Maulpoix : « La poésie a mauvais genre »

Jean-Michel Maulpoix a récemment fait paraître un essai aux éditions José Corti, intitulé La poésie a mauvais genre. Il y poursuit ainsi une réflexion sur la poésie entamée dès les années quatre-vingts avec La Voix d’Orphée. Quelques mots sur cet ouvrage que je viens juste de recevoir…

Pourquoi « mauvais genre » ?

En premier lieu, il faut expliciter le titre de cet essai. Si Jean-Michel Maulpoix dit que la poésie a « mauvais genre », c’est en effet qu’elle a perdu de son aura depuis le XVIe siècle où elle était unanimement glorifiée comme l’art par excellence. Cette « perte d’auréole » date de la modernité baudelairienne. L’un des propos du livre est donc d’expliquer ce retournement.

Dans l’un des articles de La poésie malgré tout (1996), Jean-Michel Maulpoix filait la métaphore du procès, et utilisait à peu près tous les termes du lexique judiciaire, pour souligner déjà le fait que « la poésie est suspecte » :

« La poésie est suspecte. Depuis le milieu du XIX° siècle, elle n’a cessé d’être en procès. […] Le procès auquel je songe est celui, résolument moderne, que la poésie s’intente à elle-même. Depuis la fin du romantisme, en effet, et plus encore au milieu de ce siècle-ci, elle souffre d’une crise d’identité sans précédent qui la conduit à se poser sans cesse la question de son sens et de sa valeur, voire celle de sa culpabilité. »

Jean-Michel Maulpoix, La poésie malgré tout,
Paris, Mercure de France, 1996, p. 11-12.

Aussi, l’une des façons de comprendre ce titre — La poésie a mauvais genre –, c’est de considérer que la poésie moderne n’a pas « bon chic bon genre ». Loin de se présenter comme une perfection céleste, elle a des airs de bad boy.

Une deuxième façon de comprendre ce titre, c’est de le prendre au sens littéral, et de voir dans le mot « genre » une allusion aux genres littéraires. Sur les trois citations épigraphes qui introduisent le recueil, deux insistent sur cette notion de genre qui a, elle aussi, fait couler beaucoup d’encre.

Et cette réflexion sur le « genre » (comme catégorie littéraire) n’est pas déconnectée de celle sur le « bon » ou « mauvais genre » de la poésie :

« […] j’observe que derrière cette opposition apparemment radicale entre deux âges de notre culture et deux ententes de la poésie des traits communs se laissent entrevoir qui convergent pour affranchir la poésie de la notion de genre, ou qui en tout cas invitent à la situer ailleurs, dans une autre logique que celle des cartographies génériques. »

Jean-Michel Maulpoix, La poésie a mauvais genre,
Paris, José Corti, 2016, p. 10.

En somme, ceux qui divinisaient la poésie et ceux qui lui font perdre son auréole ont en commun de penser la poésie en dehors de la notion de genre telle qu’on l’entend ordinairement. C’est ce qu’écrit aussi Jean-Michel Maulpoix dans la quatrième de couverture de l’ouvrage :

« La poésie n’est pas réductible à un genre. Elle excède les catégories et met à mal les définitions, tant elle n’a de cesse de « brûler l’enclos » (René Char) et d’aller « plus avant » (Paul Celan). »

Ibid., quatrième de couverture.

Une poésie de l’ici-bas

Au-delà de cette réflexion sur les rapports de la poésie et de la notion de genre, l’ouvrage de Jean-Michel Maulpoix semble aussi, à parcourir sa table des matières, présenter une poésie de l’ici-bas.

« Dans l’intimité de la finitude », « Une parole terrestre », « Le temps des proses », « Le poème à sa fenêtre », « Banlieues de la poésie » : ces différents titres évoquent une poésie immanente, attachée à dire ce qui est, à tenir compte de la condition « claudicante » de l’homme, de la réalité concrète de l’existence humaine placée face à la certitude de la mort, jusque dans le prosaïsme du quotidien.

Parcours singuliers

Les deux dernières parties de l’ouvrage se concentrent sur des poètes particuliers. On y lira deux chapitres consacrés à Guillaume Apollinaire, deux autres à Paul Éluard, puis quatre chapitres qui s’intéressent successivement à Maurice Blanchot, Benoît Conort, à Christian Dotremont et à Rainer Maria Rilke.

A suivre

Ces quelques lignes ne sauraient épuiser tout ce qu’il y a à dire sur cet ouvrage que je n’ai fait, pour l’instant, que feuilleter. J’espère que cette première approche très superficielle n’aura pas excessivement déformé le propos de l’auteur, et qu’elle aura suffi à vous donner envie de lire plus avant l’ouvrage de Jean-Michel Maulpoix.


Image d’en-tête : Portrait de Jean-Michel Maulpoix, Wikimedia Commons.

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