L’Amérique

Quelque temps après avoir lu L’Amérique n’existe pas de Jean-Michel Maulpoix, j’ai eu l’idée de ce poème sur l’Amérique où je ne suis jamais allé, mais dont tant d’images me parviennent…

L’Amérique est un immense immeuble de verre qui tente de toucher le ciel et de caresser les nuages.

L’Amérique est une station-service perdue quelque part au milieu d’un désert venteux clairsemé d’herbes sèches.

L’Amérique est une vieille bagnole anguleuse, très large et très longue, faite pour rouler tout droit.

L’Amérique est un cinéma en plein air qui ressemble à un parking placé face à un écran géant.

L’Amérique est une batte de base-ball posée contre un mur à côté d’une casquette rouge.

L’Amérique est ce show du soir, à vingt heures cinquante, chez tous les téléspectateurs du monde.

L’Amérique est un alignement d’étoiles blanches sur fond bleu, strié de rayures rouges et blanches.

L’Amérique est une longue route goudronnée, absolument rectiligne, marquée par une double ligne jaune continue, au milieu d’une immensité aride.

L’Amérique est un immense casino brillant de mille feux dans la nuit.

L’Amérique est un petit bout de papier de couleur verte que l’on appelle un dollar.

L’Amérique est une boîte en fer-blanc de trente-trois centilitres, cylindrique, de couleur rouge.

L’Amérique est une girouette au sommet d’une grange, elle aussi de couleur rouge.

L’Amérique est une double porte battante, en bois, dont les lattes laissent échapper une épaisse fumée de tabac et la musique d’un vieux piano mal accordé.

L’Amérique est une étoile en or que le sheriff porte à la ceinture.

L’Amérique est une pompe à pétrole qui répète inlassablement le même mouvement de va-et-vient sous un soleil de plomb.

L’Amérique est une course-poursuite où hurlent les sirènes et s’accumulent les cascades.

L’Amérique est cette vision au ralenti de la démarche sereine du héros sur un fond d’explosion apocalyptique.

L’Amérique est un récipient en plastique d’un demi-litre destiné à recueillir un liquide sombre au vague goût de café.

L’Amérique est une boule de silicone au chaud de la poitrine d’une femme.

L’Amérique est un escalier extérieur sur la façade d’un vieil immeuble.

L’Amérique est un pigeon sur les marches du Lincoln Memorial.

L’Amérique est une avenue tranquille où les trottoirs sont séparés de la route par une large bande de gazon.

L’Amérique est un petit jardin à l’avant d’une villa, soigneusement entretenu pour l’agrément des passants.

L’Amérique est une citrouille grimaçante entreposée sur un perron.

L’Amérique est une cave à laquelle on accède par une porte horizontale située à côté de la maison, et dans laquelle on peut se réfugier en cas de tornade.

L’Amérique est un motel excentré où un couloir extérieur permet d’accéder à des chambres louées à bas prix.

L’Amérique est un taxi de couleur jaune.

L’Amérique est un vieux poste de radio qui crache un ancien air de rock’n’roll.

L’Amérique est une large allée bordée de palmiers devant une colline supportant d’immenses lettres blanches.

L’Amérique est une trace de pas sur le sol lunaire.

L’Amérique est un verre de vin partagé en dehors des repas.

L’Amérique est un cow-boy de néon allongé sur le toit d’un casino.

L’Amérique est un gigantesque M d’or, aux formes arrondies, qui clignote au sommet d’un mât au milieu de la ville.

 

 

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2 réflexions au sujet de « L’Amérique »

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