Un nouveau recueil de Jean-Michel Maulpoix

Début février, paraîtra un nouveau recueil de Jean-Michel Maulpoix, intitulé Le voyageur à son retour, aux éditions Le Passeur. J’ai eu la chance de lire cet ouvrage en avant-première, dans une version inachevée, et d’en entendre une lecture publique par le poète lui-même, à l’issue de la soutenance de ma thèse consacrée à son œuvre, il y a tout juste un an.

« Vint un âge où de mes voyages je ne fis plus que revenir. »

Le thème du voyage est fortement ancré dans l’œuvre poétique de Jean-Michel Maulpoix. On songe en premier lieu à Chutes de pluie fine, recueil de poèmes en prose dont les quatre sections balisent la surface de la terre en autant de régions géographiques. On pense aussi à Domaine public, dont les deuxième et troisième sections inaugurent la forme du journal de voyage. Plus largement, maints poèmes de Jean-Michel Maulpoix évoquent le départ et l’en-allée, l’errance et la partance…

Pourquoi cette prégnance du thème du voyage dans l’œuvre de Jean-Michel Maulpoix ? Le poète y voit un « exercice de précision stylistique », comme il l’affirme dans le prologue du Voyageur à son retour. Une façon, sans doute, de se placer à côté de sa propre existence pour la considérer autrement. Une façon de se laisser surprendre par de subtiles différences de paysages, d’habitudes, de coutumes. Une façon d’arpenter ce monde qui est le nôtre, et de partir à la rencontre de la condition humaine. Une façon, également, de placer ses pas dans ceux d’illustres prédécesseurs, écrivains et poètes qui furent aussi de grands voyageurs.

Il y a d’abord, dans l’œuvre de Jean-Michel Maulpoix, le voyage désiré, espéré, fantasmé, le voyage auquel rêve « celui qui attend l’autobus ou le train de banlieue, les ailes repliées sous l’imperméable, à la même heure toujours sur le même quai, prêt à s’embarquer vers le premier jour de sa propre vie » (Une histoire de bleu, II-9).

A ces voyages rêvés succèdent des voyages réels, comme la quatrième de couverture de Domaine public le montre bien : « Je me tenais naguère devant la page blanche comme en face de la mer, songeur, fixant le bleu et rêvant de partances. A présent, je m’embarque. Cette vie est une succession de guichets, de barrières à franchir et de zones de transit ». Voilà donc le poète sillonnant le monde, équipé de son stylo et de son carnet. On trouvera sur le site Internet du poète quelques fac-similés, mêlant texte et dessin, de ces journaux de voyage.

Cette succession de voyages constitue, de l’aveu même du poète, une « recherche du pays natal », une façon de se rechercher soi-même en explorant l’autre et l’ailleurs. La quête se convertit parfois en errance :

« J’ai fumé la cigarette du voyage. Elle m’a piqué les yeux et fait battre le cœur plus vite. Elle a laissé sur mes réveils un goût de tabac froid. J’ai toussé, j’ai perdu ma voix. J’ai deux grosses valises sous les yeux. Je suis un voyageur brumeux qui n’y voit plus très clair et qui croit encore nécessaire de s’en aller plus loin ».

(L’Instinct de ciel).

En somme, les voyages succèdent aux voyages, le poète devient une « créature d’aéroport », un « homme tout bossué de sacs et de valises ». Ce ne sera que dans la quatrième section de Chutes de pluie fine que cette quête  trouvera un apaisement, sinon un aboutissement. Il est significatif de noter que le titre du Voyageur à son retour était déjà celui de cette quatrième et dernière section de Chutes de pluie fine, où l’on pouvait lire un « apprentissage de la lenteur », où le poète jugeait « belle » l’expression de « prendre son temps », et retrouvait « un rythme plus lent, au sortir du temps décousu qui [l’]avait jeté sur les routes ».

Or, le nouvel ouvrage de Jean-Michel Maulpoix commence par la phrase : « Vint un âge où de mes voyages je ne fis plus que revenir ». Ainsi, le but du poète n’est pas de se laisser aller à un exotisme facile, par lequel il suffirait de peindre des scènes de carte postale pour satisfaire son lecteur, mais plutôt de répondre aux questions :

« Où étais-tu ? », « D’où reviens-tu ? », « Que laisses-tu derrière toi ? », « As-tu vu des lumières et des formes nouvelles ? ».

(Le Voyageur à son retour)

Diapositives

Les différents poèmes du recueil adoptent la forme du poème en prose, ou bien celle du journal de voyage. « Lis ceci en marchant », « Poétique des pas perdus », « Poétique du carnet de route », les sections de l’ouvrage insistent sur cette thématique du voyage, de la marche, de la déambulation. On pense évidemment à Baudelaire, le rôdeur parisien, à Rimbaud, l’éternel piéton, à Réda, le banlieusard en Vespa…

Plus largement, il s’agit de scènes du quotidien, d’un lyrisme sobre. Le poète parle de « diapositives » : minuscules vignettes ouvertes sur le passé, scènes familières, instants fugitifs, réflexions sur l’écriture, pensées mélancoliques… La diapositive est, à sa façon, une « poétique du fragment », entre continu et discontinu.

L’atmosphère des poèmes est paisible. On n’est pas dans l’excitation des départs : ce sont un « dernier repas », de « dernières heures » avant de s’en retourner, c’est une projection de diapositives, une suite de promenades dans l’hiver, dans un monde « de couleur grise ».

Chambre d’échos

L’originalité de l’ouvrage tient aussi de ce qu’il s’augmente d’un dossier où amis et poètes, en écho à la parole de Jean-Michel Maulpoix, ont été invités à faire paraître quelques pages. « La poésie n’est pas seule », disait Michel Deguy, et il sera intéressant de voir comment ces différentes voix accompagnent celle du poète. Parmi celles-ci, Jean-Michel Maulpoix m’a fait l’honneur de me proposer d’inclure la mienne. Qu’il en soit ici chaleureusement remercié.


(Image d’en-tête : Un tableau de Caspar David Friedrich, via Wikipédia, libre de réutilisation)

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