Le cri du poète : Marie-Claire Bancquart

Marie-Claire Bancquart est une voix importante de la poésie contemporaine, à laquelle j’ai déjà consacré plusieurs billets de ce blog. Mais elle n’est pas seulement une voix, elle est aussi un cri…

 Voici, en effet, un poème intitulé « Cris » :

« En nous les aponévroses, les mastoïdes, les péritoines, communs avec le bœuf, le chimpanzé. Plus loin, remontant à la chenille et au corail.

Notre parole fastueuse et pleine de douceur, comme l’odeur des cassis qu’on pilonne, ou de ce baume dont autrefois on oignait les cadavres,

notre parole, nous l’avions trempée dans la corruption des choses, à quoi nous sommes très habiles.

Mais soudain nous crions. Nous nous affermons à la vie. En mauvaise aventure, passionnément, nous crions.

Marie-Claire Bancquart, Avec la mort, quartier d’orange entre les dents,
Obsidiane, 2005, p. 75.

Le cri dont il est question, ce n’est donc pas un cri de frayeur ni de colère, mais une façon d’affirmer le fait même d’être vivant. Crier, c’est le langage réduit au plus simple, c’est un langage commun, identique dans toutes les langues.

De fait, Marie-Claire Bancquart voit, dans ce poème, un continuum entre l’animalité et la condition humaine. Nous avons les mêmes organes internes (aponévrose, mastoïde, péritoine), ou du moins des structures cellulaires communes (chenille, corail). Aussi le cri est-il aussi cette forme élémentaire de langage qui nous renvoie à notre propre animalité.

A l’opposé du cri, ce poème recourt aussi à un vocabulaire médical assez technique. Toute l’étendue des registres de langues, depuis le cri jusqu’au langage soutenu, est ainsi évoquée dans ce poème.

Le cri est une parole de vie, là où nos paroles sont comparées au « baume dont autrefois on oignait les cadavres ». Cette image fait de la parole une sorte d’ornement plaqué sur la mort, une sorte de vernis superficiel qui ne fait que masquer la réalité de la condition mortelle de l’homme. Autrement dit, la parole n’est rien, ou risque de n’être que déguisement, ornement, parfum, si elle ne s’adjoint pas également la force vitale du cri.

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