Le XXe siècle en poésie

Cette année, le thème du Printemps des poètes, c’est le XXe siècle. Il s’agira donc de parcourir tout un siècle de poésie. Et pas des moindres, puisque l’encyclopédie en ligne Wikipédia recense rien moins que 1265 poètes français du XXe siècle, contre seulement 31 au XVe siècle, 165 au XVIe, 191 au XVIIe, 179 au XVIIIe, ou encore 558 au XIXe. C’est dire le caractère prolifique du siècle passé. Comment se repérer dans tout ça ?

Les bornes du siècle

Guillaume Apollinaire, 1916 (source : Wikipédia
Guillaume Apollinaire, 1916 (source : Wikipédia)

En littérature comme en histoire, les siècles représentent des périodes purement conventionnelles et arbitraires. Sur le plan de l’histoire politique, les dates de 1870 (fin de l’Empire et début de la IIIe République) et de 1914 (début de la Première Guerre mondiale) sont bien plus importantes que celle de 1900. Et sur le plan littéraire, on peut s’interroger sur le statut de la littérature qui précède le surréalisme : en laissera-t-on l’étude aux dix-neuviémistes ?

Il n’est pas sans pertinence de faire commencer le vingtième siècle littéraire avec « Zone » d’Apollinaire : après tout, n’est-ce pas dans ce poème que s’exprime une lassitude envers le « monde ancien » du XIXe siècle, en même temps que le poète chante les avions, les automobiles et la Tour Eiffel ?

De la même façon, l’an 2000, tout symbolique qu’il soit, ne constitue pas une rupture historique. L’avenir nous dira quelle date sera retenue pour clore le vingtième siècle. Peut-être celle de la chute du mur de Berlin et de l’effondrement du bloc soviétique. Ou encore celle des attentats de 2001.

Un mouvement, le surréalisme

André Breton (source : Wikipédia)
André Breton (source : Wikipédia)

La première moitié du siècle est profondément marquée par le surréalisme, en tant que mouvement littéraire, mais aussi artistique. Colette Guedj, dans une conférence donnée l’an dernier à Nice, soulignait la dimension subversive, voire insurrectionnelle, d’un dadaïsme et d’un surréalisme qui affectionnent la provocation, la remise en question des conceptions traditionnelles et bourgeoises, la recherche de nouveauté. On peut y voir une façon de s’en prendre à un rationalisme bourgeois qui n’avait pas su éviter la guerre. Les surréalistes promouvront donc l’irrationnel, l’inconscient, le mystère, l’automatisme, la magie des mots… Ses grandes figures se nomment Breton, Aragon, Desnos, Crevel, Soupault…

Les poètes indépendants

La première moitié du siècle a aussi connu des poètes indépendants, qui se maintiennent en dehors des sentiers surréalistes, ou ne font que les croiser ponctuellement. On mentionnera par exemple le nom de Valéry.

Puis vint la guerre

La guerre de 1939-1945 et ses horreurs sans précédent choquent profondément les consciences et contribuent sans doute à l’essoufflement d’un surréalisme auquel on ne pardonne plus de préférer l’imaginaire, la surréalité, à ce monde-ci. Il y eut une poésie militante, circonstancielle, engagée, faite pour s’adresser au plus grand monde. Mais une fois la guerre passée, la poésie française ne pouvait en rester seulement à une poésie de résistance.

La première génération d’après-guerre

C’est généralement la poésie postérieure à 1945, que l’on nomme du nom de « poésie contemporaine ». Il s’agit, grosso modo, de la poésie d’après le surréalisme, encore que ce dernier mouvement continue d’influencer la production poétique. Contrairement à la première moitié du siècle, la seconde n’est pas dominée par une tendance majeure telle que le surréalisme. Sans reprendre ici les repères fournis par Jean-Michel Maulpoix et Jean-Claude Pinson pour penser la poésie contemporaine, déjà évoqués dans un billet précédent, on peut rappeler que la première génération poétique d’après-guerre (Bonnefoy, Jaccottet, Dupin, Du Bouchet…) privilégie une poésie fermement ancrée dans l’ici, dans ce monde-ci qu’il faut habiter et décrire avec justesse.

  • Comme je le disais dans un précédent billet, la poésie de Philippe Jaccottet revendique une exigence de justesse et d’authenticité.
  • De la même génération, le poète belge François Jacqmin propose, dans Le livre de la neige, une poésie très épurée, soucieuse d’éviter les facilités de langage.
  • Quant à Yves Bonnefoy, vous le retrouverez dans l’une de nos citations du jour. Il est sans nul doute l’un des plus célèbres poètes de sa génération.

L’expérience oulipienne

Ouvroir de littérature potentielle : telle est la signification du mot « OuLiPo », sous la bannière duquel se regroupent mathématiciens et poètes. Parmi les plus connus, Raymond Queneau ou encore Jacques Roubaud. Un concept central de ce groupe est celui de contrainte, en tant que règle stimulant la créativité. Un exemple très célèbre est celui de La Cimaise et la Fraction, où les substantifs du poème ont été remplacés par le septième qui suit dans le dictionnaire (S+7).

Cette période est aussi celle de la vogue du structuralisme, de réflexions théoriques sur le langage, qui ne furent pas sans influence sur la poésie. Ce sont, selon la terminologie de Jean-Michel Maulpoix, des poésies du « Figurer », du « Décanter » et du « Déchanter ».

Les années quatre-vingts et le renouveau lyrique

  • Dans les années quatre-vingts, plusieurs poètes jugent nécessaire de réintroduire du sentiment dans une poésie devenue de plus en plus expérimentale et réflexive, sans pour autant revenir au romantisme. On parle ainsi de « nouveau lyrisme » ou de « lyrisme critique ». On pourra lire dans un autre billet de ce blog une tentative de définition rapide de cette notion de « lyrisme critique ».
  • Parmi les poètes concernés, on peut mentionner Jean-Michel Maulpoix, né en 1952, théoricien du lyrisme critique et auteur d’une très belle poésie en prose, qui s’attache notamment à peindre la mer, le ciel, la neige. L’an dernier, il faisait partie des auteurs proposés lors des écrits du baccalauréat littéraire. Son prochain recueil, intitulé Le voyageur à son retour, va paraître dans quelques jours.
  • Différents sont les thèmes de prédilection de Marie-Claire Bancquart, dont la poésie, alternant prose et vers, s’intéresse au corps, à la fragilité de la vie, à la mort, à la vie quotidienne et aux grands mythes de l’humanité, tel celui d’Icare.
  • On peut également citer les recueils de Béatrice Bonhomme, parmi lesquels Passant de la lumière et Mutilations d’arbres qui abordent la question du deuil, ou encore Les Gestes de la neige. Sous le titre de Kaléidoscope d’enfance, elle a écrit le texte d’un spectacle visuel et musical prenant la forme d’une lanterne magique.

Pour conclure

Ce billet n’entendait pas autre chose que de poser quelques très modestes repères, utiles à ceux qui voudraient, sur l’invitation du Printemps des Poètes, explorer la poésie française du XXe siècle. Les omissions y sont nombreuses : je n’ai pas voulu me lancer dans une longue litanie des noms de poètes, et j’ai préféré insister sur ceux pour lesquels vous trouverez, ici même, de plus amples explications.


(Image d’en-tête : Une bibliothèque, ElasticComputeFarm, Pixabay, libre de réutilisation)

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