Les haïkus d’hiver de Daniel Biga

Paru en 2015 aux éditions Tarabuste, Le sentier qui serpente est sous-titré « haïku de voyages et des quatre saisons ». De fait, ses quatre sections portent le nom des saisons, et elles sont toutes composées de petits textes de trois vers, alternativement alignés sur la marge gauche puis sur la marge droite de la page. Je vous propose donc de découvrir les haïkus d’hiver de Daniel Biga.

Tradition et modernité

Daniel Biga emprunte à la tradition du haïku les thèmes traditionnels de la nature, des saisons, l’observation d’instants fugaces, restitués dans une langue économe de mots.

« l’hiver
les serpents
dorment » (p. 61)

On le voit, le poète ne s’impose pas le respect des mesures de cinq, sept et cinq syllabes, pourtant constitutif du genre du haïku. On perçoit ainsi la liberté que prend le poète avec une tradition dont il revendique pourtant l’héritage (il aurait pu tout aussi bien ne pas parler de haïku). Parlera-t-on de haïkus libres ?

D’ailleurs, en faisant imprimer les haïkus à la suite (et non pas avec un seul poème par page), Daniel Biga choisit une mise en page qui les fait ressembler à des strophes. Autrement dit, si l’on peut lire ces haïkus de façon isolée, cette mise en forme invite à une lecture qui les situerait dans un ensemble, comme des strophes d’un long poème.

« blanche longue grosse
la mer craque sur la grève
rouleaux d’hiver sont revenus » (p. 61)

L’hiver sans grandiloquence

Ces haïkus qui mêlent tradition et modernité nous offrent une peinture humble de l’hiver, qui s’exprime sans grandiloquence aucune. Le recours au discours direct permet de rapporter tels quels des propos très simples :

« Ce que j’aime
l’hiver c’est faire des soupes ! »
dit Jean-Pascal (p. 61)

La syntaxe de la phrase (on parlera de tour pseudo-clivé) montre qu’il s’agit de langage familier. Le personnage n’est nommé que par son prénom. On pourrait presque croire que le poète s’est contenté de recopier une phrase entendue. Mais la versification révèle le travail du poète : le rejet de « l’hiver » permet de mettre en valeur ce mot, ainsi que de retrouver les sept syllabes traditionnellement présentes dans le vers central du haïku.

L’onomatopée s’invite dans le haïku, et l’on retrouve là Bashô :

« broof !… broof !… broof !.. »
ce n’est que le chat
qui tousse (p. 64)

Daniel Biga a su trouver la spontanéité qui fait le charme du haïku. Il n’y a pas d’ego ici, pas de volonté de briller, juste la poésie toute nue.

« neige du réveil
édredon blanc
sur le balcon » (p. 65)

C’est, dans l’ensemble, un hiver calme et joyeux que nous donne à lire Daniel Biga. Le poète observe avec délectation le monde qui l’entoure, sur lequel il promène un regard amusé.

« sous la neige
les pavés sous les pavés
la plage » (p. 66)

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