Non, la grammaire n’est pas ennuyeuse !

J’aime la grammaire, parce que j’aime la langue. En dépit de la parenté du mot avec grimoire, elle n’est pas une science aride et absconse. Ses règles ne sont ni totalement arbitraires, ni totalement déterministes.

J’aime savoir comment la langue fonctionne. Au-delà de la maîtrise de la terminologie, ce qui est intéressant, c’est de s’interroger sur le fonctionnement de la langue. Au-delà des exemples proprets des manuels, taillés sur mesure pour illustrer parfaitement ce qu’ils sont censés mettre en évidence.

Savoir pourquoi tel ou tel grammairien n’a pas eu la même analyse d’un même phénomène que tel autre. Savoir pourquoi plusieurs points de vue sont parfois également admissibles.

Car la grammaire n’est pas un répertoire fermé de règles qu’il suffirait d’apprendre et de réciter. C’est plutôt une façon d’analyser rationnellement une réalité qui est, en soi, mouvante, changeante, surprenante, bref vivante.

La grammaire est postérieure à la langue. Les êtres humains ont parlé et écrit des langues bien avant de tenter de les décrire et de les comprendre. De même, individuellement, on n’apprend pas sa langue maternelle dans des manuels.

Aussi, ce qui est particulièrement intéressant pour moi, ce sont les cas litigieux, les exemples-limites que l’on pourrait, selon l’argumentaire retenu, classer dans une catégorie comme dans une autre.

Ces situations-frontières font prendre conscience du fait que les différentes catégories et concepts utilisés par la grammaire sont des constructions intellectuelles, plutôt que des réalités de nature. Ce sont des outils qui, comme tout outil, sont efficaces mais ont des limites.

Elles font prendre conscience du fait que les faits de langue s’inscrivent en réalité dans un continuum, un mouvement continu que les catégories grammaticales ne font qu’immobiliser comme le ferait un instantané photographique.

Ces zones de flou laissent place à l’interprétation, à la discussion, à la confrontation d’hypothèses. Une fois traités les cas explicites, les plus analogues aux exemples canoniques, on peut insister sur le grain de sable qui vient perturber la machinerie théorique, les cas litigieux ou indécidables qui démontrent les limites de certaines approches traditionnelles.

Alors, non, la grammaire n’est pas ennuyeuse. C’est, pour une part, un jeu, un défi. C’est, aussi, une enquête, une investigation. C’est enfin et surtout un domaine aussi vivant que la langue elle-même, avec ses zones de liberté.

Image d’en-tête : La Grammaire (Paul Sérusier, Wikimedia Commons)

Tous les billets sur la langue sont ici.

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