Mallarmé en 5 citations

Stéphane Mallarmé a une réputation de poète difficile, voire obscur. Pourtant, c’est un poète qui mérite d’être lu. Je vous propose aujourd’hui, en guise d’introduction à la lecture de Mallarmé, 5 citations qui vous permettront de mieux le connaître.

Stéphane Mallarmé par lui-même

Que retenir de la biographie de Stéphane Mallarmé ? Le plus simple est encore de poser la question au poète lui-même. En effet, dans une lettre adressée à Paul Verlaine, Mallarmé apporte des renseignements biographiques sur lui-même.

L’origine familiale

« […] né à Paris, le 18 mars 1842, dans la rue appelée aujourd’hui passage Laferrière. Mes familles paternelle et maternelle présentaient, depuis la Révolution, une suite ininterrompue de fonctionnaires dans l’Administration de l’Enregistrement ; et bien qu’ils y eussent occupé presque toujours de hauts emplois, j’ai esquivé cette carrière à laquelle on me destina dès les langes. »

Un passionné de littérature dès l’enfance

« J’ai perdu tout enfant, à sept ans, ma mère, adoré d’une grand’mère qui m’éleva d’abord ; puis j’ai traversé bien des pensions et lycées, d’âme lamartinienne avec un secret désir de remplacer, un jour, Béranger, parce que je l’avais rencontré dans une maison amie. Il paraît que c’était trop compliqué pour être mis à exécution, mais j’ai longtemps essayé dans cent petits cahiers de vers qui m’ont toujours été confisqués, si j’ai bonne mémoire.

Il n’y avait pas, vous le savez, pour un poète à vivre de son art même en l’abaissant de plusieurs crans, quand je suis entré dans la vie ; et je ne l’ai jamais regretté. Ayant appris l’anglais simplement pour mieux lire Poe, je suis parti à vingt ans en Angleterre, afin de fuir, principalement ; mais aussi pour parler la langue, et l’enseigner dans un coin, tranquille et sans autre gagne-pain obligé : je m’étais marié et cela pressait.

Aujourd’hui, voilà plus de vingt ans et malgré la perte de tant d’heures, je crois, avec tristesse, que j’ai bien fait. »

Le but ultime de Mallarmé : le Livre, le Grand Œuvre

« […] j’ai toujours rêvé et tenté autre chose, avec une patience d’alchimiste, prêt à y sacrifier toute vanité et toute satisfaction, comme on brûlait jadis son mobilier et les poutres de son toit, pour alimenter le fourneau du Grand Œuvre. Quoi ? c’est difficile à dire : un livre, tout bonnement, en maints tomes, un livre qui soit un livre, architectural et prémédité, et non un recueil des inspirations de hasard, fussent-elles merveilleuses… J’irai plus loin, je dirai : le Livre, persuadé qu’au fond il n’y en a qu’un, tenté à son insu par quiconque a écrit, même les Génies. L’explication orphique de la Terre, qui est le seul devoir du poète et le jeu littéraire par excellence : car le rythme même du livre, alors impersonnel et vivant, jusque dans sa pagination, se juxtapose aux équations de ce rêve, ou Ode. »

Le jugement de Mallarmé sur son époque

« Au fond je considère l’époque contemporaine comme un interrègne pour le poète, qui n’a point à s’y mêler : elle est trop en désuétude et en effervescence préparatoire, pour qu’il ait autre chose à faire qu’à travailler avec mystère en vue de plus tard ou de jamais et de temps en temps à envoyer aux vivants sa carte de visite, stances ou sonnet, pour n’être point lapidé d’eux, s’ils le soupçonnaient de savoir qu’ils n’ont pas lieu. »

Stéphane MALLARMÉ, Lettre à Verlaine, 16/11/1885, Wikisource.

Le poème le plus connu de Mallarmé : le sonnet en X

« Ses purs ongles très haut dédiant leur onyx,
L’Angoisse ce minuit, soutient, lampadophore,
Maint rêve vespéral brûlé par le Phénix
Que ne recueille pas de cinéraire amphore

Sur les crédences, au salon vide : nul ptyx,
Aboli bibelot d’inanité sonore,
(Car le Maître est allé puiser des pleurs au Styx
Avec ce seul objet dont le Néant s’honore.)

Mais proche la croisée au nord vacante, un or
Agonise selon peut-être le décor
Des licornes ruant du feu contre une nixe,

Elle, défunte nue en le miroir encor
Que dans l’oubli fermé par le cadre se fixe
De scintillations sitôt le septuor. »

Stéphane Mallarmé, Les poésies de Stéphane Mallarmé,
la Revue indépendante, 1887 (p. 73), cité d’après Wikisource.

A suivre

Pour faire suite à cette introduction, mon prochain article consacré à Mallarmé portera sur des poèmes moins connus de ce grand poète, afin notamment de démontrer qu’il n’est pas toujours aussi illisible et obscur que ce qu’on croit.

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