Un poème contemporain : les Gestes de la neige de Béatrice Bonhomme

Poète et professeur de littérature à Nice, Béatrice Bonhomme est l’auteur de nombreux recueils poétiques. Celui dont je voudrais vous parler aujourd’hui s’intitule Les Gestes de la neige, publié en 1998 aux éditions L’Amourier, sises à Coaraze.

Ce recueil m’a séduit par son ton à la fois simple et solennel. Le titre même fait penser à la chanson de geste, et peut ainsi renvoyer à cette solennité, qui permet à la parole intime d’atteindre à l’universel. Pour autant, même si un quart de l’ouvrage est consacré à la neige, rien de froid dans cet ouvrage. Jugez plutôt :

« Il pleut noir où voguent les nuages
s’ouvre le bleu d’assomption
des fleurs de tournesols brisés

mon croisé d’enfance, jeune homme
délicat fragile de sourire
aux douleurs d’épine

je sais les nuits de pluie
où s’étend le souffle
je sais les fleurs croisées
sur ta poitrine

mon crucifié destin
mon pur où naît l’enfance
il pleut noir où voguent
les nuages

il y a cette nuit-là et qui
pleure sur ton corps

mon croisé d’enfance
recroisé du destin
là sur ton souffle
d’homme fragilité
donnée
mon croisé
mains de fleurs aux couronnes
d’épines
et la tendresse douce
d’un magnolia
soudain »

(Béatrice Bonhomme, Les Gestes de la neige, L’Amourier, Coaraze, p. 13-14)

Ce bref extrait correspond au premier poème de l’ouvrage. On y découvre ce ton litanique qui caractérise l’ensemble de l’ouvrage, et qui participe de cette impression de solennité. On peut ainsi parler d’une volonté de grandissement ou d’héroïsation de l’être aimé, que le terme de « croisé » inscrit dans un univers chevaleresque, tandis que la référence à la « couronne d’épines » l’érige en figure christique. Ces choix révèlent la volonté de Béatrice Bonhomme d’atteindre à l’universel.

On pourra peut-être, dès lors, percevoir d’autres références : à Rimbaud dans l’expression « il pleut noir », voire à Baudelaire, qui parlait de « merveilleux nuages ».

Toujours est-il que ce poème litanique et solennel parvient en même temps à porter une parole intime, empreinte de tendresse. On s’en rend compte, notamment, à l’apostrophe « jeune homme », laquelle rappelle un autre recueil de la poète, Jeune homme marié nu, mais aussi à la répétition du pronom personnel « mon », qui témoigne du lien affectif qui unit le « je » et son destinataire. Et cet être aimé est présenté dans sa fragilité (« délicat fragile de sourire ») et dans la « tendresse douce » du magnolia.

Épines d’un côté, fleurs de l’autre, le poème évoque à la fois douceur et souffrance. Ainsi les « douleurs d’épines » qualifient-elles le « sourire », de même que les « couronnes / d’épines » sont celles des « mains de fleurs ». Ce poème solennel et tendre fait ainsi se côtoyer douleur et douceur, intimité et éternité.

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3 réflexions au sujet de « Un poème contemporain : les Gestes de la neige de Béatrice Bonhomme »

  1. Un haïku trop long et incompréhensible malgré quelques rares bonheurs d’expression incontestables:le poésie c’est la tête et sa structure trinitaire:l’intelligence pour tout connaître,la mémoire pour comprendre le passé et l’imagination pour dessiner l’avenir.Modèle, »la Divine comédie de Dante » et,quelques crans dessous car païens L’illiade »‘ et « L’odyssée » d’Homère et « L’ennéide » de Virgile,des vrais voyages-pas touristiques-de l’enfer au paradis.Le reste?Des zakouskis pour se donner des forces spirituelles pour ce grand voyage, sauf exception: »La Chanson de Roland »,tout Chrétien de Troyes,le voyou Villon et son « Testament-un voyage aussi-« La Franciade » de Ronsard, »Les tragiques de d’Aubigné,XVII°;XVIII-seul Marivaux-,le XIX°rien ou des mixtes,:le théâtre et le roman-genres inférieurs- ont pris le dessus,XX° :Claudel-tout ceci pour la France.Pour les autres pays,il faut être très fort pour ne pas se tromper:exemples: »Le Paradis perdu « de Milton (peut-être mais il est jobard et aveugle comme L’Angleterre hérétique) ou « Poésies » du jésuite Georges Manley Hopkins,, »Les Luisiades » de Camoëns,Pouchkine (?,?,?-trop russe), »Hymnes à l’Eglise » de Gertrud Von Le Fort, »L’Odyssée » de Kazantzakis-trop révolutionnaire,et toujours Claudel,le « rassembleur des mondes », »Vers d’exil », »La messe là-bas », »Cent phrases pour évantail »,passim.
    Presque tous catholiques,qu’on le veuille ou non.

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