Trois poèmes sur la mer

Des poèmes sur la mer, on en trouverait sans nul doute des dizaines, sinon des centaines. J’en ai ici choisi trois.

1. Lorand Gaspar, Patmos et autres poèmes

La mer en Grèce (Jarekgrafik, Pixabay, libre de réutilisation)
La mer en Grèce (Jarekgrafik, Pixabay, libre de réutilisation)

Lorand Gaspar est un poète français contemporain, né en 1925 en Transylvanie. Je vous recommande son recueil Patmos et autres poèmes, paru dans la fameuse collection « Poésie » des éditions Gallimard, au format de poche. Un exemple trouvé en feuilletant le recueil :

« Tu aimes ce grand vent accouplé à la mer
Jailli de nulle part il occupe d’un bond le présent
fouille la racine des eaux, des arbres,
puis rompt les amarres de la vieille maison —

et les rochers tremblent sous le fracas des eaux —

celui qui cherchait à entendre sa musique
dans le poème vidé de ses mots
le vent pour pensée, déjà si loin en mer,
contemplait ces forces, ces dieux anciens,
qui détruisent sans colère ni haine —
et voici un souffle qui passe
entre la crête d’une vague et d’une aile –« 

(p. 135)

Ce poème se passe de commentaires tant il est d’une force évidente. L’accouplement du « grand vent » et de la « mer », dès le premier vers, donne le ton d’un poème dont le lyrisme confine à l’épique, un peu à la manière de Saint John Perse (voir ici un extrait de Neiges).

2. Eugène Guillevic, Sphère suivi de Carnac

La mer et un phare (lileo, Pixabay, libre de réutilisation)
La mer et un phare (lileo, Pixabay, libre de réutilisation)

Ce poète breton né à Carnac en 1907 a également écrit à propos de la mer. Je vous propose ici un poème qui m’a séduit par sa brièveté, issu du recueil éponyme de son lieu de naissance :

« La mer comme un néant
Qui se voudrait la mer,

Qui voudrait se donner
Des attributs terrestres,

Et la force qu’elle a
Par référence au vent. »

(p. 144)

La beauté de ce poème tient en partie de ce qu’il se trouve au milieu d’autres poèmes tout aussi brefs, eux aussi consacrés à la mer, à la terre, au vent. Je ne suis pas sûr qu’ainsi cité de façon isolée, il soit aussi facile de l’apprécier (ce qui se pourrait dire, en réalité, de tout poème).

J’aime la répétition un peu tautologique de « la mer » dans les deux premiers vers, comme si la mer ne se laissait décrire que par son nom même. La mer, la terre et le vent apparaissent dans ce poème comme des forces naturelles, élémentaires, mises en valeur dans toute leur nudité par la simplicité stylistique du poème.

3. Jean-Michel Maulpoix, Une histoire de bleu

Chaises longues, mouette, et la mer (Stevebidmead, Pixabay, libre de réutilisation)
Chaises longues, mouette, et la mer (Stevebidmead, Pixabay, libre de réutilisation)

Une histoire de bleu est sans conteste le recueil le plus célèbre de Jean-Michel Maulpoix. Cela ne doit rien au hasard. Le thème du bleu est déjà, en lui-même, particulièrement attirant : qui peut être indifférent face au ciel et à la mer ?

C’est aussi que l’ouvrage traite de la condition humaine en fin de XXe siècle : la quatrième de couverture définit le recueil comme le « poème de la finitude moderne qui tâtonne à la recherche du sacré dans un monde qui en a perdu l’idée mais en conserve le désir ».

Voici un poème tiré de la section centrale du recueil, qui est la seule qui soit en vers libres et non en prose. Le poète s’y moque volontiers de l’emphase du lyrisme traditionnel. Et, comme dans toute parodie, il y a aussi de l’admiration dans la moquerie. De fait, Jean-Michel Maulpoix se pose explicitement comme le défenseur d’un « lyrisme critique ».

« Avec mes tympanons, ma trompe et mes timbales
Je chanterai sur un semblant d’air lyrique
Le grand tintamarre de la mer moderne et désuète
Pleine à ras bord de vieilleries et de trésors légendaires
Accrue de performances et de péripéties nouvelles
Traversée de cargos, de brise-glaces et de méthaniers monumentaux.

Ce sera une espèce inouïe de poème
Gonflé de belles images et de bons sentiments
Mimant à la manière antique le pathos de la mer et la
discorde de ses bruits archaïques
Pressant l’accordéon du large au poumon bleu gonflé
d’œdèmes
Faisant chanter ses boursouflures au pied des phares et
des balises
Médusant ses moutons, ses mollusques
Soldant le gros temps à bas prix. »

(p. 61 dans l’édition de 1992 du Mercure de France)

Jean-Michel Maulpoix montre dans ce poème qu’il est conscient des excès de certaines formes de lyrisme, mais sa jubilation à parodier cet excès est tout aussi palpable… Et je crois que ce poème est savoureux pour le lecteur aussi !


(Image d’en-tête : Des vagues, KIMsookhyun, Pixabay, libre de réutilisation)

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