Un poème de Daniel Biga

Je vous ai déjà parlé ici ou de Daniel Biga, un poète français né en 1940 à Nice. Je vous propose aujourd’hui un poème extrait de Détache-toi de ton cadavre, recueil publié en 1998 et réédité en 2015 à la suite des haïkus de Le sentier qui serpente. J’ai choisi ce poème parce qu’il porte sur le nom même de Biga, ce qui n’est pas la moins bonne façon de faire connaissance avec ce poète, et parce qu’il est fort savoureux et plein de vie, à l’image du recueil entier.

Je précise que WordPress ne permet pas de citer le texte avec l’exacte disposition typographique voulue par l’auteur, en revanche les caractères gras sont d’origine :

« Daniel est mon prénom Biga mon patronyme
On m’appela souvent Bigarreau
quelquefois Bigadoux

moi j’entendis bi-gars ou le gars bis
(comme Degas en un seul)
et vécu cette ambivalence-là…
(plus tard je devins bigame)

au long temps des signatures et des initiales
fort bigarrées
Débé ou Desbets fut un emprunt
pour essayer (vainement) d’entrer dans la norme

sous le pseudo de Fantanpié Pipanter
je fus le co-auteur ado d’un polar resté inédit

(l’avez échappé belle !)

mais c’est Leinad Agib
l’authentique palindrome de mes vingt ans

algériens

quand j’aimais encore les States
les beats fluxus et le pop art
je devins Big A
puis je signais bientôt Kilroy
le retiré
l’anonyme

— car longtemps surtout je confondis nom en non
butant durablement sur la négation —

(le non dit du père)

aujourd’hui je ne suis plus que la mémoire
de l’eau de mon baptême
et le traducteur amusé d’Abed Nil Gai« 

Daniel Biga, Le sentier qui serpente,
suivi de Détache-toi de ton cadavre
,
Saint-Benoît-du-Sault, Tarabuste, 2015,
p. 128-129.

Nom de pays : le nom

Ce savoureux jeu avec l’onomastique témoigne de ce que le poète ne se prend pas au sérieux. Daniel Biga joue avec les sonorités et avec les lettres de son nom, qui se retrouve également dans des mots en caractères fins, comme « bigarré » ou « bigame ». C’est la preuve que l’on peut faire de l’humour en poésie !

On retrouve dans « Leinab Agib » et dans « Abed Nil Gai » les lettres en désordre du nom de Daniel Biga : ce sont des palindromes.

Je est un autre

Tout en jouant avec son nom et ses pseudonymes, Daniel Biga propose aussi un parcours rétrospectif sur son itinéraire poétique et, finalement, sur sa propre identité, depuis les textes d’adolescence jusqu’à nos jours. Une identité sinon multiple, du moins à plusieurs facettes, incarnées par ces noms et pseudonymes.

L’encyclopédie Wikipédia rappelle que « Daniel Biga est un des auteurs emblématiques de ce que l’on a appelé la beat generation française ». Cette assertion est appuyée par un lien vers un document de la Bibliothèque Nationale de France qui le confirme : « Un groupe de jeunes artistes, essentiellement des poètes, se réclament assez vite de l’influence beat : Francis, Giauque, Daniel Biga, Théo Lesoualc’h ou Claude Pélieu, entre autres » (p. 14).

Aussi peut-on légitimement supposer que c’est à ces modèles américains que fait référence Daniel Biga lorsqu’il évoque « les States », les « beats fluxus » et le « pop art ». Alors je ne sais pas exactement ce que sont les « beats fluxus », mais en furetant sur le Net, j’ai trouvé ceci qui en donne peut-être une idée (ce serait alors un mouvement artistique et musical).

Toujours est-il que Daniel Biga est l’auteur d’un Kilroy was here, ce qui éclaire le pseudonyme Kilroy qui est le seul à être écrit par le poète non seulement en gras, mais aussi en italiques, comme on le fait pour les titres d’ouvrages.

Pour en savoir plus sur Daniel Biga

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