Une réécriture volcanique de Phèdre

Parmi les « objectifs 2017 » que je m’étais fixés dans un précédent article, il y avait celui de consacrer une part plus importante au théâtre et au roman. Je voudrais donc vous parler aujourd’hui d’une pièce de théâtre que j’ai eu l’occasion de lire il y a quelques années, lorsque je préparais mon cours sur les « problématiques du théâtre et de la théâtralité ». Il s’agit de Volcan, de Philippe Minyana.

La pièce

Volcan est une pièce de théâtre d’une vingtaine de pages, publiée aux Éditions Théâtrales en 1993 en même temps que deux autres pièces, Où vas-tu Jérémie ? et Les Guerriers. Elle a été écrite par Philippe Minyana, né en 1946, lauréat en 2010 du grand prix de théâtre de l’Académie française.

Une réécriture de Phèdre

Il suffit de lire la liste des personnages pour se rendre compte que Volcan est une réécriture de Phèdre. Il y a cinq personnages : « Phèdre la jeune », « Thésée Roi », « None », « Rar » et « le volcan ». L’ombre de Racine hante donc ces pages…

Le récit tragique est transposé dans un contexte bien différent :

« Phèdre la jeune. — […] j’aime Hippolyte !
None. — Tout le monde le sait sauf Thésée Roi ! Et sais-tu que Thésée Roi ton mari et « son père à lui » — mais tu l’as oublié — serait là-haut dans la montagne retenu en otage par cette fameuse armée du peuple qui est rouge […] »

Le volcan, un personnage à part entière

Une coulée de lave (Pixabay)
Une coulée de lave (Pixabay)

Dans cette pièce, le volcan est un personnage à part entière. C’est lui qui, à l’ouverture du rideau, prend en premier la parole en s’adressant à Phèdre :

« Au milieu des champs de cannes et des rizières je vous regarde vous ceux de l’archipel et ma colère est si grande que je sens ma roche qui frétille et se charge d’eau et d’acides et moi le volcan je vais vomir ma lave si visqueuse que les gaz souterrains qui vont s’accumulant ne pourront s’échapper et […] »

La phrase est particulièrement longue (je ne l’ai pas citée en entier) et ne comporte aucun signe de ponctuation. On peut donc parler de logorrhée (de logos, langage, et rhein, couler). Cela implique sans doute, de la part de l’acteur, une diction continue, sans interruption, propre à faire de la parole comme un écoulement de lave… La pièce commence donc sur cette menace proférée par le volcan.

Un travail sur la langue et ses registres

Nous sommes donc loin du langage épuré de Racine. On rencontre même, dès la première page, des marques de langage familier (c’est toujours le volcan qui parle) :

« Et voilà que ton héros s’est fait la malle il est où l’homme aux dollars ton Thésée Roi […] Alors il est où ton héros ? Entre des cuissettes consentantes ou bien c’est un poignard qui perfore ses reins et il dégueule tout son sang en appelant père et mère à son secours! »

Sans vous révéler toute l’histoire, je peux vous dire que j’ai trouvé cet ouvrage très intéressant et agréable à lire. On voit que la littérature classique constitue un riche terreau pour la création contemporaine, capable de la réadapter, voire de la réinventer…

 

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