Icare : du mythe au poème

Qui n’a jamais entendu parler du mythe d’Icare ? Ce personnage de la mythologie grecque est connu pour avoir tenté de s’enfuir, accompagné de son père Dédale, du Labyrinthe conçu par ce dernier, et dans lequel tous deux avaient été enfermés. C’est avec les ailes fabriquées par Dédale avec des plumes et de la cire que le père et le fils parviennent à s’échapper. Hélas, en dépit des recommandations de Dédale, Icare ne résiste pas à voler au plus près du soleil. La cire fond et Icare sombre dans la mer. (Le mythe est raconté de façon un peu plus détaillée sur Wikipédia.)

Plusieurs des poèmes de Marie-Claire Bancquart font intervenir cette figure de la mythologie grecque. Or, ce qu’elle dit d’Icare ne fait pas trop penser au mythe grec tel que je viens de le résumer, comme en témoigne cet extrait de Dans le feuilletage de la terre (Belfond, 1994) réédité dans Rituel d’emportement (Obsidiane/Le temps qu’il fait, 2002, p. 218) :

« Étendu devant nous, congelé, il porte ce chiffre moyen :
l’homme.

On ne le date pas davantage.

Autour de lui herbes et plumes
témoignent pour un temps hors-temps.

Son ombre
mince chose cérémonielle
affirme une communauté d’exil.

Il chassait le renne
ou
plus fragile encore
le char d’assaut. »

Ces vers sont les premiers du poème intitulé « Icare », qui se poursuit sur plusieurs pages. Pourquoi Marie-Claire Bancquart présente-t-elle Icare comme quelqu’un qui « chassait le renne » ? Elle s’en explique dans la préface de Rituel d’emportement (op. cit., p. 11) :

« On imagine Icare heureux après sa chute. Celui-là, c’est à la vue de l’émission de télévision qui présentait la trouvaille d’un homme indatable à première vue, congelé dans un glacier, qu’il ma sauté dans l’esprit. Je me suis dit : “Voilà Icare !”. »

On voit donc que Marie-Claire Bancquart a eu le souci de revisiter le mythe grec, associé à cet homme préhistorique retrouvé dans la glace. Cette association n’est pas gratuite, puisqu’il s’agit en somme de montrer un Icare « heureux après sa chute », un Icare terrien, qui « marche sur l’asphalte du dedans » (p. 219) : « Plus que jamais Icare ouvre les yeux sur la terre, / très rousse » (p. 222).

De façon plus générale, le travail du mythe est une pratique fréquente chez Marie-Claire Bancquart : comme c’est ici le cas avec Icare, les figures mythiques sont rendues plus proches de nous, tandis que, réciproquement si l’on veut, le quotidien touche aussi à l’universel.

(Image d’en-tête : Icare et Dédale, par Landon, 1799, via Wikimedia Commons, libre de réutilisation, image recadrée.)

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2 réflexions au sujet de « Icare : du mythe au poème »

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