Le conditionnel, relégué dans l’indicatif

Ce n’est pas un scoop pour les étudiants en littérature et en grammaire, mais les autres seront peut-être surpris : de nos jours, le conditionnel est désormais considéré comme un temps de l’indicatif, et non plus comme un mode distinct.

Le voilà déchu de son statut de mode pour devenir un simple temps de l’indicatif, un tiroir parmi d’autres, pas plus important que le passé simple ou le futur antérieur !

Comment cela se fait-il ?

La Grammaire méthodique du français rappelle que le conditionnel n’est en fait pas très différent du futur (il présente d’ailleurs le -R- caractéristique du futur). Tous deux possèdent deux formes (simple et composée) et deux séries d’emplois : des emplois temporels et des emplois modaux.

La valeur temporelle du conditionnel est ce qu’on peut appeler le « futur du passé » (c’est-à-dire un futur par rapport à un repère temporel passé), lequel est accompli ou non selon que l’on emploie le conditionnel passé ou le conditionnel présent.

Les valeurs modales du conditionnel sont l’hypothèse, le potentiel, l’irréel, mais aussi la demande (« Je voudrais… »), le conseil (« Vous devriez… »), l’opinion (« On dirait… »), l’éventualité, l’information incertaine, l’interrogation oratoire ou encore l’imaginaire.

Pour plus de détails, vous pouvez consulter la Grammaire méthodique du français. Cet imposant ouvrage (1152 pages), par Martin Riegel, Jean-Christophe Pellat et René Rioul, est considéré comme un ouvrage de référence.

Notez d’ailleurs que le fameux conditionnel passé deuxième forme n’est en fait que du plus-que-parfait du subjonctif, ce qui permet de faire l’économie d’une conjugaison à apprendre.

Et pour vous, c’est un scoop ou pas ? N’hésitez pas à réagir dans les commentaires !

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2 réflexions au sujet de « Le conditionnel, relégué dans l’indicatif »

  1. Pour moi c’est un scoop. J’ai quitté depuis longtemps les bancs de l’école.
    Vive le conditionnel, comme dans ce poème de Michaux.

    UNE VIE DE CHIEN

    Je me couche toujours très tôt et fourbu, et cependant on ne relève aucun travail fatigant dans ma journée.
    Possible qu’on ne relève rien mais moi, ce qui m’étonne, c’est que je puisse tenir bon jusqu’au soir, et que je ne sois pas obligé d’aller me coucher dès les quatre heures de l’après-midi.
    Ce qui me fatigue ainsi, ce sont mes interventions continuelles.
    J’ai déjà dit que dans la rue je me battais avec tout le monde; je gifle l’un, je prends les seins aux femmes, et me servant de mon pied comme d’un tentacule, je mets la panique dans les voitures du Métropolitain.
    Quant aux livres, ils me harassent par-dessus tout. Je ne laisse pas un mot dans son sens ni même dans sa forme.
    Je l’attrape et, après quelques efforts, je le déracine et le détourne définitivement du troupeau de l’auteur.
    Dans un chapitre vous avez tout de suite des milliers de phrases et il faut que je les sabote toutes. Cela m’est nécessaire.
    Parfois, certains mots restent comme des tours. Je dois m’y prendre à plusieurs reprises et, déjà bien avant dans mes dévastations, tout à coup au détour d’une idée, je revois cette tour. Je ne l’avais donc pas assez abattue, je dois revenir en arrière et lui trouver son poison, et je passe ainsi un temps interminable.
    Et le livre lu en entier, je me lamente, car je n’ai rien compris… naturellement. N’ai pu me grossir de rien. Je reste maigre et sec.
    Je pensais, n’est-ce pas , que quand j’aurais tout détruit, j’aurais de l’équilibre. Possible. Mais cela tarde, cela tarde bien.

    PS : Qu’est-ce que la poésie ?

    « Ce n’est pas le rince-doigts qui fait les mains propres ni le baisemain qui fait la tendresse.
    Ce n’est pas le mot qui fait la poésie, mais la poésie qui illustre le mot.

    […] Toute poésie destinée à n’être que lue et enfermée dans sa typographie n’est pas finie.
    Elle ne prend son sexe qu’avec la corde vocale tout comme le violon prend le sien avec l’archet qui le touche. »

    Préface, Léo Ferré, Léo Ferré, album Il n’y a plus rien (1973).

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