Qu’il vive !

Ce pays n’est qu’un vœu de l’esprit, un
contre-sépulcre.

Dans mon pays, les tendres preuves du printemps et les oiseaux mal habillés sont préférés aux buts lointains.

La vérité attend l’aurore à côté d’une bougie. Le verre de fenêtre est négligé. Qu’importe à l’attentif.

Dans mon pays, on ne questionne pas un homme ému.

Il n’y a pas d’ombre maligne sur la barque chavirée.

Bonjour à peine, est inconnu dans mon pays.

On n’emprunte que ce qui peut se rendre augmenté.

Il y a des feuilles, beaucoup de feuilles sur les arbres de mon pays. Les branches sont libres de n’avoir pas de fruits.

On ne croit pas à la bonne foi du vainqueur.

Dans mon pays, on remercie. »

 

René Char, « Qu’il vive ! », Les Matinaux,
dans Œuvres complètes, Paris, Gallimard, 1983, rééd. 2004,
« Bibliothèque de la Pléiade », p. 305.

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2 réflexions au sujet de « René Char : « Qu’il vive ! » »

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