un exemple d’actualité :

« Vivent les vacances ! »

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