Quand Louise Colet visite Nice

Surtout connue pour avoir été l’amante de Flaubert et de Musset, Louise Colet était aussi une écrivaine renommée. Dans L’Italie des Italiens, elle décrit notamment son arrivée et son séjour à Nice, ville italienne récemment passée sous administration française. Quel visage de la ville apporte-t-elle ?

Une ville italienne : le passage de la frontière

La narratrice arrive à Nice de nuit. Il lui faut négocier pour obtenir le droit de passer la frontière sans avoir à attendre le lendemain. En effet, la douane se trouvait alors sur le pont séparant Saint-Laurent-du-Var et Nice. Aujourd’hui, une stèle rappelle l’ancien emplacement de la frontière, sur le pont Napoléon III.

L’invasion de moustiques

Louise Colet se plaint de la présence des moustiques. Comme quoi, le phénomène n’est pas récent, et déjà, au dix-neuvième siècle, leur invasion était gênante !

La promenade des Anglais

Louise Colet commence par faire un tour sur la Prom’. Comme tous les touristes, quoi ! Citons ici le texte :

« Riante, calme, embaumée, elle se déroule à gauche, du côté de la plaine du Var, en longues lignes de maisons blanches et de fraîches villas qui bordent la mer à partir de l’embouchure du Paillon, torrent fougueux durant l’hiver, mais dont le lit est presque toujours à sec en été. Ce quartier neuf de Nice s’appelle la promenade des Anglais. C’est là qu’habitaient l’impératrice de Russie et la reine de Hollande. »

Louise Colet s’étend ensuite sur le climat particulièrement agréable de la région : on ne lui donnera pas tort. Demoiselles et papillons viennent à sa rencontre sur la plage : aujourd’hui, le fait est plus rare. De même, on ne trouvera plus guère de bouquetières.

La visite de la villa Arson

Sur l’invitation de son propriétaire, Louise Colet visite ensuite la villa Arson. Elle raconte le trajet depuis la place Masséna. Le lecteur d’aujourd’hui peut s’étonner du caractère rural du quartier :

« […] nous nous trouvâmes bientôt à travers la campagne toute couverte de grands oliviers, de figuiers, de cyprès et de pins ; çà et là, devant les maisonnettes et les villas, les carrés fleuris des parterres jetaient dans l’air des arômes si vifs et si pénétrants que toute l’atmosphère en était embaumée. »

C’est par un chemin à l’ombre des oliviers que l’on accédait à la villa, dont la narratrice a apprécié surtout les jardins et la vue qu’ils offrent sur la campagne niçoise, avec la ville et la mer au loin. On notera qu’il lui a fallu une heure de route pour y aller, alors que l’on mettrait aujourd’hui un quart d’heure en voiture.

Les ruines romaines de Cimiez

Les thermes romains de Cimiez (Eric Coffinet, Wikimedia, libre de réutilisation)
Les thermes romains de Cimiez (Eric Coffinet, Wikimedia, libre de réutilisation)

En bonne touriste, Louise Colet visite ensuite les ruines romaines de Cimiez. Là encore, on peut noter une différence avec aujourd’hui : « des moines de différents ordres marchaient au bord du chemin ». S’il reste un monastère à Cimiez, les rues actuelles ne sont pas pour autant peuplées de religieux. Selon Louise Colet, la cité antique était peuplée de trente mille habitants aux temps de Jules César. Le « cirque antique », raconte-t-elle, était partiellement recouvert d’oliviers, et faisait l’objet de superstitions diverses de la part de la population.

Le vieux château et le port

Louise Colet poursuit son parcours en montant au Vieux Château. La colline du château était déjà, à son époque, plantée de palmiers, d’agaves et de pins. Les cimetières existaient déjà. De ce promontoire, elle aperçoit le port dont elle décrit l’effervescence. C’est le quartier commerçant de la ville, où s’affairent les matelots et les marchands. Louise Colet évoque ensuite le quartier juif.

Saint-André et la vallée du Paillon

L’étape suivante de l’itinéraire de l’écrivaine consiste à remonter le Paillon jusqu’à Saint-André. Louise Colet décrit un chemin « pittoresque », là où nous utilisons aujourd’hui une large Pénétrante. Elle longe l’abbaye de Saint-Pons, côtoie le château de Saint-André, contemple « la grande arche naturelle dans laquelle les eaux du Paillon s’engouffrent », qui ressemble à une grotte.

La vallée du Var

Avant de quitter Nice, et après une excursion du côté de Villefranche, Louise Colet décide de visiter la vallée du Var. Elle évoque des « champs de luzerne » dont il ne doit probablement pas rester grand-chose, puisque ce quartier est aujourd’hui devenu une zone industrielle. « Les aunes, les peupliers, les saules et les grands lierres » y poussaient.

*

Laissons Louise Colet poursuivre son voyage en Italie, un pays qu’elle semble idéaliser comme étant celui de l’aventure et des arts, par rapport à la France. La lecture de ces quelques pages offre un aperçu de ce que pouvait être Nice au dix-neuvième siècle. On le voit, les principaux sites dignes d’intérêt sont à peu près les mêmes qu’aujourd’hui. Mais les descriptions de l’écrivaine témoignent de différences qu’il est intéressant de relever. Louise Colet décrit une ville où la nature et l’agriculture avaient une bien plus grande place qu’aujourd’hui, et où certaines traditions étaient davantage prégnantes (vie religieuse, fêtes patrimoniales, activité des matelots sur le port…). Si vous voulez faire le même travail pour d’autres villes de France ou d’Italie, vous pouvez trouver le texte intégral sur le site Gallica : il s’agit de l’édition Dentu de 1862-1864, en quatre volumes.

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5 réflexions au sujet de « Quand Louise Colet visite Nice »

  1. La seule trace de la métamorphose de ce coin de jardin en Far-Sud Est sauvage, que je viens de trouver dans les archives familiales, est un simple post-scriptum, à la fin d’une lettre anodine de ma trisaïeule de Cagnes à son grand frère occupé à civiliser le Tonkin et la Cochinchine. Une simple ligne écrite à la verticale dans la marge du billet… anodine et vertigineuse :

    PS. René a vendu ses orangers de la Croix de Marbre et Mimi les Colettes à M. Renoir.

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