Victor Hugo : « J’ai mis un bonnet rouge à mon dictionnaire » (solution du jeu)

La semaine dernière, je vous avais proposé un petit jeu, consistant à retrouver la citation qui se cachait derrière une illustration représentant un dictionnaire coiffé d’un bonnet rouge.

Quelle citation se cache-t-elle derrière cette image ?
Un dictionnaire coiffé d’un bonnet rouge

Ce dictionnaire, c’est celui de Victor Hugo, le génial auteur des Misérables et de Notre-Dame de Paris, de Ruy Blas, de Hernani, des Châtiments, des Odes et des Contemplations. Est-il un écrivain qui a, davantage que lui, donné son nom à des rues, avenues, écoles, collèges, lycées ? Combien peuvent, comme lui, se targuer d’avoir durablement influencé à la fois le roman, le théâtre et la poésie ?

Et bien c’est ce Victor Hugo qui, dans Les Contemplations, et plus précisément dans un poème intitulé Réponse à un acte d’accusation, tient ces propos :

« […] Et sur l’Académie, aïeule et douairière,
Cachant sous ses jupons les tropes effarés,
Et sur les bataillons d’alexandrins carrés,
Je fis souffler un vent révolutionnaire.
Je mis un bonnet rouge au vieux dictionnaire.
Plus de mot sénateur ! plus de mot roturier !
Je fis une tempête au fond de l’encrier,
Et je mêlai, parmi les ombres débordées,
Au peuple noir des mots l’essaim blanc des idées ;
Et je dis : Pas de mot où l’idée au vol pur
Ne puisse se poser, tout humide d’azur ! […] »

Le poème est trop long pour être entièrement cité ici, mais sa lecture vaut le coup ! Vous le trouverez en texte intégral ici, sur un site qui semble appartenir à l’Université de Toronto. Ce bonnet rouge fait bien sûr penser au bonnet phrygien, le bonnet des révolutionnaires, comme suffit d’ailleurs à le montrer la rime de « dictionnaire » avec « révolutionnaire ». C’est donc en révolutionnaire que se peint Hugo, rompant avec les traditions, raillant l’Académie « aïeule et douairière », promouvant une utilisation novatrice du langage, capable de mêler différents registres de langue.

Victor Hugo, le « grand crocodile » comme l’appelait Flaubert, eut des funérailles peut-être aussi mythiques que son œuvre elle-même. Le poète contemporain Jean-Michel Maulpoix leur a consacré un poème en prose dans Boulevard des Capucines, l’un de ses plus récents recueils. Ce texte est simplement intitulé « 22 mai 1885 », date de la mort de Hugo. Comme si cette date se suffisait à elle seule. Comme s’il s’agissait d’une date symbolique, d’un tournant essentiel. Comme le rappelle Jean-Michel Maulpoix, c’est Edmond de Goncourt qui, « abusé par une mystification de Forain et Huysmans », a parlé de « funérailles foutatoires », d’une « priapée de toutes les femmes de bordel en congé coïtant avec les quelconques sur les pelouses des Champs-Élysées ». Qu’une telle légende ait été forgée autour de Victor Hugo, c’est bien le signe que l’écrivain est devenu, lui-même, un véritable mythe.

(Image d’en-tête : Victor Hugo, Wikimedia Commons, libre de réutilisation, image recadrée)

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